Noé Ndjebet Massousssi
28 Février 2006
Certaines mesures annoncées par le délégué général à la sûreté nationale au lendemain de sa nomination ont déjà été rangées dans les placards.
Au lendemain de sa nomination le 8 décembre 2004 au poste de délégué général à la sûreté nationale, Edgar Alain Mebe Ngo'o avait entrepris une tournée nationale pour, disait-on, imprimer sa marque. Dans un ton ferme à chaque étape dans les 10 chefs-lieux de province, il avait juré, la main sur le coeur de mettre un terme aux contrôles routiers tracassiers et abusifs de jour ; d'assurer une meilleure surveillance de la voie publique ; de mieux déployer les patrouilles de nuit et les contrôles de sécurité. En effet, l'ancien chef du cabinet civil du président Paul Biya semblait donner une réponse à la dégradante situation sécuritaire qui prévalait jusque-là au pays. Plus d'un an après, l'assainissement tant souhaitée et rêvée d'Edgar Alain Mebe Ngo'o tarde à se dessiner. Au contraire. Les habitudes ayant la peau dure, la situation s'est empirée.
L'organisation et le fonctionnement des contrôles de police n'obéissent pas aux prescriptions du Dgsn. Les patrouilles ne sont pas forcément et nécessairement conduites par un officier de police judiciaire (commissaire ou officier de police) et ne sont pas toujours organisées soit par le commissaire central, soit par le commissaire de sécurité publique. Certains éléments de la police désertent la permanence dans leurs commissariats respectifs pour installer leur " poste de contrôle " dans des coins obscurs. Le cas du gardien de la paix Daniel Ayissi Fouda le 23 février 2006 à Mbengwi (chef-lieu du département de la Momo, province du Nord-Ouest) reste assez édifiant sur la pratique. De jour comme de nuit, les patrouilles n'ont pas besoin de bulletin de service dûment signé par le chef d'unité, et continuent d'être mobiles selon le degré de rentabilité des zones. Malgré leur légalité douteuse, elles continuent de s'imposer aux usagers qui, avec ou sans raison, se voient obligés de mettre la main dans la poche pour éviter les tracasseries.
Gestion inefficace du personnel
A la longue, les mesures de l'actuel Dgsn ont plutôt semé le désordre sur la voie publique. Il y règne une ambiance stressante. Les usagers craquent et ruminent leur impuissance face au courroux des " Mbérés déchaînés " qui ne veulent rien savoir ; chantant à l'endroit des usagers les plus téméraires que " la chèvre broute là où elle est attachée ". Certains éléments de la police ne cachent plus leur désinvolture dans l'accomplissement de leurs missions. D'autres avouent être contraints à " travailler de la sorte ". Ils accusent le manque de moyens adéquats pour accomplir sereinement et parfaitement le travail pour lequel ils sont commis. " Avec nos vieux Fal et mitrailleuses, pensez-vous que nous puissions faire face aux bandits lourdement armés ? On est parfois obligé de faire de la dissuasion sur la voie publique ", explique dépité, un inspecteur de police qui affirme que le corps qui l'emploie a de sérieux problèmes ces derniers temps.
L'ensemble du territoire reste mal servi. La dernière réforme de la police n'a pas résolu ce problème. Yaoundé dispose de quatre commissariats centraux, contrairement à Douala qui, avec ses trois millions d'habitants environ, compte aujourd'hui trois commissariats centraux, quatre commissariats spéciaux et le groupement mobile d'intervention (Gmi n°2). Les commissariats centraux n°1 à Bonanjo, n°2 à Logbaba et n°3 à Bonabéri couvrent respectivement sept, six et deux commissariats de sécurité publique. Selon des ratios officiels, chaque commissariat de sécurité publique devrait avoir 120 éléments. Or dans certaines unités, on trouve parfois moins de 30 policiers Une étude avait été initiée au sein de la police visant à mettre un accent sur les postes de police pour assurer un travail de proximité. Mais cette idée s'est heurtée au problème de la gestion rationnelle des effectifs. Des centaines d'éléments, de tous grades restent confinés à des tâches administratives dans les ser vices centraux et extérieurs, alors que le travail du policier se trouve par essence sur le terrain, apprend-on par ailleurs.
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