Gabonews (Libreville)
29 Décembre 2005
interview
Libreville — La ministre française déléguée à la coopération, au développement et à la Francophonie, Brigitte Girardin dans une interview exclusive accordée à GABONEWS, mercredi à Paris, peu avant la publication du nouveau gouvernement ivoirien, a annoncé qu'elle représentera son pays à la 3ème réunion, du Groupe de Travail International (GIT), le 15 janvier prochain, à Abidjan (Côte d'Ivoire).
La ministre française a, par ailleurs, longuement expliqué les avantages de la loi adoptée par le parlement français, imposant une taxe sur les billets d'avions pour financer le développement dans les pays pauvres. (Propos recueillis par Nicolas Pompigne Mognard, correspondant de GABONEWS en France).
Le Groupe de travail international ministériel sur la Côte d'Ivoire a rédigé la feuille de route visant à l'organisation des prochaines élections. Une 3ème réunion du Groupe est prévue le 15 janvier prochain à Abidjan. Quel sera l'ordre du jour de cette réunion ? Quelles sont les prochaines étapes du processus de transition avant les prochaines élections prévues au plus tard le 31 octobre 2006 ?
Brigitte Girardin : Je représenterai, en effet, la France à la prochaine réunion du Groupe de Travail International. Ce Groupe, créé par la résolution 1633 du Conseil de Sécurité, joue un rôle d'arbitre et de garant du processus de transition qui doit conduire aux élections avant la fin octobre 2006.
La "feuille de route" que nous avons adoptée à l'unanimité définit les tâches et le calendrier de la période de transition. Il s'agit du processus d'identification et de constitution des listes électorales, du désarmement, démobilisation et réinsertion des combattants, du démantèlement des milices; de l'extension de l'activité des administrations à l'ensemble du territoire ivoirien, du suivi de la situation des droits de l'homme et des urgences humanitaires. C'est précisément l'ensemble de ces questions que nous allons examiner lors de notre prochaine rencontre.
La France vient d'adopter une taxe sur les billets d'avions destinée à financer l'aide au développement et la lutte contre le SIDA. Existe-t-il d'autres pistes en matière de financements innovants ?
Le Parlement français vient en effet de voter un texte de loi prévoyant une contribution de solidarité internationale sur les billets d'avion destinés à financer l'aide au développement. Le taux-plafond de cette contribution varie selon la classe et la distance. Pour les vols intracommunautaires, il sera de 1- pour la classe économique et de 10- pour la première et la classe affaires. Pour les autres vols, il sera respectivement de 4- et 40-.
Ce mode de financement innovant répond à la nécessité de mobiliser des ressources additionnelles par rapport à l'aide publique au développement traditionnelle qui est imputée sur les budgets nationaux et qui ne suffit pas pour réunir les 25 milliards de $ supplémentaires dont l'Afrique a besoin pour lutter contre la pauvreté.
L'avantage de ce dispositif nouveau est d'obtenir des ressources à la fois stables et prévisibles qui sont indispensables pour éradiquer les grandes pandémies en Afrique, comme le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Lorsque, par exemple, nous mettons sous traitement anti-rétroviraux des malades du SIDA, nous ne devons pas les interrompre, ce qui est incompatible avec des financements budgétaires qui comportent des aléas.
Nous nous efforçons de rallier le plus grand nombre d'États à cette initiative française. Le Royaume-Uni et le Chili se sont d'ores et déjà engagés dans cette voie. D'autres pays, notamment européens, nous ont indiqué qu'ils étaient prêts à faire des annonces prochaines.
« Débourser l'aide publique au développement par anticipation »
Au-delà, la France a également prévu de participer à une autre initiative en matière de financement innovant, conjointement avec le Royaume-Uni et d'autres pays. Il s'agit d'une Facilité financière internationale (IFF) qui permet de débourser l'aide publique au développement par anticipation. Le montage financier est le suivant : les pays donateurs prennent des engagements de remboursement fermes envers l'IFF, celle-ci emprunte alors sur les marchés une somme équivalente aux promesses de remboursement, l'argent levé sur les marchés est versé, sous forme de dons, via les agences de développement.
Une première application de l'IFF concernant les vaccinations sera mise en oeuvre par l'intermédiaire de GAVI (Alliance Mondiale pour les Vaccins et la Vaccination).
La France apportera 1,5 milliards d'euros au cours des prochaines années à la FFI pour la vaccination. Cette initiative consiste en un grand emprunt international lancé par les bailleurs de fonds, qui leur permet de financer le fonds mondial pour les vaccins dès maintenant et d'en étaler le coût budgétaire sur 20 ans. Comme la vaccination évite la diffusion des maladies et permet donc de limiter le coût des traitements à venir, cette ponction sur les budgets futurs de l'aide au développement est dans ce cas tout à fait justifiée.
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