Port Louis — Maersk a soumis une demande pour devenir le partenaire de la CHC. Les utilisateurs craignent que cette éventualité ne fasse fuir les autres compagnies maritimes.
L'arrivée d'un partenaire étranger de renom contribuerait à projeter l'image du port comme une plateforme internationale.
La privatisation partielle de la Cargo Handling Corporation (CHC) suscite un vif débat. Le géant mondial du transport maritime Maersk, déjà implanté à Maurice, a fait une proposition au gouvernement pour entrer dans le capital de la CHC en tant que partenaire stratégique. Cette proposition a été étudiée le samedi 18 fevrier lors de la réunion du Fast-Track Committee, présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam.
Le gouvernement n'a pas encore tranché la question mais les réactions ne se sont pas fait attendre. Les opposants à ce projet ne sont pas contre le principe d'une alliance stratégique avec un opérateur étranger mais critiquent la manière de faire du gouvernement.
Le Port Users Council (PUC), qui regroupe toutes les parties prenantes du port, s'inquiète. Danielle Wong, présidente du PUC, n'est pas contre l'idée de rechercher un partenaire stratégique pour la CHC. Elle estime toutefois que l'exercice doit être mené dans la transparence à travers, notamment, un appel d'offres international.
Par ailleurs, le PUC s'inquiète des conséquences pour Port-Louis si Maersk est choisi comme partenaire de la CHC. "Ce serait comme si on choisissait la Lufthansa ou Air France pour gérer l'aéroport. Si on choisit Maersk, il est à craindre que les autres compagnies maritimes desservant Port-Louis soient mal à l'aise et qu'elles décident de ne plus toucher Port-Louis. Ce serait grave pour le pays", estime Danielle Wong.
Pourtant, les proches du dossier font ressortir que ce n'est pas la compagnie maritime Maersk qui a soumis une offre au gouvernement mais sa filiale, A.P. Moller Terminals, spécialisée dans la gestion des terminaux portuaires. Cette filiale est le troisième plus important opérateur mondial dans ce secteur. Mais cet argument ne convainc pas les opposants à l'entrée de Maersk dans le capital de la CHC. Pour eux, c'est blanc bonnet, bonnet blanc.
Les syndicats du port, et notamment la Maritime Transport and Port Employees Union (MTPEU), craint, pour sa part, un dégraissage du personnel. La MTPEU se demande, entre autres, comment Maersk récupérera son investissement, si ce n'est pas en réduisant les coûts, donc la main-d'oeuvre.
Pour le PUC, l'arrivée d'un partenaire stratégique aiderait à assainir les finances de la CHC. Mais il estime qu'il ne faudrait pas se précipiter pour résoudre un problème à court terme afin de ne pas risquer les conséquences à long terme.
Emprunts de Rs 300 millions
Un récent document de la CHC indique que les pertes de cet organisme s'élèveront à Rs 46 m pour 2006-2007 après avoir essuyé des pertes de Rs 14 m lors de l'exercice précédent. L'endettement de la CHC est également alarmant. Avec des dettes à long terme de Rs 860 m en 2006-2007, le niveau d'endettement (gearing) dépasse la proportion de 1 057 %. Le gearing ratio est la proportion de la dette par rapport au capital. En 2008-2009, le ratio de la dette passera à 2 624 %.
Une des mesures préconisées par la CHC dans son plan quinquennal jusqu'à 2010 est de demander à la State Investment Corporation d'injecter des capitaux frais. La CHC souhaite également que la Mauritius Ports Authority transforme en actions de la CHC, les emprunts de Rs 300 m contractés par le manutentionnaire portuaire.
Le plan de cinq ans de la CHC analyse aussi les avantages et les désavantages d'une ouverture de son capital à un partenaire étranger. Le premier mérite est bien évidemment d'obtenir ainsi des capitaux qui ne proviennent pas de l'Etat.
Le transfert de connaissances est également un élément positif. L'arrivée d'un partenaire étranger de renom contribuera également à projeter l'image du port de Port-Louis comme une plateforme internationale offrant des services de niveau mondial. Une telle alliance armera mieux la CHC pour faire face à l'arrivée éventuelle d'un autre manutentionnaire portuaire.
Au niveau des désavantages, la CHC estime qu'avec l'entrée d'un partenaire étranger dans son capital, une politique de maximisation des profits prendra le pas sur les fonctions de services publics de l'organisation. Un partenaire privé bouleversera la nature des relations industrielles. L'accent sera davantage mis sur la rationalisation des ressources humaines que sur les responsabilités sociales. Il sera difficile de faire accepter à la CHC le paiement d'un plan social et de pension pour ceux qui seront licenciés.
Face à ces considérations, le PUC est d'avis que la vraie priorité est d'élaborer une nouvelle politique du développement du port afin de maintenir la compétitivité de Port-Louis face aux récents développements dans la région. Des investisseurs étrangers veulent développer deux ports à Madagascar.
RÉACTION
Maersk : "Il n'y a rien de vrai dans tout cela"
Le "managing director" de Maesk à Maurice, Eric Mard, déclare "qu'il n'y a aucune vérité dans tout ce qu'on raconte". Il ajoute qu'il n'y a aucune discussion et encore moins de négociations avec le gouvernement ou la Cargo Handling Corporation. Selon Eric Mard, le gouvernement a approché A. P. Moller Terminals pour lui demander de le conseiller sur la manière de développer le port. Suite à cette demande, A. P. Moller Terminals a fait une présentation au gouvernement. "A. P Moller Terminals a dit que le port peut être développé davantage mais à conditions de revoir certaines choses comme l'investissement dans de nouveaux équipements", poursuit Eric Mard. "Ce sont des suggestions d'ordre général pas des propositions. Il n'y a pas de négociations, pas d'accord. Il n'y a rien", insiste le "managing director" de Maersk qui quitte ses fonctions le 3 mars. Pour ce qui est des craintes de la PUC par rapport aux autres compagnies maritimes, Eric Mard estime qu'il n'y a aucun lien entre les activités maritimes et la gestion des terminaux portuaires. "Nous sommes du même groupe mais il y a un mur de Berlin entre chaque activité. Des 40 terminaux que gère A. P. Moller Terminals dans le monde, la compagnie travaille dans 70 % des cas avec des lignes maritimes autres que Maersk", ajoute Eric Mard.

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