Fraternité Matin (Abidjan)
Bourahiman Ouattara
26 Décembre 2005
Abidjan — Le burkinabé Damo Baro n'a pas le titre de Gouverneur de la Bceao au cours des 12 prochains mois, contrairement à ce que certains journaux ont rapporté.
Il demeure plutôt Vice Gouverneur de la Banque Centrale, assurant de Janvier à Mars 2006, l'intérim du Gouverneur, l'Ivoirien Charles Konan Banny.
La précision est faite par le ministre d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances Paul-Antoine Bohoun Bouabré qui a représenté le chef de l'Etat à la conférence extraordinaire des chefs d'Etat vendredi dernier à Niamey.
Banny, bien que premier ministre de Côte d'ivoire, reste Gouverneur de la Banque jusqu'à la prochaine conférence ordinaire des chefs d'Etat en mars 2006. Trois mois durant, l'intérim sera assuré par le Burkinabé Justin Damo Baro, le plus ancien des vices Gouverneurs, pour compter du 1er janvier. M. Damo avait d'ailleurs été administrativement désigné intérimaire par le Gouverneur lui-même peu avant de s'absenter de Dakar. Au terme de la conférence, les chefs d'Etat se sont accordés sur cet «arrangement », permettant d'éviter une nouvelle crise au sein de l'espace économique et monétaire ouest africain.
Interrogé par Radio Côte d'ivoire, le ministre d'Etat Bohoun Bouabré qui a participé à la conférence du Niger, éclaire ainsi l'opinion nationale sur ce dossier. Il explique le déroulement d'une rencontre qui a failli aboutir à une brouille. En effet, en vertu de l'article 41 des Statuts de la Banque Centrale, « le Gouverneur est nommé par le Conseil des Ministres pour une période de six années, renouvelable. Il doit être choisi de manière à appeler successivement à cette fonction un ressortissant de chacun des Etats membres de l'Union. ».
Mais, un accord tacite (non écrit) entre pays membres a toujours prévalu à la succession du Gouverneur. Le siège de la Bceao est à Dakar ; la Côte d'ivoire étant la principale pourvoyeuse de capitaux de la Banque centrale propose un Ivoirien comme Gouverneur ; le Burkina Faso et le Niger assurent respectivement les fonctions de 1er et 2ème vice gouverneur de la Banque.
Le premier mandat de Banny devant prendre fin le 31 décembre 2005, la délégation ivoirienne engage une discussion interne pour proposer la prolongation de son mandat jusqu'en décembre 2006. Il est entendu que le Burkinabé serait l'intérimaire au cours de cette période. C'est en ce moment que le Niger et le Sénégal se proposent candidats à la succession de l'Ivoirien, en violation de la pratique courante.
Car, pareil arrangement a cours depuis la création des institutions régionales et internationales. En Afrique centrale, le siège de la BCEAC est au Cameroun, tandis que le Gouverneur revient continuellement au Gabon.
Il en est de même au niveau des institutions de breton woods où le FMI est dirigé par un Européen alors que la Banque mondiale est commandée par un Américain. Cette règle n'est écrite nulle part dans les textes qui régissent ces institutions. C'est au nom de ce même accord tacite que le Niger et le Burkina Faso avaient unilatéralement désigné les successeurs des Vices Gouverneurs fin 2003, début 2004.
A cette période, les mandats des Vices Gouverneurs étaient arrivés à expiration. Ces deux Etats à qui reviennent tacitement les postes de Vices Gouverneurs ont procédé à leur remplacement (reconduction pour le burkinabé et nouveau Vice Gouverneur pour le Niger) par simple notification au Conseil d'Administration de la Banque centrale. Il n'y pas eu de débat préalable. Il n'y a donc pas eu de mise en cause de ce principe.
Mais, s'agissant du mandat du Gouverneur qui échoit à la Côte d'Ivoire, certains Etats ont engagé un débat houleux. Refus de certains chefs d'Etat, acceptation d'autres sur la remise en cause de la pratique. Devant le risque d'installer une crise majeure au sein de l'Union, et dans le souci de rassembler tous les Etats autour de la Côte d'ivoire à pouvoir régler la crise ivoirienne, les présidents malien Amadou Toumani Touré et burkinabé Blaise Compaoré ont fait une proposition qui rejoint celle qu'avait voulu faire la délégation ivoirienne.
La prolongation du mandat de Banny a été finalement jugée intéressante. Mais, selon le ministre d'Etat Bohoun Bouabré, la conférence a opté en définitive pour un prolongement de trois mois jusqu'à la prochaine conférence ordinaire en mars 2006. Il revient à la Côte d'ivoire de mettre à profit ces trois prochains mois pour engager des discussions avec les autres membres de l'Union, de manière à faire respecter le principe commun de gouvernance de la Bceao.
De toute façon, l'Etat ivoirien ne souhaite pas une remise en cause de ce principe. Car, prévient le ministre d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances, « une remise en cause peut entraîner d'autres remises en cause ». C'est un appel à la cohésion afin d'éviter de mettre à mal le fonctionnement de l'institution et la crédibilité de la monnaie commune, le CFA.
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