L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Esclavage: Commémorer et agir

Nazim Esoof

2 Février 2006


Port Louis — La commémoration de l'esclavage est porteuse de sens surtout lorsqu'il y a un exercice de réflexion et un projet pour l'avenir. C'est ce qui ressort d'une journée organisée par le Groupe socio-culturel de Goodlands à l'occasion du 171e anniversaire de l'Abolition de l'esclavage; messe, causerie, déjeuner en commun et animation musicale ont ponctué cette journée. D'emblée, il a été question de ne pas se figer dans des lectures simplistes et passéistes de l'histoire. L'histoire nous est commune et elle doit être assumée dans sa globalité.

Le révisionnisme historique, c'est ce qui nous éloigne de l'objectivité et de la vérité historique. Mais c'est aussi ce qui pervertit le sens de notre devenir. La traite négrière est en fin de compte une histoire qui appartient à tout le monde. "En chacun de nous, il y a du sang blanc, africain, indien C'est une richesse de notre pays. L'occulter, c'est rejeter les valeurs du partage, de la tolérance et de l'ouverture. L'histoire de l'autre, c'est aussi notre histoire", devait ainsi faire remarquer le conférencier Jean Claude de l'Estrac.

D'où aussi l'importance d'une lecture contextualisée des événements. Il importe à ce titre de rappeler que les colons blancs ne pouvaient profiter des concessions que s'ils s'engageaient à travailler la terre. Si en l'espace de trois ans, ils ne pouvaient faire fructifier les terres, les droits leur étaient retirés. Que la seule main-d'oeuvre disponible à l'époque était les esclaves. Que les premiers esclaves malgaches qui sont venus à Maurice étaient d'abord des prisonniers des tribus les plus fortes. Qu'il est aussi vrai que, une fois cette manne des prisonniers épuisée, les colons français donnaient des armes aux chefs de puissantes tribus pour trouver d'autres esclaves. Que ces esclaves, une fois à Maurice, étaient soumis à la violence des contremaîtres et "commandeurs" - ceux responsables de retrouver les fugueurs-marrons - qui étaient eux-mêmes des Noirs.

Mais fondamentalement ces esclaves déracinés de Madagascar étaient épris de liberté. Ils n'ont jamais pu se résigner à l'idée de l'esclavage. Ils vivaient cette condition comme une révolte permanente. C'est cette insoumission qui devait amener les colons à trouver d'autres destinations de traite négrière. Les esclaves étaient, par conséquent, ramenés de Mozambique. Ils mouraient par centaines lors de ces trajets éprouvants et longs de quelque quatre mois. "Il est déjà arrivé que sur un navire transportant 620 esclaves, seulement 360 purent atteindre le sol mauricien", explique, en ce sens, Jean Claude de l'Estrac.

Au moment de l'Abolition de l'esclavage, en 1835, la colonie compte 76 744 esclaves. Un recensement à la fin de la période française avait du reste établi qu'il y avait 40 % d'esclaves originaires du Mozambique, 45 % de Madagascar, 2 % du Sénégal, de la Guinée et du Bénin, ainsi que 13 % du Bengale.

L'abolition est, pour eux, synonyme de liberté. Ils quittent les maîtres pour la plupart après la période d'apprentissage, qui prend fin le 1er février 1839 et qui est en vérité un échec. Mais beaucoup d'entre eux reprendront le chemin des propriétés un peu plus tard.

Aujourd'hui encore, la société se désengage de ses responsabilités d'intégration. L'esclavage est un crime contre l'humanité. Le devoir de mémoire s'impose. Mais il reste cette mémoire que les contemporains laisseront aux générations futures. Les fantasmes de révisionnistes de l'histoire nous éloignent de cette réalité. Aux sujets contemporains de le leur rappeler

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2006 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Ile Maurice

Rubriques