Par J.F.C.
16 Janvier 2006
Le combat contre ce fléau n'est pas une affaire simple. Les pirates sont déterminés à défendre leur activité.
"Regardez ma tête. Il y a des blessures partout. Et il n'y a pas que moi. Mes collègues aussi ont reçu des coups partout. Ces gens étaient déterminés à nous tuer pour défendre leurs affaires ". Sur le visage de Eyiké Gaétan ruisselle encore du sang qui finit par se coaguler au milieu du front. Lorsqu'il se décoiffe, tout le monde tressaille de stupeur à la vue de nombreuses blessures qu'il a sur sa tête. Ce jeune homme âgé d'une vingtaine d'années, vigile à la Cameroon music corporation (Cmc), a failli ne pas voir l'an 2006, au regard de l'agression qu'il a subie au marché central de Yaoundé. " Ce sont les pirates des oeuvres musicales qui m'ont fait ça. Nous étions en expédition normale et nous les avons surpris en flagrant délit, en train de décharger des conteneurs des Cd piratés. Nous nous sommes présentés et tout de suite, ils se sont mis à nous agresser ", explique-t-il. L'expédition en question a eu lieu le 23 décembre 2005. Comme toujours, les éléments de la commissio n de lutte contre la piraterie de la Cmc informés depuis le marché central de Yaoundé de la livraison des conteneurs de Cd piratés au lieu dit " montée Arnaud " ont pris soin d'appeler les forces de l'ordre, et un huissier de service avant de descendre sur le terrain.
Très vite, les pirates ont été encerclés et surpris en plein déchargement de la marchandise prohibée par la loi. Au moment de la saisie, une bagarre générale éclate entre une bande de pirates déchaînés et les agents de Cmc. C'est dans la foulée que, entre autres le jeune Gaétan Eyiké recevra plusieurs coups de gourdins à la tête. Après cet affrontement trois pirates sont enfermés dans une cellule de gendarmerie. " De toutes les façons, ils nous ont dit que leurs gars ne feront pas long feu en cellule ", confie un responsable de la Cmc. Vérifications faites, les pirates agresseurs ont effectivement été relâchés, nonobstant la plainte déposée contre eux pour coups et blessures. " Il faut comprendre que les pirate s ont les bras longs. Et parfois même jusqu'au niveau du parquet. Il y a beaucoup d'argent qui y circule. Et combattre la piraterie qui appauvrit suffisamment les artistes devient alors un combat de titans ", commente, l'air désespéré, l'artiste Messi Ambroise. Ange Ebogo Emerent quant à lui, a le coeur meurtri. " La Cmc a déjà dépensé près de 30 millions de francs Cfa. Mais les pirates continuent de servir impunément et il apparaît dommage que l'Etat puisse ainsi abandonner aux artistes cette lutte contre ces criminels. " Quelques semaines avant la fête de la nativité, excédé par les échos de résistance des pirates sur le terrain, Sam Mbende le Président du conseil d'administration de la Cameroon Music Corporation est personnellement descendu sur le terrain à Yaoundé.
Maigre butin
Arrivés au lieu dit Boulangerie Kalafatas, les vendeurs de Cd piratés ont dissimulé leurs produits dans les sacs. " Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi voulez-vous nous mettre en chômage ? A cause de vous nous n'arrivons pas à vendre ", lance, l'air belliqueux, un jeune homme qui a un sac accroché aux épaules et dans lequel on pouvait trouver des Cd piratés. Sam Mbende essaye de sensibiliser cette foule. Mais ce n'était qu'une prétention, personne ne voulant suivre son discours. Les insultes fusent de partout. Prochaine escale, le marché Mvog-Mbi. Ici, non loin de l'immeuble abritant les Editions Nkul Nam, les vendeurs des oeuvres piratées sont là avec leurs produits étalés au sol. A la vue des gendarmes, ils essayent de tout emballer. Trop tard. Les agents de la Cmc leur ont déjà mis la main dessus. Il s'ensuit une bousculade puis d'une bagarre. Les pirates tiennent à se défendre en agressant les agents de la Cmc. Le magasin est repéré. Mais il a rapidement fermé quelques minutes après. Deux vendeurs de Cd piratés sont embarqués. Le cortège prend la route du quartier Mvan puis du marché Melen. A chaque étape, la symphonie est la même : bousculade et bagarre. Sam Mbende est parfois obligé de se transformer en pugiliste. Le butin de guerre est cependant bien maigre pour les agents de la Cmc. Ils ramènent seulement quelques Cd piratés contre une multitude de blessures et de bosses. Malgré cela, Sam Mbende se dit déterminé à poursuivre le combat : " Nous irons jusqu'au bout ", lance le Pca de la Cmc.
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