M.kiboko
30 Décembre 2005
Kinshasa — Au niveau de l'économie mondiale, un des faits qui ont marqué l'année 2005 est l'annulation de la dette des pays pauvres. Cette décision a été prise en juin dernier lors du sommet des pays les plus riches du monde le G8 et confirmée il y a peu par les bailleurs de fonds. les analystes estiment que ce geste ne suffit pas pour régler les difficultés des pays pauvres. Certains sont d'avis qu'il faut redéfinir les politiques d'aide publique au développement.
On se rappellera que Tony Blair et son ministre des Finances Gordon Brown ont obtenu à Londres, à la mi-juin 2005, l'accord des autres grands pays industrialisés du G7 et de la Russie pour annuler 40 milliards de dollars de la dette extérieure des pays pauvres très endettés. « C'est un pas en avant dans la longue bataille pour libérer les pays de la crise de la dette », avait immédiatement commenté le représentant de Eurodad, un réseau d'organisations non gouvernementales (Ong) mobilisées sur la dette. Mais le problème de l'endettement des pays pauvres est encore loin d'être réglé. Et l'avenir des flux d'aide publique internationale reste incertain en dépit de la multiplication actuelle des promesses et des projets.
Première victoire : dix-huit pays vont bénéficier d'une annulation totale du stock de leur dette auprès du Fonds monétaire international (Fmi), de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. La facture s'élève à environ 1,5 milliard de dollars par an pour l'ensemble des pays riches. Certes, on est loin de l'annulation de la dette de tous les pays pauvres très endettés (180 milliards de dollars), mais les 40 milliards annoncés représentent environ la moitié de la dette extérieure totale des pays concernés et la quasi-totalité de leur dette multilatérale. Une dizaine d'autres pays attendent à terme profiter de la mesure, portant les annulations à 55 milliards de dollars au total.
FUTUR ACCROISSEMENT DE L'AIDE
Deuxième victoire : pour les pays pauvres dont la situation se dégrade du fait de la conjoncture internationale (hausse brutale des prix du pétrole, forte baisse du prix des matières premières exportées ), le G8 propose la constitution d'un nouveau fonds destiné à les soutenir par une aide supplémentaire. Aussi, ces annulations devraient être financées par des budgets d'aide additionnels, sans puiser dans les ressources actuelles des institutions sauf pour le Fmi. De fait, toute la dette internationale des pays pauvres n'est pas annulée, tous les pays pauvres endettés ne vont pas en bénéficier et les engagements de financements de ces annulations ne sont fermes que pour les premières années. Après, tout dépendra de la bonne volonté politique et budgétaire des pays riches en faveur de l'aide. Le fait que les promesses de 1996 et 1999 d'annulation de la quasi-totalité de la dette n'aient pas été tenues n'est pas de bon augure
De nombreux pays ont certes annoncé un futur accroissement de leur aide : la France et le Royaume-Uni ont promis d'y consacrer 0,7 % de leur produit intérieur brut (PIB) respectivement d'ici à 2012 et 2013, et l'Union européenne, l'Allemagne et l'Italie d'ici à 2015. Mais on sait qu'en ce domaine, les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent.
Au demeurant, tous les experts reconnaissent que les recettes appliquées au cours des vingt-cinq dernières années ont largement échoué. Même la Banque mondiale ose publier un rapport de critiques à faire pâlir de naïveté les analyses des Ong contestataires. Ce mea-culpa des pays riches et des institutions internationales contribue indéniablement à vouloir solder les erreurs du passé et permet des accords comme celui qui vient d'être obtenu sur la dette. Il ne va pas jusqu'à arrêter de défendre une large ouverture des marchés, qui contribue souvent à ruiner les producteurs du Sud. Reste donc maintenant le plus difficile : rebâtir les principes de l'aide, sans répéter les mêmes erreurs.
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