L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Étude: Le cabinet Pluriconseil dépeint le climat morose des industriels locaux

Port Louis — L'industrie locale vit mal la déferlante de substituts étrangers sur le marché.

Les producteurs manufacturiers locaux se trouvent face à une conjoncture de plus en plus difficile. Une récente étude commandée par les membres de l'Association of Mauritian Manufacturers (réalisée par le cabinet Pluriconseil) met en lumière les nombreuses contraintes de l'industrie locale. Le conseil de l'association se penche actuellement sur les conclusions de l'enquête.

Pris entre une concurrence étrangère, qui s'annonce encore plus sévère, et une consommation domestique qui s'affaiblit, les opérateurs qui desservent principalement le marché local sont désarçonnés. L'industrie locale vit mal la déferlante de substituts étrangers sur le marché.

Les chefs d'entreprise interviewés dans le cadre de l'étude s'inquiètent car le marché domestique est de plus en plus submergé par des produits importés notamment de l'Egypte, une puissance industrielle au sein du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa).

Les industriels disent ressentir, d'autre part, une certaine faiblesse dans la demande locale. Les problèmes actuels et à venir dans le sucre et le textile-habillement auront un impact sur la consommation locale à long terme. Selon l'analyse de Pluriconseil, les pertes d'emploi causeront une baisse globale des dépenses individuelles. La vente des biens de consommation est tributaire du revenu disponible des ménages.

Il est essentiel que la consommation locale reparte pour que les industriels locaux puissent retrouver une certaine sérénité : ils n'ont pas encore une masse critique d'exportation. Mais il peut aussi avoir des aubaines à saisir notamment à travers un effet de substitution favorable à l'industrie locale, observe le rapport de Pluriconseil. En effet, les gens se rabattent sur des produits locaux qui sont moins chers que les produits importés.

Ralentissement de la demande locale

Les opérateurs s'inquiètent aussi de certains signaux émanant du gouvernement. Le contrôle des prix en est un. Ce contrôle finit par effriter les marges dans la mesure où le coût des matières premières, du fret, de l'essence et de l'électricité augmente.

Au niveau sectoriel, les opérateurs de l'activité de l'alimentation enregistrent une accumulation des stocks en raison du ralentissement de la demande locale. Les fournisseurs de produits alimentaires sont aussi confrontés à des problèmes de trésorerie. Les facilités de crédit qu'ils accordent à la grande distribution mettent leur cash-flow sous forte pression.

Les producteurs disent noter avec appréhension une pratique accentuée de down trading (une préférence pour des produits de gamme inférieure au détriment des produits de meilleure qualité). L'étude indique que beaucoup de commandes ont été déviées vers la Chine concernant des produits de luxe, dont la bijouterie. Cette nouvelle donne met une forte pression à la baisse sur les prix locaux et sur la rentabilité des entreprises concernées.

La faiblesse dans la demande locale fait aussi des victimes collatérales. C'est le cas de l'industrie de l'emballage en plastique. Celle-ci est extrêmement sensible au volume de la demande qui est déjà relativement restreinte. L'étude met en garde contre une ouverture totale du marché à la concurrence étrangère.

Sur le plan des biens intermédiaires, l'enquête constate que la baisse dans l'activité du bâtiment a des effets négatifs sur l'industrie de la métallurgie, entre autres. Celle-ci compte sur une reprise du secteur du bâtiment et des travaux publics pour faire tourner sa production.

La situation n'est guère différente concernant les biens d'équipement. Les équipements mobiliers importés, quoique plus chers que ceux fabriqués localement, sont en forte demande aux dépens de la production domestique. Dans certains cas, la concurrence étrangère est tellement féroce que des fabricants locaux ont préféré se retirer de la fabrication pour se tourner vers des créneaux commerciaux.


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