Paul D. Tayoro
31 Décembre 2005
Le Premier ministre Konan Banny a enfin formé son gouvernement. Un gouvernement de mission comme il aime à le dire lui-même.
Mais les Ivoiriens ont tous été témoins des atermoiements et des nombreux revirements qui ont marqué la sortie de cette fumée blanche. Mécontents du résultat, des Ivoiriens ont manifesté dans les rues d'Abidjan. Mais, fort heureusement, les troubles ne sont pas allés bien loin. Et c'est une bonne chose, car la formation de ce gouvernement est une autre victoire de Gbagbo sur la France.
Contrairement à ce que bien de personnes ont pu penser, les atermoiements de Konan Banny, au cours des discussions qui ont précédé la naissance de ce gouvernement, ne sont pas du tout fortuits. A deux reprises, Banny est revenu sur des accords obtenus avec le FPI et même le président de la République. Plusieurs fois, il a fait traîner les débats avec le chef de l'Etat. L'objectif de tout cela était de retarder au maximum la formation de ce gouvernement jusqu'à ce qu'une réunion du conseil de sécurité des Nations unies soit convoquée d'urgence sous l'instigation de la France, pour prononcer des sanctions contre ceux qui empêchent l'évolution du processus de paix. Et la France avait déjà préparé les dossiers pour que tout le camp présidentiel boive la tasse jusqu'à la lie. Mais le gouvernement a été formé. Les dossiers accusateurs de la France resteront donc encore dans les tiroirs.
De plus, ceux qui espéraient voir Gbagbo inaugurer les chrysanthèmes pour, librement, livrer le pays aux vautours, doivent se faire une raison. Les ministères clés de la défense et de l'intérieur ne sont pas aux mains du bloc rebelle. Le commissaire Joseph Dja Blé a toujours servi la Nation avec abnégation, sans jamais se mêler des palabres politiciennes. Il n'appartient à aucun clan et les Ivoiriens n'en demandent pas mieux. Idem pour René Aphing Kouassi, mieux connu des Ivoiriens, mais homme intègre. Encore que le président de la République est le chef suprême des armées. Et Gbagbo est en harmonie complète avec ses hommes. C'est dire qu'il tient toujours la barre.
Autre sujet de satisfaction, les institutions de la République fonctionnent normalement. Le pays n'est donc pas sous tutelle. Et les députés, dès la fin de leurs vacances, ne se feront pas prier pour le faire savoir.
Toujours sous la poussée de ses maîtres français, le Premier ministre s'est battu bec et ongles, menaçant parfois de démissionner, pour que le ministère de l'Economie et des Finances soit retiré à Bohoun Bouabré, qui a pourtant fait toutes les preuves de ces grandes capacités. Celui qui prend sa place connaît donc ses responsabilités. Et si le moindre accroc intervient dans les paiements des salaires et des primes des soldats, l'on sait à qui s'adresser. Gbagbo n'a plus à subir cette pression.
L'attribution du ministère des Victimes de guerre à Louis André Dakoury- Tabley fait rire. Comment pourra-t-il panser toutes ces plaies s'il est de ceux qui ont tué ? Que pourra-t-il dire à ses propres parents, à plus forte raison aux Ivoiriens ? A moins que, pour lui, les victimes de la guerre ne soient que ses amis rebelles et leurs soutiens.
Pour sa part, Guillaume Soro devra reconstruire la pays qu'il a détruit et réinsérer les Ivoiriens qu'il a égarés. Comment s'y prendra-t-il pour éviter l'exclusion et travailler dans la transparence prônée par le Premier ministre ?
Dans ce gouvernement, les courants contraires sont si nombreux et forts que l'on se demande comment Banny pourra conduire son équipe jusqu'au désarmement que même des ministres d'Etat refuseront. Une telle éventualité ferait le bonheur de la France qui pille le pays en ce moment, et même des fonctionnaires et autres soldats internationaux qui vivent des conflits.
C'est là que Banny devra regarder les Ivoiriens droit dans les yeux pour leur dire la vérité, rien que la vérité, en toute transparence. Là-dessus, les Ivoiriens devront rester plus que jamais mobilisés pour que le désarmement et la réunification du pays, seule et unique raison d'être de ce gouvernement, soient faits. Il ne faut pas perdre de vue que les 12 mois alloués au gouvernement sont déjà très largement entamés.
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