Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Au-delà des cours de langue

Armand ESSOGO

7 Février 2006


Dans les lycées, l'apprentissage des langues officielles pour certains élèves reste encore orienté vers la recherche des notes.

L'apprentissage du français et de l'anglais dans les écoles camerounaises est présenté comme l'une des meilleures chances pour la promotion du bilinguisme. Pour preuve, dans diverses familles, il n'est plus rare d'avoir des enfants de culture francophone qui ont pour langue d'étude l'anglais et vice-versa. Seulement, malgré cet intérêt poussé pour l'une ou l'autre langue, il reste que le bilinguisme dans les écoles souffre d'un certain nombre de pesanteurs.

De l'avis des spécialistes, il y a d'abord le manque d'enseignants pour initier les jeunes aux deux langues. La question a souvent été posée à l'Assemblée nationale en ce qui concerne la partie anglophone du pays. S'il y a généralement pléthore de professeurs de ces deux langues dans les grandes villes, dans les zones reculées du Nord-Ouest par exemple, les professeurs de français ne courent pas les rues. Et même en zone urbaine, il persiste une forte impression de juxtaposition de deux systèmes d'enseignement dans les lycées et collèges bilingues, avec cependant une incursion des élèves anglophones dans la langue de Molière, et celle de leurs camarades francophones dans celle de Shakespeare.

A cette juxtaposition des enseignements dans les établissements se greffe ensuite l'environnement scolaire dans lequel l'élève baigne. Tel qu'il se présente, il ne favorise pas du tout l'éclosion du bilinguisme. A titre d'illustration, un collégien à qui on enseigne l'anglais à Mbandjock ne reste au contact de cette matière que pendant le cours. La même chose est vraie pour son camarade qui apprend le français à Furu Awa, et qui n'est pas exposé à cette langue d'étude en famille ou lorsqu'il joue sur la cour de l'école.

Hors sans cette utilisation fréquente de l'une ou l'autre langue, il est difficile que ces élèves aiment ces deux langues, soutiennent les experts. Enfin, il y a ce que les pédagogues appellent " l'état d'esprit régressif ". Il se caractérise en réalité par le rejet de l'anglais par le francophone, et vice-versa. Toutefois, les observateurs avertis se félicitent déjà de ce que, avec le niveau d'instruction de plus en plus élevé des Camerounais, à l'école, ces préjugés disparaissent pour laisser la place à une éducation bilingue.

Malgré ces freins, au ministère des Enseignements secondaires, on affirme que sur le terrain des efforts sont faits en matière de promotion du bilinguisme. Selon l'inspecteur pédagogique national chargé du bilinguisme, Marcel Fouda, il y a même beaucoup de bonne volonté dans les provinces anglophones dans ce sens. Les clubs du bilinguisme illustre cela à Kumbo, Bali Le gouvernement devrait seulement mettre des enseignants qualifiés à la disposition de ces communautés éducatives pour renforcer la formation initiale.

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