Fraternité Matin (Abidjan)
Ernest Simon Aka
8 Décembre 2005
Abidjan — Soirée humanitaire ". Tel était l'intitulé, à l'origine, du 5ème Festival international de la mode africaine (Fima), ouvert le mardi 29 novembre au Niger. Elle devait être consacrée à la " lutte contre la crise alimentaire et la malnutrition de l'enfant au Niger ".
Surprise. Le soir venu, sur les dunes de Karey Gorou, à une vingtaine de kilomètres de Niamey, " la femme et l'enfant " ont été magnifiés. A travers les chansons de Aïcha Koné, Pierrette Adams, les bluesmen touaregs ou les Peuls Bororo.
Quelle raison pour ce changement ? Alors que le Fima ne pouvait faire l'économie d'une allusion à la crise alimentaire menaçant, depuis un an, le Niger.
Pour le gouvernement nigérien, "la crise alimentaire n'est plus". Depuis plusieurs semaines, il bat en brèche les avis des organisations non gouvernementales et du Programme alimentaire mondial (Pam) sur la question de cette crise. Un pied de nez à Alphadi (Seidnaly Sidahmed), l'initiateur du Festival international de la mode africaine, ambassadeur contre la drépanocytose en Afrique. Et de surcroît engagé avec l'Association " Aide et Action pour la défense de l'éducation des enfants dans le monde ".
Olivier Poivre d'Arvor, directeur de l'Association française d'action artistique (Afaa), l'un des principaux sponsors du Fima, ne se laissera pas distraire. Evoquant la grave " crise que le Niger surmonte " et celles " alimentaire et sanitaire " auxquelles le pays doit faire face, il demandera l'indulgence des festivaliers vis-à-vis de l'organisation. Car " Niamey, fera-t-il remarquer, n'est pas Cannes.
Certes " Niamey n'est pas Cannes ". Mais le Fima, malgré des difficultés à épouser l'air du temps socio-économique du Niger, demeure bien, depuis 1998, le meilleur festival africain de la mode. Avec glamour, strass et paillettes " façon Niamey ".
Un événement culturel. 90 artistes, dont Xuly Bet (Mali), Sonia Rykiel (France), Pathé O' (Burkina, Côte d'Ivoire), provenant de 54 pays voulaient s'en laisser marquer. Parce que Niamey, grâce au Fima, est une référence africaine. En termes de mode. Comme l'est Bamako avec sa biennale de la photographie, Antanarive, la référence de chorégraphie avec ses " Rencontres ".
Le public s'est délecté de cette révélation de Ibrahim Loutou, ancien ministre nigérien de la Culture, vice-président de l'Afaa, président d'Afrique en création.
" Un pays voisin, a-t-il révélé, a voulu organiser un festival de la mode référence pour le continent. Il lui a été indiqué qu'il en existait déjà un ".
Le Fima doit survivre. Pour ce faire, il faut préparer des talents de demain. Alphadi y a pensé. D'où l'innovation de la 5ème édition. En dehors des traditionnels défilés de grands créateurs et du " Top Model ", un concours auquel ont participé 14 des plus beaux mannequins africains, il y a eu " L'Afrique est à la mode ".
Un prix de meilleur jeune créateur africain. Dix stylistes présélectionnés, de jeunes artistes africains, y ont souscrit. Ils étaient là, pour écrire les premières pages de leur carrière.
Mohamed Osmane dit Ras Africa, 25 ans, l'Ethiopien. Son premier vêtement, un uniforme scolaire, il l'a dessiné à 12 ans. Anggy Haïf, le Camerounais. Ses vêtements, "véritables amazones", sont faits à base de raphia, racines, lianes ou feuillages. Ousmane Sambo dit Ousmane " Style ", Nigérien. Il tient boutique à Niamey et veut prouver que le pagne, " fashion ", peut se porter en Europe.
Ces artistes émergent au prix de mille efforts. Olivier Poivre d'Arvor a plaidé leurs causes : " Les pays qui en ont les moyens doivent les aider ".
Le Fima fait leur promotion. Mais bien que connu, ce festival est " pauvre ". Olivier Poivre d'Arvor a annoncé son soutien " notamment financier " à la prochaine édition.
Le Fima, " un combat nigérien " de l'avis d'Alphadi. Qui émet un voeu : " Si la France nous aide, défend-il, alors c'est gagné ".
Source Fima 2005
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