Issa Niang
13 Décembre 2005
Les malades de la tuberculose rasent de plus en plus les murs. A cause d'une forte dose de stigmatisation dont ils sont victimes, non seulement de la part de leurs familles, mais aussi et surtout du personnel de santé. Face à ces obstacles d'ordre socioculturel et anthropologique, on assiste de plus en plus à une faible observance du traitement antituberculeux.
La tuberculose est une maladie connue, de même que son agent pathogène et son traitement. Au Sénégal, les soins existent et sont gratuitement exercés. Malgré tout, c'est une épidémie qui continue de faire des ravages. Selon les chiffres de l'Oms, l'épidémie est la cinquième cause de mortalité dans le monde. Chaque année, sur les 8,4 millions de nouveaux cas de tuberculeux recensés, 95 % se trouvent dans les pays en voie de développement et ces pays contractent 98 % des décès. C'est pour réduire ce pourcentage au niveau sous-régional qu'une rencontre multidisciplinaire été organisée hier par l'Institut de recherche et de développement (Ird) dans le but de voir "quelles stratégies mettre en oeuvre pour améliorer l'adhésion au traitement antituberculeux en Afrique Subsaharienne". Ce colloque qui regroupe dix pays francophones d'Afrique de l'Ouest sera l'occasion de valoriser les résultats de la recherche sur la tuberculose dans ces pays, et de promouvoir les échanges d'expériences entre chercheurs du Sud.
"La tuberculose est une maladie stigmatisée et stigmatisante", a déclaré Fatoumata Hane, socio-anthropologue, qui présentait une communication sur la "problématique de l'observance du traitement de la tuberculose au plan socioculturel (obstacles et déterminants)". En analysant l'adhésion au traitement, les relations soignant-soigné et les représentations que l'on se fait de la maladie, Fatoumata Hane a pointé un index accusateur sur le personnel de santé. Selon elle, au niveau du personnel de santé, on stigmatise beaucoup les malades atteints de tuberculose. Les indications que livre le personnel de santé aux tuberculeux, tendent à virer vers le stigma. "Ne partager pas la tasse avec laquelle vous buvez. Il faut prendre tes repas à part. Faut aller au travail. Venir tôt le matin à l'hôpital...".
Autant de messages qui concourent à la stigmatisation du malade. Pour la socio-anthropologue, le traitement policier imposé par le personnel de santé contribue à agrandir le fossé entre les prescriptions médicales et le comportement du malade. Le trop plein d'informations que l'on donne aux malades, finit par le brouiller. Cette situation contribue souvent à un affaiblissement de l'observance de traitement. Ainsi, 27 % des malades tuberculeux abandonnent le traitement avant la guérison complète.
En plus du stigma sur les soins, on note également un stigma social. En effet, l'entourage quotidien du malade de tuberculose nourrit des signes de dédain à l'endroit du sujet qui passe des heures à tousser. D'ailleurs, la connotation en wolof utilisée pour nommer la tuberculose en est une illustration parfaite (feebaru sakhaat su bonn si). Ainsi des mesures tendant à isoler le tuberculeux sont souvent prises au sein des familles. Après cette analyse des facteurs d'ordre anthropologique et socioculturel, Fatoumata Hane qui fait une thèse à l'Ird sur l'anthroplogie de la santé, s'est intéressée à l'itinéraire thérapeutique du malade. Selon la socio-anthroplogue, la conception populaire qu'on se fait de la maladie amène la structure médicale en dernier recours dans le traitement de la tuberculose. Les tradipraticiens constituent la première destination. Elle a également indiqué que le traitement de la tuberculose induit des coûts indirects que le malade n'est pas prêt à assurer, amenant ainsi les malades à déserter les centres de diagnostic et de traitement de la maladie.
La tuberculose tue chaque année 2 millions de personnes, et on estime que d'ici 2020 si la lutte n'est pas renforcée, il y aura près d'un milliard de nouvelles infections, 150 millions de nouveaux cas et 36 millions de décès par tuberculose.
Chaque année plus de 8 millions de personnes contractent la maladie à travers le monde, dont un fort pourcentage en Afrique subsaharienne. Cette augmentation drastique de l'incidence est liée à la survenue de la pandémie du Vih, et à l'insuffisance des moyens disponibles. En raison d'une couverture sanitaire insuffisante, une partie seulement de ces malades est détectée. Il s'y associe une mauvaise observance et un abandon du traitement avant son terme, qui contribuent à pérenniser la transmission de la tuberculose et à favoriser l'émergence de souches résistantes au traitement.
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