Le Soleil (Dakar)

Afrique: Abdoulaye Bio-Tchané, directeur du Département Afrique du FMI : « L'annulation de la dette multilatérale va plus loin que l'initiative Ppte »

Synthèse Moussa Sadio

3 Janvier 2006


Le patron du département Afrique du Fmi estime, dans une déclaration rendue publique, que les pays africains doivent continuer à travailler dans l'esprit du Nepad après l'annulation de la dette multilatérale décidée par les pays du G8.

Le G 8 avait proposé, en juillet 2005, que soit offert par le Fmi, l'Association internationale de développement de la Banque mondiale et le Fonds africain de développement, un allègement global de ladite dette. Le 21 décembre 2005, le Conseil d'administration du Fmi a approuvé la mise en oeuvre de cet allègement de dette, désormais connu sous le nom d'Initiative d'allègement de la dette multilatérale (Iadm).

Selon M. Abdoulaye Bio-Tchané, directeur du Département Afrique du Fmi, à partir de janvier 2006, une fois que les derniers éléments du dispositif financier auront été mis en place, le Fmi annulera 100 % la dette des pays qui auront atteint ou qui seront en passe d'atteindre le point d'achèvement au titre de l'initiative conjointe du Fmi et de la Banque mondiale en faveur des pays très endettés (initiative Ppte). Il souligne que l'Iadm va au-delà de l'initiative Ppte ; « en ce qu'elle libère des ressources additionnelles pour aider ces pays à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) ».

Un premier groupe de 19 pays est déjà admis à bénéficier de cette initiative. Il s'agit pour l'Afrique, du Bénin, du Burkina Faso, de l'Ethiopie, du Ghana, de Madagascar, du Mali, du Mozambique, du Niger, de l'Ouganda, du Rwanda, du Sénégal, de la Tanzanie et de la Zambie. « Nous, nous employons activement à aider de nombreux autres pays à atteindre au plus vite leur point d'achèvement au titre de l'initiative Ppte. Nous travaillons en outre avec les pays pour veiller à ce que les ressources économisées, grâce à l'Iadm, servent bien à la réalisation des Omd », assure Abdoulaye Bio-Tchané.

Ã- son avis, ces développements sont très encourageants pour l'Afrique subsaharienne. Mais, à l'aube de la nouvelle année, il est essentiel que les dirigeants africains et la communauté internationale continuent d'agir dans l'esprit du Nepad pour transformer les engagements en un développement soutenu et une réduction durable de la pauvreté. Selon M. Bio-Tchané, dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, l'économie continue de se développer à un bon rythme et malgré la flambée des cours mondiaux du pétrole, la croissance moyenne n'a que légèrement fléchi en 2005, après avoir été particulièrement vigoureuse l'année précédente.

Pour le directeur du département Afrique du Fmi, il est assez surprenant que ce ralentissement ait été causé surtout par le recul de la croissance dans les pays producteurs de pétrole, après l'augmentation exceptionnelle de la production de pétrole en 2003 et 2004. Dans les pays d'Afrique non producteurs de pétrole, il a annoncé qu'on s'attend à ce que la croissance se maintienne en moyenne autour de 4,5 % en 2005 et 2006 ; soit, dit-il, un taux comparable à celui de 2004.

« Les pays ont encore à surmonter des défis majeurs alors même qu'ils s'efforcent d'atteindre les Omd », déclare Abdoulaye Bio-Tchané, indiquant qu'en 2005, la croissance est restée inférieure au niveau qui serait nécessaire pour réaliser l'objectif consistant à réduire la pauvreté de moitié d'ici à 2005. « Pour beaucoup de pays, la maîtrise de l'inflation a été particulièrement difficile. Car les cours du pétrole ont suivi leur hausse. Sa conviction est que dans les pays africains, qu'ils soient producteurs ou importateurs de pétrole, l'adaptation à l'évolution de l'environnement extérieur nécessite l'application de politiques qui posent des défis considérables aux dirigeants.

Dans les pays producteurs, précise-t-il, une partie du surcroît de recettes pétrolières peut servir à financer les politiques qui aideront ces pays à atteindre les Omd. « Cela ne sera possible que s'ils sont en mesure d'absorber la manne pétrolière et si ces dépenses additionnelles s'inscrivent de façon cohérente dans un programme de dépenses publiques à moyen terme ». Quant aux pays importateurs de pétrole, M. Bio-Tchané note qu'ils pourraient contenir les pressions budgétaires qui se font jour en diminuant leurs dépenses non prioritaires. « Ils pourraient aussi consolider leur base de recettes et, si cela est possible, laisser les taux de change s'ajuster, afin de se protéger contre les chocs », a-t-il ajouté.

Selon toujours le directeur du département Afrique du Fmi, la perspective d'une augmentation sensible de l'aide des donateurs internationaux et d'un allègement global de la dette rend nécessaire pour ces pays l'élaboration de programmes économiques, en vue d'accélérer la réalisation des Omd. Pour ce faire, il a dit la nécessité pour les pays à améliorer la gestion de leurs dépenses publiques, à respecter les normes rigoureuses en matière de responsabilité des pouvoirs publics et à une bonne gouvernance économique. Abdoulaye Bio-Tchané souligne aussi que le secteur privé doit être le moteur d'une croissance soutenue et plus forte. Il conclut que les pays doivent abandonner les préférences commerciales traditionnelles, au profit d'une libéralisation unilatérale ou multilatérale.

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