Amar Rafa
10 Décembre 2005
La polémique sur le rôle positif de la colonisation, qui a conduit Nicolas Sarkozy à annuler son voyage aux Antilles, où des manifestations étaient prévues, a contraint le gouvernement français à chercher une issue sans pour autant se mettre à dos les députés de l'UMP.
Jacques Chirac annonce la création d'une «mission pluraliste» pour évaluer l'action du Parlement dans les domaines de la mémoire et de l'histoire, face au débat suscité par la loi du 23 février 2005 qui reconnaît un «rôle positif» à la colonisation française.
Le chef de l'Etat français a souligné qu'«il n'y a pas d'histoire officielle» et que «ce n'est pas à la loi d'écrire l'histoire», qui est «l'affaire des historiens».
Il a demandé que «les esprits s'apaisent» et qu'une «réflexion sereine» s'engage sur les zones d'ombre de l'histoire française.
Jacques Chirac a affirmé avoir proposé au président de l'Assemblée nationale, M. Jean-Louis Debré, qui l'a accepté, de constituer une mission pluraliste pour évaluer l'action du Parlement dans les domaines de la mémoire et de l'histoire. Cette mission qui devra écouter «toutes les sensibilités», devra s'entourer d'historiens, a précisé le président Chirac, ajoutant que ses conclusions pourraient être rendues dans un délai de trois mois.
Lors d'une intervention solennelle, Jacques Chirac a invité, par ailleurs, le gouvernement à créer «dans les meilleurs délais» la Fondation sur la mémoire, prévue à l'article III de la loi du 23 février relative à l'indemnisation des rapatriés. Dans le même sillage Dominique de Villepin pour sa part, a expliqué jeudi matin que «ce n'est pas au Parlement d'écrire l'histoire [...] Il y a des souffrances qu'il faut prendre en compte, qu'il faut écouter. Il y a des mots qui peuvent blesser, il y a une histoire dont il faut se souvenir». Il faut «que des gestes soient faits qui permettent véritablement d'avancer tous ensemble», a-t-il ajouté sur France-Inter. Le Premier ministre a appuyé une issue législative, qui consiste à utiliser «la fondation sur la mémoire» de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, dont il est question d'introduire un «élargissement des missions» afin d'y «inclure l'étude de l'ensemble de la colonisation française».
Cela permettrait de rendre caduque l'application de l'article 4 incriminé, qui stipule que «les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du nord». Dominique de Villepin soucieux d'apaiser le débat, a cherché à minimiser la portée de l'article, expliquant qu'il revient à l'Inspection générale de l'Education nationale de faire les programmes et que «les enseignants sont libres de leur enseignement». Il a estimé sur les ondes de la radio France-Inter que les députés UMP avaient outrepassé leur «rôle», affirmant que, «ce n'est pas aux politiques, ce n'est pas au Parlement d'écrire l'histoire ou de dire la mémoire. C'est la règle à laquelle nous devons être fidèles». Le parti socialiste avait tenté, en vain, le 29 novembre de faire abroger l'article 4 de la loi du 23 février sur les rapatriés d'Algérie.
Au tour du premier secrétaire du PS, François Hollande, de lancer un appel «solennel» à Villepin, lui demandant d'abroger l'article de la loi. Selon lui, ne pas abroger la loi serait «une faute». L'article en question suscite depuis une semaine des protestations émanant d'élus des DOM-TOM (départements et territoires d'outre-mer), qui voient dans l'initiative du Parlement la marque d'un complexe de supériorité de la métropole à l'égard de ses anciennes colonies. Seul ministre issu des DOM-TOM, Léon Bertrand (Tourisme) a écrit à Nicolas Sarkozy et au président du groupe UMP à l'Assemblée, Bernard Accoyer, «pour leur dire (sa) déception». A ces protestations émanant d'élus des DOM-TOM s'ajoutent la réaction du Parlement algérien et celles des partis de l'Alliance présidentielle. En revanche, ni le Maroc ni la Tunisie, encore moins les pays d'Afrique subsaharienne ne se sont associés aux protestations de l'Algérie.
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