Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Référendum constitutionnel : les leçons d'une participation moyenne

23 Décembre 2005


Kinshasa — A la deuxième publication des résultats partiels du référendum, le «Oui» maintient sa position dominante. Non moins importante demeure, cependant, la détermination du taux de participation des Congolais au scrutin. Il est de 59,28%. Cet élément influe sur la crédibilité de l'opération et permet aux organisateurs de rectifier le tir avant les législatives et la présidentielle de 2006.

La deuxième vague des résultats partiels concernant le référendum constitutionnel a consolidé les tendances connues. Le «Oui» maintient sa longueur d'avance sur le «Non» avec 82, 91% contre 17,09%. Cette information a été livrée à la presse hier jeudi 22 décembre. La cérémonie s'est déroulée cette fois au siège de la Commission électorale indépendante (Cei) sous la présidence de l'abbé Apollinaire Malu-Malu.

Mais à la différence de la première séance de vendredi soir, le président de la Commission électorale indépendante a rendu cette fois public le taux de participation province par province. Il est de 59,28 % pour l'ensemble de la République démocratique du Congo. Par contre le taux de dépouillement est de 58, 36%. Il faudra encore attendre quelques heures pour connaître les résultats définitifs. Probablement le samedi 24 décembre 2005, laisse-t-on entendre dans les couloirs de la Commission électorale indépendante.

Pourquoi un taux de participation moyen alors que la Cei et les partenaires extérieurs attendaient une affluence record ? Comment expliquer le faible taux de participation dans certaines provinces ? Autant d'interrogations auxquelles nous essayerons d'apporter des réponses.

FAIBLE TAUX A KINSHASA ET DANS LES DEUX KASAÏ

Selon les dernières statistiques de la Commission électorale indépendante, la ville de Kinshasa et les deux Kasaï accusent un taux de participation faible. En effet, à Kinshasa on a relevé un taux de participation de l'ordre de 48,01% pendant que le Kasaï Occidental et le Kasaï Oriental accusent respectivement un taux de participation de l'ordre de 24,09% et 31,74%.

Ces faibles taux de participation seraient consécutifs à plusieurs causes. A Kinshasa, il y a lieu de retenir que cette ville constitue le «bastion» de la contestation, la base du Non, depuis l'époque coloniale. Ensuite, Kinshasa est une ville hyper-politisée à telle enseigne que chaque débat politique entraîne divers comportements dans le public. A ces deux causes s'ajoute l'attitude des Evêques de l'Eglise catholique du Congo. Sans donner une consigne précise, ils ont appelé leurs chrétiens à voter «en âme et conscience». L'absence de position dqns le message des pasteurs catholiques a, du point de vue des croyants, enlevé tout intérêt au vote. Enfin, il y a le boycott décrété par l'Udps d'Etienne Tshisekedi : ce mot d'ordre a été globalement suivi.

Ce qui est dit de Kinshasa se reflète également dans les villes de Mbuji Mayi et de Kananga, deux centres urbains hautement politisés. Mais aux Kasaï, il faut noter que le boycott ou les abstentions ont été largement observés. Toutefois, il est important de signaler que pour les deux Kasaï, le fait d'apposer des empreintes digitales sur le bulletin de vote a dissuadé plusieurs électeurs de se présenter au bureau de vote. Ils avaient peur de se faire repérer une fois qu'ils auraient voté pour le «non».

Enfin, à Mbuji Mayi, il nous revient que cette ville a souffert longtemps du manque d'eau potable et d'énergie électrique. Des problèmes sociaux cruciaux. Toutes les promesses faites par les autorités de Kinshasa dans le sens du rétablissement rapide de la situation n'ont pas été respectées. Un vote sanction convenait pour les punir. D'où la faiblesse du taux de participation.

La leçon à tirer est qu'il faudra sérieusement prendre en compte le camp du «Non» ou du boycott. Cette opposition est donc capable de mobiliser les populations dans un sens ou dans l'autre aux prochaines élections locales, provinciales, législatives et présidentielle.

FORTE PARTICIPATION

Jusqu'à preuve du contraire, la province Orientale vient en premier lieu avec un taux élevé de participation : 80% au terme des résultats communiqués hier jeudi. Cette province est suivie par les deux Kivu et le Maniema avec respectivement 72,36% pour le Nord-Kivu; 79,40% en ce qui concerne le Sud-Kivu et 75,85% pour le Maniema.

Liens Pertinents

Des éléments objectifs laissent penser que c'est la volonté de paix, de sécurité qui a suscité l'engouement observé dans les provinces de l'Est de la Rdc. Profondément marqués par les affres de la guerre, les habitants de ces provinces sont convaincus que voter «oui» les mettrait à l'abri des incursions étrangères et des groupes armés. Mieux, la constitution soumis au référendum règlerait définitivement la question des «minorités» et de la nationalité.

Au demeurant, l'engouement n'a été perceptible que dans les provinces de l'Est. Pendant qu'au Sud et à l'Ouest, les électeurs ne se sont pas bousculés. Ils avaient l'impression de remplir leur devoir civique, sans rêver. Voilà qui justifie les disparités constatées dans le taux de participation d'une région à l'autre. Attendons les résultats définitifs pour en tirer les conséquences utiles pour la suite du processus.

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