Par Mené par Nadège Christelle BOWA
5 Décembre 2005
interview
Ce cardiologue des hôpitaux et maître de conférences des universités, officie en qualité de chef de l'Unité de médecine interne et spécialités, chef de service de cardiologie à l'Hôpital central de Yaoundé. Ses explications sur l'hypertension laissent entendre qu'on peut prévenir cette pathologie.
Quelles sont les manifestations cliniques de l'hypertension artérielle ?
En règle générale, l'hypertension artérielle se développe en sourdine. On ignore qu'on porte cette affection et lorsqu'on commence à avoir des manifestations cliniques, c'est qu'il y a déjà des complications. C'est pour cela que la prévention, le contrôle de la tension artérielle est un préalable pour maîtriser la maladie. Néanmoins, les manifestations cliniques se résument généralement en quelques symptômes : les maux de tête, les bourdonnements d'oreilles, les troubles visuels, les palpitations, l'essoufflement aux petits efforts, l'insomnie. Voilà les signes d'alerte.
Quelles sont les causes de cette maladie ?
Les causes sont multiples. Généralement, dans plus de 90 % des cas, on parle d'hypertension essentielle parce qu'il y a plusieurs facteurs de risque qui peuvent concourir à l'évolution de cette maladie. Il y a des petits facteurs héréditaires, les facteurs liés au sexe ; les hommes sont plus hypertendus que les femmes jusqu'à l'âge de la ménopause où la courbe femelle atteint parfois le double de celle du sexe mâle. Il y a d'autres facteurs de risques comme le tabagisme, l'obésité, l'alcoolisme, le manque d'activité physique, les troubles de la graisse qu'on appelle dyslipidémie ; il y a également l'association avec la survenue ou la cohabitation avec le diabète. Voilà les principaux facteurs qui peuvent amener l'individu à être hypertendu. Néanmoins, il y a les causes qu'on dit secondaires qui se développent parce que le patient a aussi une autre maladie, notamment des maladies rénales, lorsque le patient est diabétique. Parce que le diabète va influencer les modifications neurologiques, c'est-à-dire des vaisseaux. Et il y a aussi les causes congénitales comme la coarctation de l'aorte, la sténose de l'artère rénale, certaines maladies cancéreuses. Il y a des causes dues à l'absorption de certaines substances comme la réglisse, la catécholamine. Quand on prend un certain nombre de médicaments, les corticoïdes par exemple.
Les enfants ne sont-ils pas menacés ?
Si ! Je vous ai dit qu'il y a des causes congénitales. Il y a des enfants qui naissent avec cette maladie. Il y a également des facteurs de risque chez l'enfant obèse ; des facteurs héréditaires, familiaux. Lorsque la mère où le père sont hypertendus, dans près de 40 % des cas, les enfants qui naissent sont susceptibles de développer l'hypertension artérielle. Il y a également l'hypertension chez les jeunes, souvent secondaire aux maladies rénales.
Est-ce qu'on peut la prévenir ?
Oui, il est possible de réduire la morbidité et la mortalité par l'information, l'éducation. C'est pour cela que nous faisons souvent des séminaires, des symposiums, et des congrès comme celui-ci. Je vous ai dit : ne fumez pas, éviter l'obésité, faites des activités physiques, mener une vie moins stressée, reposez-vous ; si vous avez des maladies comme le diabète, faites-vous contrôler rapidement. Vous pouvez prévenir, mais pour cela, faites contrôler votre tension artérielle au moins une fois par an quel que soit l'âge. Ça vous permet d'avoir votre profil, comme on fait avec le sida maintenant.
A vous écouter vous autres experts, on a l'impression que les mécanismes de l'hypertension chez le sujet Noir sont différents de ceux du sujet Blanc.
Les mécanismes ne sont pas différents. Mais on constate seulement que le Noir a la propension de faire l'hypertension artérielle avec des chiffres très élevés. Ce qui provoque souvent des hémorragies cérébrales qui détruisent très rapidement les reins. Et parce que les populations noires ont peu accès à la prise en charge de la santé primaire. Très peu de populations noires vont à l'hôpital, on attend d'être malade. Au meilleur des cas, c'est quand on a fini de circuler à travers les guérisseurs, lorsqu'on arrive à l'hôpital, il est déjà trop tard. C'est différent par rapport aux pays développés où il y a des contrôles systématiques, des assurances qui imposent qu'on ait un certain nombre de données.
Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés au quotidien ?
Il y a déjà les conditions de travail qui sont pénibles. De l'autre côté, il y a les malades qui arrivent quand ils sont à un stade très évolué de la maladie, où on peut craindre l'atteinte d'autres organes comme le cerveau, les reins ou même le coeur. L'inaccessibilité aux médicaments efficaces, le manque de compliance c'est-à-dire quand on voit que la tension a baissé, on arrête de prendre les médicaments, le faible pouvoir d'achat des patients est un handicap, un obstacle sérieux pour la prise en charge de l'hypertension artérielle qui est une maladie à vie. C'est une maladie qu'on doit contrôler à vie avec toutes les contraintes : l'école, la survie, etc.
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