Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire:Mission de médiation de la dernière chance : le carton jaune de l'UA à Gbagbo

Charles Sanga

19 Janvier 2006


Depuis trois jours, les partisans de Gbagbo ont décidé d'obstruer le chemin de la paix. Toute chose que la communauté internationale dénonce.

La carotte et le bâton. Négocier, toujours négocier, rassurer les partisans du chef de l'Etat. Mais, ne rien céder. Surtout ne pas reculer pour ne pas donner l'impression à la rue abidjanaise qu'elle est plus influente que l'ensemble de la communauté internationale. C'est l'état d'esprit des décideurs du monde entier à la lueur des derniers développements de l'actualité politique nationale. On le sait, les rues d'Abidjan et de plusieurs grandes villes de la zone gouvernementale sont littéralement prises en otage par les partisans du chef de l'Etat depuis quatre jours. Ces derniers, prétextant «la recolonisation de la Côte d'Ivoire par le Groupe de travail international», demandent le « départ sans condition et sans délai des forces impartiales » chargées du maintien de la paix. A New York et à Addis-Abeba, l'on n'entend pas les choses de cette oreille. Il faut faire vite avant que la situation ne dégénère. Après une longue conversation téléphonique avec le Secrétaire général de l'ONU, le Président en exercice de l'Union Africaine, Olusegun Obasanjo a décroché son téléphone pour informer le chef de l'Etat ivoirien de son arrivée à Abidjan. L'ordre du jour n'a pas été défini. Le service du protocole d'Etat a donc dû rédiger un communiqué sans savoir grand chose du programme du Président Obasanjo. Arrivé au bord de la lagune Ebrié aux alentours de 17 heures, le patron de l'UA a ouvert, à la résidence privée du chef de l'Etat, les pourparlers avec Laurent Gbagbo, flanqué du Premier ministre du Gouvernement de transition, Monsieur Charles Konan Banny. Le communiqué final rendu public a fait cas d'une « méprise » du GTI. Selon, l'entourage de Gbagbo, Obasanjo et le chef de l'Etat sont convenus que le GTI n'a pas compétence de dissoudre l'Assemblée nationale. Autrement, Banny doit engager les négociations pour revoir le statut de l'institution dans la Transition. Mais avant, le médiateur a laissé entendre que le GTI n'avait émis qu'un avis. Le Parlemen t n'est pas dissous pour autant. Les députés, a-t-il concédé, recevront leur solde, mais ne légiféreront pas. Obasanjo a quitté Abidjan aux environs de 21 heures 30. Après son départ, on apprend que la réalité des débats a été tout autre. Si les patriotes ont été rassurés, c'est tant mieux. L'essentiel est de ramener le calme et éviter

les pertes en vue humaines. Le message était plutôt très ferme. Obasanjo a fait savoir à Gbagbo qu'il venait au nom de l'UA et de l'ONU : la communauté internationale ne saurait se ridiculiser parce que quelques milliers d'Ivoiriens manipulés et intoxiqués à souhait refusent de voir appliquer une de ses décisions. Du reste, ce seratit une hérésie de soutenir que Obasanjo peut venir à Abidjan, désavouer O. Adeniji, son ministre des Affaires étrangères, co-président du GTI. «Vous devez tout mettre en oeuvre pour ramener la paix afin de permettre au Premier ministre d'appliquer sa feuille de route. Dans 48 heures, cela devrait être fait pour permettre aux populations de vaquer à leurs occupations». Le Président de l'Union Africaine, selon une source proche de son cabinet qui a participé aux pourparlers, a expliqué à l'ancien Président ivoirien que l'organisation qu'il dirige ainsi que la médiation qu'il a confiée à Thabo Mbeki est prête « à lever son veto » sur la voie des sanct ions du Conseil de sécurité. Obasanjo n'a même pas hésité à faire savoir à Gbagbo qu'il n'est pas à l'abri du schéma libérien, parce que « la communauté internationale commence à perdre patience.» Le président de l'UA a demandé que la légalité revienne à la télévision

A New York, le ton est plus que ferme. Monsieur Jean-Marie Gueheno, adjoint de Kofi Annan, chargé des opérations de maintien de la paix dont nous publions les propos ne dit pas autre chose. « Il n'est pas question de renégocier la recommandation du Groupe de travail international », a-t-il fait savoir à RFI. Ce jeudi, le Conseil de sécurité planche d'urgence sur un projet de résolution qui devra, non seulement, prolonger le mandat de l'ONUCI, mais aussi condamner fermement les dérapages à Abidjan et apporter tout son soutien au chef des missions, M. Pierre Schori et ses soldats.

On le voit, l'envoyé de la communauté internationale est venue négocier et raisonner les maîtres de la rue. Après, ce sera la chicotte. Quoique disent les déclarations diplomatiques faites hier par le chef de l'Etat et le Premier ministre au sortir de l'audience avec Obasanjo.

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