Josiane R. Matia
9 Février 2006
Sur Rfi, Pierre Moukoko Mbonjo en appelle à la responsabilité des journaux.
La polémique créée par la publication par certains journaux, il y a quelques semaines, de plusieurs listes de présumés homosexuels n'en finit pas d'alimenter l'actualité. Au point où une série est consacrée, depuis le début de la semaine, à la presse " à scandale " et le principe de déontologie journalistique, sur les antennes de Radio France internationale, avec " Médias d'Afrique ". C'est dans le cadre de cette émission que le ministre de la Communication, Pierre Moukoko Mbonjo, est intervenu, mardi dernier, et hier dans " Afrique midi" pour condamner ces pratiques journalistiques.
" On ne peut pas, sous prétexte de la liberté d'écrire, dire n'importe quoi sur n'importe qui, n'importe quand. Ici au Cameroun, la pire des injures qu'on puisse faire à un homme est de le traiter d'homosexuel, parce que chez nous c'est un délit. Ce n'est pas accepté et ce n'est pas acceptable ", a-t-il déclaré. Plus grave encore pour le ministre, le véritable problème qui se pose est celui du mérite. " Quand on en arrive à écrire, à faire croire que pour accéder à des fonctions de responsabilité dans son pays, il faille s'adonner à des pratiques aussi condamnables, viles, c'est toute la société qui est remise en cause et c'est l'Etat qui est touché dans son coeur ", a ajouté Pierre Moukoko Mbonjo.
Au cours de la même émission, des journalistes panafricains et étrangers se sont exprimés sur la question, condamnant cette façon de pratiquer le journalisme. " Je ne voulais pas en croire mes yeux. J'avais déjà vu un certain nombre de journaux qu'on peut qualifier de " presse de caniveau " sortir des informations infondées. Mais aujourd'hui devant ce journal, je ne comprends pas ", déclarait Hervé Bourges, visiblement dépassé par les évènements. Marie-Roger Biloa, directeur de publication d'Africa international a, pour sa part, trouvé ce " procédé journalistique fort douteux, hasardeux et très peu professionnel car on implique des gens qui n'ont peut-être rien fait ".
Cependant, elle se met à la place du directeur de publication du journal incriminé qui selon elle, aurait dû faire la part des choses. " Il ne faut pas donner l'impression qu'on est homophobe. Je crois qu'il voulait dénoncer des pratiques condamnables dans certains cercles qui pourrissent le climat au Cameroun. Et il est tombé dans un piège car ce genre d'information est très difficile à traiter ", affirme-t-elle. Hervé bourges l'a rappelé, informer pour générer de l'audience ou de la publicité est légion dans la presse du monde entier et cette affaire n'est que l'expression de cet état de fait. Il est temps de faire respecter l'éthique dans cette profession où on a souvent confondu liberté de la presse avec liberté de dire n'importe quoi sans en être responsable. CT publie l'entretien accordé avant-hier à Alain Foka de FRI.
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