Christophe Bobiokono
27 Février 2006
L'ancien ministre est poursuivi pour sa gestion du Port autonome de Douala.
L'opération dite de lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics déclenchée mardi dernier a connu un important rebondissement vendredi, 24 février dernier. Alphonse Siyam Siwé, qui était ministre de l'Eau et de l'Energie depuis le 8 décembre 2004, a été limogé de ses fonctions peu après 13h ce jour-là, avant d'être interpellé par les hommes du Secrétariat d'Etat à la Défense (Sed). L'ancien ministre a été placé en détention préventive à la gendarmerie où il devrait être interrogé dès le lendemain au sujet de sa gestion du Port autonome de Douala (Pad), entreprise où il a occupé la fonction de directeur général pendant un peu plus de six années. M. Siyam Siwé a été remplacé par Justin Ndioro, à titre d'intérimaire, comme ministre de l'Eau et de l'Energie.
La rumeur sur l'arrestation de l'ancien ministre avait commencé à circuler depuis la première vague des interpellations des ex-Dg. Entretenue par des informations savamment distillées des mois durant dans la presse par son successeur au Pad, cette rumeur faisait état de son arrestation imminente. Dès l'annonce du limogeage de Alphonse Siyam Siwé au journal parlé de la Crtv, le ministère de l'Eau et de l'Energie a été envahi par de nombreux curieux, qui ont vécu en direct l'interpellation d'un collaborateur de l'ancien ministre par des gendarmes. " Un ancien cadre du cabinet de l'ex-Dg du Pad", apprendra-t-on d'un responsable du ministère. Quelques heures plus tard, la passation des pouvoirs se passera pourtant loin des regards des curieux.
A Douala, dans le même temps, le Centre des affaires maritimes, où se trouve le siège du Pad, est cerné par des éléments de la division provinciale de la Police judiciaire et de la Légion de gendarmerie du Littoral. Pendant plus de quatre heures, a-t-on appris de plusieurs sources, le Pad sera placé sous surveillance serrée. Quelques interpellations de cadres vont être opérées par les policiers sous la conduite du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Bonanjo. Combien sont-ils ? Sept, cinq ou trois ? Les chiffres varient selon les sources. Une chose est sûre : Martin Zibi, l'ancien divisionnaire de l'administration et des Finances (Daf) a été interpellé. Tout comme François Marie Siéwé Nitcheu. Ils ont été convoyés à Yaoundé pendant le week-end. Un mandat d'amener aurait été décerné à l'encontre de Eric Babila Tita, l'ancien directeur du cabinet du Dg.
Flou total
Cette liste pourrait s'allonger dans les prochains jours, à en croire des sources dignes de foi. D'autant que certaines cibles de la justice étaient absentes du Pad, au moment des interpellations. C'est le cas de Faustin Dingana, divisionnaire en charge de l'exploitation commerciale du Pad, en déplacement en Israël dans le cadre d'une mission professionnelle conduite par l'actuel Dg du Pad. On parle également d'une arrestation probable du Dg adjoint du Pad dans les prochains jours. M. Ewodo Noah, qui assure l'intérim du Dg du Pad, aurait échappé à son interpellation du fait des fonctions qu'il assume en ce moment.
Que reproche-t-on précisément à toutes ces personnes interpellées et détenues à Yaoundé ? Pour l'heure, le flou est total, comme dans le cas des affaires concernant les autres ex-Dg arrêtés. On sait simplement, sur la base d'un récent communiqué du ministre de la Justice, que ces personnes sont accusées de corruption ou de détournement des deniers publics. Mais ces accusations sont encore loin d'être totalement cernées. Ce qui justifie que certains soient entendus par des gendarmes ou des policiers sur des faits qui leurs sont reprochés. D'ailleurs, Emmanuel Gérard Ondo Ndong, Joseph Edou, Gilles Roger Bélinga et certains de leurs collaborateurs, qui avaient été placés en détention préventive à la prison centrale de Kondengui, sont gardés depuis hier dans les cellules du Sed où ils ont retrouvé Alphonse Siyam Siwé. Selon des sources internes au pénitencier de Kondengui, ils auraient été interdits de prendre part à la messe dite à la prison, ce qui a occasionné la révolte des autres prisonniers.
Depuis le début de la campagne en cours, Alphonse Siyam Siwé est le tout premier ministre en fonction à avoir été limogé pour être jugé. Selon des sources crédibles et concordantes, l'ancien ministre de l'Eau et de l'Energie avait été prié d'abandonner sa fonction de membre du gouvernement 48 heures avant son interpellation. C'est, alors qu'il négociait les termes de cette démission, selon certains, ou qu'il résistait, selon les autres, que le décret désignant un intérimaire au ministère de l'Eau et de l'Energie a été rendu public. Et, depuis, une espèce de controverse est née au sujet de la nomination de Justin Ndioro à la tête de ce ministère. Président du conseil d'administration de Aes Sonel, une entreprise contrôlée par des intérêts américains, M. Ndioro passe désormais pour être l'homme des Américains. Lesquels ne font pas mystère de leur volonté de contrôler la zone pétrolifère du Golfe de Guinée.
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