Le Potentiel (Kinshasa)

Gabon: Le Gabon veut protéger sa forêt en l'exploitant de manière rationnelle

Lp Le Monde

23 Décembre 2005


Kinshasa — C'est une vue fascinante que celle de la forêt gabonaise entraperçue depuis un hélicoptère. A perte de vue, des arbres à touche-touche qui offrent toutes les nuances du vert avec parfois de larges taches rouges.

Certains, d'une hauteur vertigineuse, feraient la fierté d'un parc. Ici, ces géants sont enserrés au milieu d'autres essences moins élancées envahies par des lianes. Parfois, le ruban ocre d'un chemin forestier entaille le paysage. Dans dix ou vingt ans, que restera-t-il de la forêt gabonaise et de sa soixantaine d'essences commercialisables ? Va-t-elle disparaître victime d'une exploitation sauvage comme celle, par exemple, de Côte d'Ivoire ? L'enjeu est de taille.

Le massif forestier exploitable couvre plus de 20 millions d'hectares, soit près de 80 % de la superficie de ce pays faiblement peuplé. Pour l'heure, il a échappé au pire. Seule la zone côtière, la plus facile d'accès, a souffert d'une gestion intensive dès le début du XXe siècle. «Les forestiers avaient tous les droits. C'est fini», résume Nicole Muloko, responsable de la Wildlife Conservation Society, une Ong américaine incontournable au Gabon pour tout ce qui touche à la forêt.

La sauvegarde du patrimoine repose sur l'entrée en application, fin décembre, d'un nouveau code forestier volontariste. Adopté en 2001, il impose à tous les détenteurs d'une concession forestière de présenter à l'administration avant la fin de 2005 un plan d'aménagement durable. S'ils ne le font pas, la concession pourra leur être retirée. Le plan est strict. Il exige l'élaboration par le forestier d'un inventaire des ressources à partir de sondages sur le terrain. «Il s'agit de quantifier et de localiser avec précision les tiges exploitables et les tiges d'avenir sur la totalité du permis», explique un dirigeant du groupe forestier Ceb Thanry, l'un des plus importants installés au Gabon.

Dans un second temps, le concessionnaire doit présenter à l'administration un plan d'exploitation. Celui-ci repose sur le découpage de la concession en unités de plusieurs dizaines de milliers d'hectares. Pour chacune d'entre elles le code impose une rotation des coupes sur vingt-cinq ans telle que la forêt puisse se reconstituer sans difficulté.

Grosso modo, le prélèvement d'une même espèce ne doit pas dépasser un à deux arbres par hectare et par an. «Désormais, l'exploitant forestier sait où il va. Un partenariat est noué avec l'Etat. Chacun y gagne», résume l'ancien directeur des Eaux et forêts Faustin Legault. BILAN MITIGE

A quelques semaines de l'échéance fixée par le code forestier, le bilan paraît mitigé. Les professionnels ne sont guère plus d'une demi-douzaine à avoir présenté un plan d'aménagement durable.

Mais ce sont les plus gros, des firmes étrangères (pour l'essentiel des entreprises françaises) dont la concession dépasse le demi-million d'hectares. Si l'on ajoute à leur permis les superficies gelées par la création récente d'une dizaine de parcs naturels, les spécialistes évaluent à une dizaine de millions d'hectares, soit la moitié des superficies, la forêt gabonaise sauvegardée.

«On risque d'avoir une exploitation forestière à deux vitesses, l'une respectueuse de l'environnement et l'autre anarchique», observe Faustin Legault. La crainte de l'ancien haut fonctionnaire reconverti consultant forestier s'appuie sur un constat : les détenteurs de petits permis - 50 000 hectares - sont souvent des obligés du régime. C'est pour services rendus qu'ils ont reçu une concession alors qu'ils n'ont pas les moyens de financer un plan d'aménagement forestier. Le seul inventaire coûte 3 000 francs Cfa/hectare (5 euros environ).

C'est beaucoup pour les exploitants d'une filière qui, malgré sa mauvaise image, affiche une rentabilité dérisoire. D'où l'idée de l'Agence française du développement (AFD) - la version française en quelque sorte de la Banque mondiale - de proposer une aide financière aux détenteurs d'une concession pour qu'ils se regroupent et présentent des plans d'aménagement et d'exploitation communs.

Le mouvement vient tout juste de démarrer et il est trop tôt pour prédire son avenir. Aux yeux des défenseurs de l'environnement, son respect est la clé d'une gestion durable de la forêt gabonaise. Encore faut-il que l'administration ait les moyens matériels de faire respecter les textes. L'état de délabrement de la forêt classée de la Mondah, aux portes de Libreville, la capitale, n'incite pas à l'optimisme. En quelques années, sa superficie initiale (9 000 hectares) a été réduite des deux tiers sous la pression démographique. Là où naguère l'okoumé et l'ozigo couvraient le sol ne poussent plus que des palmiers, des manguiers et des tiges de maïs.

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