L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Décès de Ramlogun : les médecins doivent s'expliquer au CCID

Port Louis — Les quatre docteurs qui ont examiné Ramlogun à l'hôpital Jeetoo sont interrogés aujourd'hui sur le fait qu'ils n'ont pas vu de blessures sur son corps.

Des habitants de Lallmatie ont manifesté hier pour que l'enquête du meurtre d'Indira et Asha Jhurry soit remise aux mains de la MCIT, dont elle avait été retirée à la suite du décès du suspect Ramlogun.

Ils devront dire pourquoi leur version est contradictoire avec celle des médecins légistes. Les enquêteurs du Central Criminal Investigation Department (CCID) interrogent aujourd'hui les quatre docteurs de l'hôpital Jeetoo qui ont ausculté Rajesh Ramlogun lors de ses deux admissions, les 13 et 14 janvier.

Ils devront expliquer le fait qu'ils n'aient pas vu de blessures sur le corps du suspect, alors que les médecins légistes qui ont autopsié son cadavre le samedi 14 janvier disent qu'elles étaient "clairement visibles". Ces médecins sont Amatoolah Essoof, Farook Bholah, Sunita Ramsewak et Bushan Oree.

Au niveau de l'enquête judiciaire, le magistrat Raj Seebaluck, qui l'a menée, devrait soumettre ses conclusions au Directeur des poursuites publiques aujourd'hui ou demain. Ce rapport devrait permettre de révéler s'il y a effectivement eu foul play ou non dans le décès de Rajesh Ramlogun.

Le Comité des droits de l'homme a pour sa part terminé ses interrogatoires jeudi. Il présentera son rapport à l'attorney general, Rama Valayden, la semaine prochaine.

Plébiscite de Raddhoa

Rajesh Ramlogun est mort le 14 janvier alors qu'il était en détention policière. Il avait été arrêté trois jours auparavant dans le cadre du double meurtre de Lallmatie. Cette enquête était menée par la Major Crime Investigation Team (MCIT). Mais elle lui a été retirée après la mort du suspect, car l'équipe en charge a été mise en cause.

Or, des habitants de Lallmatie réclament que la MCIT reprenne les rênes. Quelque 200 personnes se sont rassemblées dans ce village hier matin pour réclamer justice dans l'enquête sur le meurtre d'Indira et Asha Jhurry qui a eu lieu dans la localité le 5 janvier.

Ce qui devait être une marche pacifique pour dire non à la violence s'est rapidement transformée en plébiscite du chef de la MCIT. Les participants ont en effet réaffirmé leur "confiance" en Prem Raddhoa avant de réclamer que l'enquête soit de nouveau confiée à la MCIT. C'est ce qui est ressorti d'une conférence de presse organisée par les forces vives à l'issue de la manifestation.

Peu avant neuf heures à Lallmatie. Les participants à cette "marche pacifique" organisée par les forces vives de la localité arrivent par petits groupes sur la place jouxtant la Mauritius Commercial Bank. Des rubans noirs, signe de deuil, circulent peu après de mains en mains. Les parents, accompagnés de leurs enfants, les aident à fixer le ruban sur le bras. Un géranium blanc dans une main et une pancarte dans l'autre, ils sont venus demander que la lumière soit faite sur le meurtre d'Indira et Asha Jhurry.

Le cortège, avec à sa tête deux enfants portant à bout de bras le portrait des victimes, se met en branle vers 9 h 30. On peut lire sur les pancartes agitées avec force : "Kot criminel fami Jhurry ?", "Fer Justice dan la transparence" ou encore "Bizin la peine capital dan sa pays la." Les proches des deux mortes demande que ce crime ne soit pas oublié par les autorités qui, estiment-ils, se concentre d'avantage sur l'enquête sur le décès suspect de Rajesh Ramlogun. Plusieurs unités de police ont été dépêchées sur place pour parer à tout dérapage.

C'est d'abord dans le silence que le cortège, encadré par une dizaine de policiers, se dirige vers la maison où a eu lieu le double meurtre. Quelques manifestants n'hésitent pas à scander des slogans démontrant leur "total soutien" au chef de la MCIT. Sur une des pancartes est écrit : "Bizin enkor 100 couma Raddhoa pu redress sa pays la."

La manifestation, à quelques exceptions près, se déroule dans le calme. Les policiers doivent toutefois dû intervenir à quelques reprises pour calmer des participants trop prompts à stopper la circulation en sens inverse pour faire entendre aux automobilistes leurs revendications. Grâce à un haut-parleur fixé sur le toit d'un 4x4, un des organisateurs rappelle les conditions dans lesquelles ont été tuées les deux victimes. Indira Jhurry, 69 ans et Asha Jhurry, 51 ans, ont été poignardées à 60 et 27 reprises respectivement. "Ou kapav kroir ki enn dimoun kapav fer kitsoz kouma sa," lâche une sexagénaire, se disant révoltée par un acte d'une telle violence.

Criminalité en hausse

Arrivés à la maison des Jhurry une demi-heure plus tard, famille et amis se succèdent devant les portraits des victimes pour y déposer leurs anthuriums blancs. Direction est ensuite prise vers le Village Hall où se tient une conférence de presse.

Les orateurs dénoncent tous la hausse de la criminalité. "Toute l'île Maurice a les yeux braqués sur notre village. Raddhoa a fait ses preuves et il a, depuis son arrivée à la MCIT, apporté des résultats", explique un des membres des forces vives de Lallmatie. Il appelle les habitants à soutenir Raddhoa. "Nu tou nu bizin solider avek li."

Visiblement ému du soutien que lui ont apporté les habitants de la localité depuis le meurtre de son épouse et de sa soeur, Atma Jhurry remercie tous ceux qui participent à cette marche pacifique tout en réitérant sa confiance en Prem Raddhoa ainsi qu'en son équipe. "Mo pas kone ki manier mo pou kapav remercie zot tou. Fole pa ki ban otorite blie kriminel mo madame ek mo ser ek ki zot bizin fer tou pour trouv li", lâche-t-il en étouffant un sanglot.


Copyright © 2006 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment