I. Anne
2 Janvier 2006
Il était difficile à la délégation sénégalaise detenir une commission mixte en Gambie sans rendre une visite de courtoisieau maître de céans. C'est-à-dire Yahya Jammeh. Le langage protocolairede mise parlerait de El Hadj Dr. Yahya A.J.J Jammeh. Mais,pour voirSir Jammeh en cette fin de semaine, il faut se lever très tôt.Parce que le tombeur de Dawda Jawara vità une centaine de kilomètres au sud de Banjul. Plus précisément à Kanilaï - ainsi se nomme son village -qui se trouve à "500 mètres de la frontière gambienne". Et c'est Jammeh lui-même qui en donne la précisiontopographique. Au bout d'une "route de la mort" à plus de 70 % de latérite, la délégationarrive enfindans le village de Jammeh : une véritable forteresse dans la forêt.
Mais, à cette audience, la presse,sénégalaise particulièrement, n'était pas à la fête. Sur une quinzaine de minutes d'un discours de bienvenue, la presse s'est taillée la part du lion. Ainsi entre allusions voilées et accusations des plus précises, Yahya Jammeh s'est laissé aller à un sévère réquisitoire contre les journalistes qui, à son goût, outrepassent les limites du droit d'expression. "En construisant ici (Ndlr : son village), Wal Fadjri a déclaré que Jammeh prépare des bunkers pour attenter à la sécurité de l'Etat sénégalais", accusera-t-il. Jammeh ajoute que "d'autres journalistesont déclaré que Kanilaï est un camp retranché du Mfdc".Mais, objecte-t-il à ces esprits mal pensants, "pourtant tout ce qui a été construit ici l'a été par des Sénégalais, notamment Oumarel Sow (Ndlr : responsable de la Cse en Gambie)". Pour Jammeh, toutes ces déclarations sont à mettre sur le compte d'une presse à sensation et à scandale dont l'objectif inavoué et que lui décèle, demeure "la recherche de visa". En effet, justifie-t-il, "certains journalistes, après avoir écrit des articles qui les mettent en marge du droit, se réfugient dans les ambassades pour demander des visas parce que, prétextent-ils, leur vie est en danger". Selon l'homme fort de Gambie, "à la base des crises entre Etats, il y a généralement des articles de presse". Mais, prévient-il, "les journalistes ne peuvent sortir indemnes des dommages qu'ils occasionnent".
... Et envoie un coup de pied à la communauté internationale
"Il y a des gens qui vivent de nos conflits", déclare sans protocole Yahya Jammeh.L'allusion devient plus clairelorsqu'il affirme que"quand des foyers s'allument entre pays africains, ce ne sont ni la Banque mondiale ni le Fmi qui viennent à la rescousse". Et pour l'homme de Kanilaï, "pourtant ce n'est point par manque de connaissance suffisante qu'ils s'abstiennent d'intervenir dans nos crises". Plus concis dans l'accusation, il estime que si ces institutions étaient animées d'une volonté d'apaisement, elles seraient intervenues parce qu'"elles savent, mieux que quiconque, que ce n'est bon ni pour le Mali, ni pour la Mauritanie, ni pour le Sénégal encore moins pour la Gambie".
Yahya Jammeh loge l'Union européenne à la même enseigne. Pour lui, "si la crise entre le Sénégal et la Gambie avait cours dans les relations entre la France et la Grande Bretagne, il y a longtemps que l'Union européenne serait intervenue". Se défendant d'être un raciste, Yaya Jammeh enfile le manteau nationaliste pour asséner ses vérités. "Notre développement se fera par nous-mêmes ou ne se fera pas", professe le président de la République gambienne. Et comme argument, il avance qu'"après 4 siècles de colonisation, l'Europe nenous a pas développés". Donc, "croire que l'Europe développera l'Afrique à notre place relève d'un manque d'éveil", selon Jammeh.
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