Alliance NYOBIA
2 Février 2006
Le choc des cultures qui accompagne la mondialisation peut avoir des effets délétères sur nos langues nationales, si rien n'est fait.
Le 23 janvier dernier, l'ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun lançait un projet de préservation des manuscrits en langue bamoun. Quatre jours plus tard, les parlers béti prenaient langue avec le public à l'Hôtel de ville de Yaoundé. Il y a quelques semaines, c'est à Bamako au Mali qu'une réunion se tenait sur les langues africaines. Les promoteurs de ces différentes opérations ne se sont pas concertés à l'avance, c'est quasi certain.
Cependant, leurs actions visent des buts semblables : la préservation, la pérennisation de nos langues nationales. De certaine d'entre elles tout cas. Cela dit, il faut d'emblée relever une chose : n'a besoin de protection que ce qui est menacé. Et avec les brassages induits par la globalisation, lesquels ont des impacts culturels marqués sur les peuples, nos langues ne sont pas totalement à l'abri.
Surtout quand, au sein même des locuteurs de certains parlers africains, il s'en trouve pour demander si " navette spatiale " ou " thermodynamique " peuvent se dire en medumba ou en maka. Quel avenir donc pour les langues africaines ? Quel futur pour ces idiomes quand la jeunesse - censée les garder et les transmettre plus tard comme l'héritage immémorial qu'ils constituent - est formatée Internet et Nouvelles technologies ? Ceux qui s'en inquiètent aujourd'hui ne peuvent pas être taxés de mauvaises langues.
Le " temps de parole " consacré à ce que nous nommons patois - terme à la limite péjoratif - n'est pas énorme, bien des acteurs sociaux en conviendront. Certes, il existe des espèces de " freins " institutionnels, pour employer cette expression, à la vitalité de nos différentes langues nationales. Le français et l'anglais, langues officielles au Cameroun, se taillent la part du lion entre le travail et le tissu relationnel, surtout en zone urbaine. C'est un peu normal. Ce qui l'est moins, c'est de penser qu'une langue peut mourir parce qu'elle ne sert presque pas pour le commerce international, ou parce qu'elle n'a pas son équivalent de " pompe à injection "
Nos langues nationales, en fin de compte, n'auront que l'avenir que nous voudrons bien leur donner. Véhicules de communication à part entière, ils méritent sans doute mieux qu'une place, un jour, dans un musée virtuel. Le mot " quadrature " n'existe probablement pas en eton, mais connaissez-vous une traduction de " mbongo tchobi " en français, ou de " kông " en flamand ? Les langues s'enrichissent aussi de leurs différences, de leur diversité. Les anglicismes, gallicismes et autres belgicismes circulent bien d'un pays à l'autre sur le Vieux continent. Les mots " ginseng ", " sushi " ou " tao " se sont imposés.
Ce qui est possible pour le coréen, le japonais ou le mandarin, doit bien l'être pour le bulu. Autrement dit, personne n'a besoin de dissoudre le parler de ses aïeux dans le creuset de la mondialisation pour paraître bien intégré, pour faire moderne. Heureusement, des initiatives existent pour préserver ces outils ancestraux. Ce sont nos langues, après tout, pas du simple volapük.
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