Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Débat : Francophones, anglophones ou Camerounais ?

2 Février 2006


L'intégration nationale pour relancer les grandes conférences à l'Université de Yaoundé I.

Il y avait quelques personnes quand même à l'amphi 700 de l'université de Yaoundé I à l'occasion de la première des "mercredi de grandes conférences", qui se tenait pourtant jeudi. Daniel Abwa, doyen de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences humaines de l'université de Yaoundé I, le conférencier du jour, a bien noté que cette conférence n'avait pas eu lieu la veille parce qu'à l'heure où elle était prévue l'équipe nationale du Cameroun livrait un match de la Coupe d'Afrique des nations. L'une des occasions au cours desquelles, selon Daniel Abwa, rejaillit la conscience nationale des Camerounais.

L'historien, qui entretenait l'assistance sur le thème "Cultures étrangères et impact sur la construction nationale", estime que les cultures étrangères, qui se sont installées au Cameroun, constituent un frein à l'unité nationale. "Le Camerounais s'attache avec passion à ce qui lui a été laissé en héritage", dit-il, pensant aux langues (français et anglais) et aux religions (christianisme, islam...).

Et la question que se pose le conférencier : comment transformer cette conscience nationale qui existe et qui rejaillit lorsqu'il y a une menace étrangère (football, menace aux frontières comme à Bakassi), en intégration nationale ? Il envisage trois solutions possibles. Prendre les cultures étrangères pour ce qu'elles sont et revaloriser les cultures nationales; apprendre à se connaître ; apprendre à se tolérer.

Paul Zang Zang, enseignant à l'université de Yaoundé I, n'est pas tout à fait d'accord avec ce qu'il appelle "la logique de l'appartenance": "Il y a des Camerounais à part entière qui ne se sentent ni francophones ni anglophones, ni chrétiens, ni musulmans." Il pense qu'on ne pourra parler d'intégration que lorsque la grand-mère pourra s'exprimer dans sa langue pour se faire consulter à l'hôpital et ajoute que "l'échec vient du fait qu'on a pensé qu'on pouvait construire une nation sur la base de langues qui ne sont pas camerounaises. L'unité nationale a besoin d'un fondement national."

Intégration nationale

A l'opposé, d'autres pensent qu'on ne peut pas aujourd'hui considérer l'anglais et le français au Cameroun comme des langues étrangères. C'est par exemple l'avis de Godfrey Tangwa, qui affirme que l'anglais, tel que parlé dans l'ouest du Cameroun, a peu de choses à voir avec la culture anglaise. "C'est faux de le considérer comme quelque chose d'étranger, c'est déjà une partie de notre patrimoine culturel", ajoute-t-il.

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Un avis pas très éloigné de celui du linguiste Edmond Biloa qui estime qu'il faut nuancer les choses. Pour lui, une frange importante de la population du Cameroun ne se préoccupe pas des questions d'appartenance à telle ou telle culture. "Parler anglais ou français ne nous identifie pas à la culture anglaise ou française. C'est le fait d'une minorité", pense-t-il. "Ce sont les minorités qui dominent et qui freinent l'intégration nationale", lui répondra Daniel Abwa, avant qu'une question de l'assistance ne vienne donner une autre perspective à la discussion: l'intégration nationale a-t-elle des délais ?

L'intervention de Richard Laurent Omgba apparaîtra comme une contribution dans ce sens : "Les langues étrangères ont contribué à nous rassembler. Sans elles, on serait un conglomérat de petites unités. Il faut maintenant savoir ce qu'il faut faire de ces langues. On est à une étape intermédiaire et normale. La suite viendra normalement."

La suite des "mercredi de grandes conférence", ce sera le 22 février prochain, avec justement Richard Laurent Omgba et Paul Zang Zang comme orateurs, sur le thème du "Cameroun dans l'espace francophone."

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