Importation du poulet congelé
La marche citoyenne prévue à travers les artères de Yaoundé, pour protester contre les importations des découpes de poulets, a eu l'appui de José Bové et plusieurs milliers de syndicalistes, leaders nationaux et internationaux.
Bien que tenus en respect par une escouade de policiers qui ont envahi les lieux dès les premières heures de la matinée, éleveurs, vendeurs, plumeurs, consommateurs ont manifesté. Combien étaient-ils exactement ? 3000 ? 5000 comme le projetaient les responsables de l'Acdic ? Un peu plus ? Bien malin celui qui pourrait donner une réponse exacte à ces interrogations. Mais il y'a eu du monde dans cet événement, dont l'un des objectifs, selon ses initiateurs, était de rôder la capacité de mobilisation de l'Acdic, Association citoyenne de défense des intérêts collectifs. Sur ce volet, le président exécutif de l'Acdic peut s'estimer heureux. Dans un mot de remerciement improvisé à l'endroit de ces milliers de manifestants, il a dit sa joie devant cette forte adhésion de la masse paysanne, des éleveurs, bref de tous ceux qui interviennent dans la filière avicole.
Sur la multitude de pancartes portées par ces gens, quantité de messages adressés au gouvernement camerounais et tous ceux qui militent encore en faveur des importations des poulets congelés, en dépit de toutes les campagnes de plaidoyer et de lobbying menées contre ce phénomène. Morceaux choisis de ces brûlots : " Sud, débarrasser le Minepia des fonctionnaires corrompus. On les connaît " ; " importation des poulets congelés, c'est la catastrophe pour la santé, c'est installer la misère en milieu rural " ; " notre avenir repose sur l'élevage " ; " importer les poulets congelés, c'est appauvrir les paysans " ; " soyons solidaires avec les éleveurs de poulets " ; " Oui au poulet citoyen, non à la dépendance alimentaire ". Autant de phrases chocs, inscrites sur des contreplaqués portés par des délégués de l'Acdic et autres sympathisants venus de tous les coins du Cameroun : Doume, Djerem, Kousseri, Kadey, Bafut, etc. Toutes les dix provinces du pays étaient représentées, et bien d'autres pays tels que le Burkina Faso, la France, la Rdc, pour cette marche qui s'est finalement déroulée sur quelques mètres seulement. Une courte marche pourtant très courue, côté médias nationaux et étrangers aussi.
Même si la mascotte de cette lutte, José Bové, de la confédération paysanne de France, s'est interdit de commenter la décision des pouvoirs publics d'interdire cette marche, puis un regroupement prévu par l'Acdic en guise de compensation à la Chambre d'agriculture de Yaoundé, il n'a pas manqué de booster le moral des paysans camerounais. " Je suis ici pour vous apporter le soutien de tous les paysans de France. Vous êtes victimes des problèmes que connaissent tous les paysans de la planète. Le poulet que vous mangez ici vient d'Europe. C'est inacceptable, que l'Europe exporte des poulets vers votre pays alors que vous êtes capables d'en produire. En plus, le poulet qui est envoyé dans vos pays n'est pas consommé en France. Ce sont des poulets de trente jours, qu'on ne retrouve pas sur les étals en France. Ce poulet est subventionné par l'Union européenne. Il faut que le Cameroun, avec les pays voisins, atteigne sa souveraineté alimentaire. Vous, paysans camerounais, représent ez 67% de la population totale. Pourquoi ne vivez-vous pas du fruit de votre travail ? ", a-t-il questionné au milieu de cette foule bigarrée.
L'Addec dans le mouvement
François Traoré, le président de l'Association des producteurs de Coton d'Afrique, Aproca, a, quant à lui, relevé que tous les changements importants dans le monde l'ont été sous la pression de la société civile. " Il faut persévérer ", a-t-il lancé aux manifestants. D'autres personnalités en provenance d'autres pays, telle que Solo Maninga de la Rdc, ont également pris la parole pour féliciter et encourager ceux qui " savent se lever comme un seul homme pour revendiquer leurs droits ". Et s'agissant de ces revendications, Bernard Njonga en a rappelé les principales. Pour lui, l'Acdic a organisé cette marche pour marquer son désaccord à la décision, le 25 novembre 2005, du ministre de l'Elevage, des pêches et des industries animales, Aboubakar Sarki, de re-autoriser les importations de découpes de poulets, à concurrence de 2650 tonnes. Décision qui, de l'avis de l'Acdic, pourrait être un nouveau départ pour l'envahissement progressif du marché domestique par les poulets conge lés et, constituer par là, la remise en place d'une menace grave sur la santé des consommateurs. En outre, le président de l'Acdic a martelé " l'Etat doit subventionner la production locale afin qu'elle soit véritablement concurrentielle ".
La marche de l'Acdic a connu la participation de plusieurs autres organisations dont les plus curieuses demeurent celle des enfants de la rue de Yaoundé qui, selon leur porte-parole, lutte aussi contre l'importation du poulet congelé au Cameroun, " arme de destructions massives ". Même les membres de l'association pour la défense des droits des étudiants, Addec, étaient de la partie. Pour Lindjoum Mbohou, l'un des responsables de ce mouvement estudiantin, " il est temps que cesse la consommation du poulet congelé dans les restaurants universitaires ".
Le clou de cette manifestation a été la conférence de presse donnée par José Bové et François Traoré, entourés de certains membres du bureau exécutif de l'Acdic sur le thème : " Quel avenir pour l'Afrique dans les négociations de l'Omc ". Occasion pour les intervenants de revenir sur la 6ème conférence ministérielle qui s'est tenue à Hong Kong du 13 au 18 décembre dernier. Pour eux, les grands espoirs que fondaient l'Afrique et les autres pays en développement, pour l'intégration définitive des préoccupations de développement dans les négociations commerciales internationales, n'ont pas été satisfaits.

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