Jean Pires
30 Décembre 2005
L'artiste peintre, Adama Boye, s'invite dans l'actualité sportive du moment, en investissant le thème de la lutte traditionnelle sénégalaise pour son exposition en cours, à la galerie nationale d'art de l'avenue Albert Sarraut.
Le titre de l'exposition est explicite dans la langue ouolof « Bakk ak Ndënd », que l'on peut traduire « parade des lutteurs et tam-tams ». Adama Boye donne ainsi une indication claire sur l'objectif de son travail, axé essentiellement sur l'arène sénégalaise de lutte. Des couleurs chaudes du « brun orangé » au rouge pour le milieu du jour et des « bleue marine » pour marquer la tombée de la nuit, c'est à une journée dans l'arène que nous invitent les tableaux d'Adama Boye. L'espace de la galerie devient virtuellement le décor de l'arène. L'atmosphère est campée.
La batterie de tam-tams est présentée dans le détail des éléments qui la composent « Thiol », « Nder », » Mbeung mbeung », on croirait entendre les sons trépidants invitant les lutteurs à s'affronter dans la bravoure et la loyauté, c'est aussi le sens du grand tableau intitulé « bakk sabaar ». Le visiteur de l'exposition découvre les facettes de ce folklore bien de chez nous, des préparatifs « Wathtaye », la visualisation de la place retenue pour accueillir les derniers bains mystiques est matérialisée par une installation « thoumékou ».
Les différentes scènes de l'arène sont montrées par les tableaux d'Adama Boye dans un style expressionniste bien approprié, quand bien même on reste un peu dubitatif devant certaines toiles à la peinture abstraite. L'artiste utilise beaucoup les collages et, en particulier, le cuir qu'elle traite en tant que matériau de travail depuis au moins deux années. L'ambiance de l'arène est si présente dans cette exposition ; en la visitant, le célèbre champion, Moustapha Guéye, n'a pas pu se retenir d'esquisser quelques pas de « bakk », c'est tout naturel pour un lutteur. Entre le « bakk mbeur » (une sorte d'appel à la bravoure), « seugue bi » qui nous renvoie au début du combat et le grand tableau « galgal » est, quant à lui, une phase de lutte (en fait un croc-en-jambe suivi d'un hanché) devenu populaire parce que très prisée par nos grands champions de lutte. Une exposition intéressante, au point de vue du traitement des couleurs et de l'approche du sujet. Adama Boye a su rendre l'essentiel de son sujet et une préoccupation profonde pour la préservation de la tradition de l'arène sénégalaise.
En lui apportant son concours, l'ISESCO et son directeur, Abdulaziz O. Altwaijri, ont voulu « illustrer l'attachement de l'Islam à l'épanouissement social et intellectuel de la femme, ainsi que sa vision des arts plastiques ». Pour cette plasticienne sénégalaise, émule de l'école des Beaux-Arts de Dakar, (promotion de 1990), l'exposition « Bakk ak ndënd » sera, sans doute, une étape importante de son cheminement artistique.
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