Akilesh Roopun
16 Décembre 2005
Port Louis — En marge de la conférence de Hong Kong, les voix se font de plus en plus fortes pour dénoncer "le système injuste" envers les pays pauvres.
Maurice et ses partenaires du G90 maintiennent la pression en vue d'obtenir une meilleure considération auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Ils dénoncent le peu de progrès réalisé sur la question du développement. Sans des soutiens et des mesures d'accompagnement pour renforcer leurs capacités de production des biens et des services, ils disent ne pas être en mesure de profiter de la libéralisation commerciale tant sur le plan agricole que sur le plan industriel.
Des consultations ardues se sont poursuivies hier à Hong Kong où se tient la conférence ministérielle de l'OMC. Des voix pour décrier "le système injuste de l'OMC à l'égard des pays pauvres et des économies vulnérables" se font de plus en fortes dans les coulisses. Les représentants du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique et de l'Union africaine (ces deux blocs constituent la majorité du G90) ont rencontré durant la journée d'hier Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, pour lui exposer leurs doléances. Les choses n'ont pas beaucoup évolué dans le sens du souhait de Maurice et ses pairs, semble-t-il. Les propos de Pascal Lamy sont interprétés comme relevant de la rhétorique et qui ne font que donner certaines indications sur la feuille de route post-Hong Kong.
"Alors que certains pays se retrouvent systématiquement parmi les vainqueurs avec le présent système multilatéral de commerce, la grande majorité des pays faibles et vulnérables en sont des perdants", s'insurge Madan Dulloo, ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, lors d'un symposium sur un commerce équitable hier.
Le ministre Dulloo a pris pour exemple la réforme du régime sucrier européen qui nous est très nuisible pour démontrer les effets déstabilisateurs d'une libéralisation mal agencée.
Discrimination positive
Le chef de la diplomatie mauricienne a bien mis en exergue la démarcation entre les grands pays en développement et les économies vulnérables. Il explique que plus de 70 % des investissements directs extérieurs vers les pays en développement atterrissent dans les dix plus gros marchés émergents de l'Asie et dans la partie ouest de l'hémisphère. "Les pays vulnérables sont contraints de faire du commerce dans certaines commodités seulement et qui de surcroît sont sujettes aux incertitudes des cours mondiaux peu reluisants. Ceci est très injuste", déclare-t-il.
Le ministre mauricien a insisté sur la dimension de développement du présent cycle de négociations (cycle de Doha). La question du développement à l'OMC (qui est, en principe, au coeur du cycle de Doha) se traduit dans la pratique par des politiques de discrimination positive, des périodes de transition plus longues, le maintien des préférences commerciales et des mesures de sauvegarde pour des produits dits sensibles, tel le sucre dans notre cas.
Madan Dulloo plaide pour un nouveau cadre de discussions. "On ne négocie pas un cycle de développement de la même manière que l'on négocie n'importe quel autre type de négociations commerciales", soutient-il.
Le G90 estime que le système multilatéral de commerce dans sa forme actuel ne saurait contribuer au combat contre la pauvreté à l'échelle mondiale. La libéralisation telle qu'elle est prônée par les nations riches et les grands pays en développement ne fera qu'exacerber les faiblesses structurelles des économies fragiles.
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