Kenge Mukengeshayi
13 Janvier 2006
Kinshasa — Chaque jour qui passe apporte son lot d'informations, les unes contradictoires, les autres inquiétantes, sur le processus électoral en cours dans notre pays. A la base, la décision du parti d'Etienne Tshisekedi de s'impliquer totalement avec comme objectif de remporter les prochains scrutins à tous les niveaux.
Après la Commission Electorale Indépendante et l'ambassadeur américain, et alors que l'opinion attend la position du Comité international d'Accompagnement, l'espace présidentiel a décidé à son tour de s'inviter dans le débat.
Des sources dignes de foi ont à cet effet appris au Phare que le dossier Udps a occupé l'essentiel de la réunion de l'espace présidentiel qui s'est tenue mardi. Selon les mêmes sources, c'est ce qu'on craignait même à ce niveau qui s'est malheureusement produit: les clivages traditionnels se sont reproduits entre d'un côté le Camp dit de la patrie et de l'autre l'Alliance pour la Sauvegarde du Dialogue Intercongolais. Pour le premier, il n'est pas du tout question de rouvrir les bureaux d'enrôlement, tandis que pour le deuxième, le statut d'homme d'Etat exige de dépasser ses propres sentiments pour privilégier uniquement l'intérêt de la nation.
Garder le cap
Ces informations couplées aux dernières déclarations aussi bien du Président de la CEI que de l'ambassadeur américain confirment ainsi deux thèses. La première: l'existence d'un complot international auquel ont adhéré certains Congolais pour étouffer les forces nationalistes et favoriser le règne de l'impunité. La deuxième: Tshisekedi et l'Udps font peur. Peur de l'inconnu pour certains, mais aussi peur, pour d'autres, de perdre de véritables situations de rente dans un pays redevenu comptoir colonial et ouvert, comme jadis le bassin du Congo après la Conférence Internationale de Berlin, à tous les réseaux maffieux.
Bref, alors que pour nombre de ténors de l'espace présidentiel, le leader de l'Udps ne représente plus rien, les mêmes rejettent paradoxalement toute idée d'en apporter la preuve par la réouverture des bureaux d'enrôlement, d'autant que ce ne sont pas les Congolais qui financent une opération dont on sait qu'elle devrait être limitée aussi bien dans le temps que dans l'espace.
Autant dire donc que les regards sont encore et toujours tournés vers New York. Les observateurs se demandent notamment si le Secrétaire général de l'Onu ainsi que le Conseil de sécurité qui ont exigé l'inclusivité dans le processus congolais vont se dédire ou, en revanche, confirmer leur option par des engagements plus concrets.
Ainsi que nous le rappelions en début de semaine, la requête de l'Udps a déjà été déposée, par des voies appropriées, au Palais de verre. Où des diplomates onusiens se demandent de plus en plus s'il est ou non de l'intérêt de la Rdc que les partis institutionnels gagnent loyalement les élections, ainsi qu'ils le prétendent, avec l'Udps dans le processus ou en dehors. Les prochains jours apporteront sans doute la réponse que les Congolais espèrent pour mesurer la sincérité ou l'hypocrisie de leurs dirigeants.
Reste que ces éléments d'information sont également parvenus aux leaders de l'Udps qui les analysent méticuleusement. Ainsi, dans un premier temps, l'Udps est désormais convaincue que son implication fait peur aussi bien aux partis institutionnels qu'aux réseaux maffieux tenus par des expatriés et soutenus par certaines chancelleries. C'est ainsi que pour la fille aînée de l'opposition congolaise, le mot d'ordre est de tenir le bon bout, de ne pas s'énerver, de ne pas répondre à l'une ou l'autre provocation en décrétant l'auto-exclusion que les démocrates du clairon attendent.
Bref, il s'agit plus que jamais pour l'Udps de s'inscrire dans la logique globale du processus pour voir si ceux qui l'ont toujours chantée iront jusqu'au bout. C'est désormais la guerre des nerfs.
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