Akilesh Roopun
5 Décembre 2005
Port Louis — Après la déconvenue sur le sucre, d'autres préférences commerciales du pays sont menacées. Cette fois, au niveau de l'Organisation mondiale du commerce.
L'industrie de la confection perdra encore de sa compétitivité si tous les pays ont un accès égal aux marchés européen et américain.
La libéralisation commerciale nous réserve encore d'autres surprises désagréables. A une semaine de la réunion ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hong-Kong, les divergences entre les différents groupes de pays s'accentuent. Maurice craint que les négociations n'accordent pas suffisamment d'attention à ses intérêts commerciaux au niveau du sucre, des autres produits agricoles, du textile-habillement et des services.
La conférence de Hong-Kong, qui se tient du 13 au 18 décembre, revêt une importance capitale pour la conclusion du cycle de négociations sur le commerce international entamé à Doha, au Qatar, en 2001. Le cycle doit prendre fin en décembre 2006. La réunion de la semaine prochaine est une étape déterminante pour l'exécution des objectifs de Doha.
A Maurice, les préparatifs vont bon train en marge de cet événement. Les réunions se succèdent au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international pour analyser les derniers développements et pour finaliser la position à adopter lors des discussions. Déjà, il est évident que Maurice s'opposera à plusieurs questions qui seront sur la table des négociations.
Le gouvernement relève plusieurs manquements dans le projet de déclaration ministérielle présentée par le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, (ce texte doit servir de document de base aux pourparlers de Hong-Kong). Le ministre Arvin Boolell (qui assurait la suppléance aux Affaires étrangères) s'inquiète, dans une réponse à l'Assemblée nationale, vendredi, qu'il n'y ait pas eu de progrès notable concernant le concept de traitement différencié pour les petites économies insulaires comme la nôtre.
D'autre part, nos préférences commerciales sont attaquées à plusieurs niveaux. Le sucre, dont l'industrie vient de connaître une grande désillusion en Europe, pourrait ne pas être inclus sur la liste des produits sensibles. Le gouvernement se dit, toutefois, déterminé à se battre pour que le sucre obtienne ce statut et que cette denrée ne soit pas exposée aux réductions tarifaires, au même titre que les autres produits agricoles.
Coincé entre pays riches et G-20
La baisse des tarifs douaniers de l'ordre de 60 % sur les produits agricoles proposée par l'Union européenne (UE) est susceptible d'enlever à Maurice les avantages d'accès en franchise de douane sur le marché européen notamment. "La proposition de l'UE sera néfaste pour les exportations mauriciennes en raison de l'érosion des préférences et en exposant ces exportations à la rude concurrence venant du Brésil et de la Chine, entre autres", a expliqué le ministre au Parlement. Outre le sucre, d'autres produits agricole, dont le thon, les fruits et les légumes seront touchés si l'OMC donne suite à cette idée.
Maurice se retrouve en effet coincé dans l'affrontement commercial entre, d'un côté, les pays riches, et de l'autre, le G-20 mené par l'Inde, la Chine et le Brésil. Certains grands pays en développement veulent que les pays industrialisés accélèrent l'ouverture de leurs marchés agricoles. Les nations du Nord imposent, elles, des conditions avant de consentir à réduire les barrières tarifaires et les subventions aux fermiers. Elles demandent aux nouvelles puissances industrielles telles la Chine et l'Inde d'ouvrir davantage à leur tour leurs marchés aux produits industriels fabriqués ailleurs.
Une entente dans ce sens entre ces deux grands blocs serait très nuisible à Maurice. L'industrie de la confection, qui ne bénéficie plus de quotas depuis la fin de l'Accord multifibre (intervenu au début de l'année), verra une autre source d'avantage compétitif disparaître avec un accès égal pour tous sur les marchés européen et américains.
Maurice dénoncera également le peu de progrès accompli dans le domaine du développement sous le cycle de Doha. "La question du développement qui est censée être au coeur du cycle de Doha n'a finalement jamais eu la considération qu'elle méritait. Toutes les échéances ont été ratées. Les Européens et les Américains apportent maintenant l'idée de aid for trade. Il ne saurait être question de formation et de séminaires uniquement. Il faut prévoir des fonds de développement qui nous permettront de consolider nos capacités industrielles. Ces fonds devraient aussi compenser l'érosion de nos préférences", soutient Asad Bhuglah, directeur de la Trade Policy Unit au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international.
Les négociations concernant le commerce des services ne se présentent pas trop bien pour Maurice non plus. L'Inde, la Chine et le Pakistan, qui disposent d'atouts considérables dans l'exportation des services (technologie informatique, business process outsourcing ), souhaitent voir les barrières tomber le plus vite possible dans les pays développés. Maurice ne se sent pas à l'aise dans une dynamique de libéralisation accélérée.
Actuellement, c'est le pays membre qui choisit le service qu'il souhaite libéraliser. Il soumet ses propositions à l'OMC et s'attend que ses partenaires fassent des concessions commerciales en contre-partie. Il existe une forte tendance pour que ce mode de négociation cède la place à une formule qui favoriserait l'établissement des échéances pour des catégories de services prédéterminées.
La délégation mauricienne à Hong-Kong sera dirigée par le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Madan Dulloo. Ce dernier a présidé la semaine dernière une réunion conjointe G-90 et le bloc Afrique, Caraïbes et Pacifique à Bruxelles en prévision de la conférence ministérielle de l'OMC. Maurice se fera, du reste, le porte-parole de ces deux groupes lors des négociations.
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