Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Sécurisation des élections - Force européenne en RDC : un mandat ambigu

Freddy Monsa Iyaka Duku

8 Mars 2006


Kinshasa — Les ministres de la Défense de l'Union européenne se sont retrouvés le lundi 6 mars 2006 à Innsbruck, en Autriche, pour décider de la nature de la mission de la Force européenne qui sera envoyée en Rdc.

Réunion consécutive à l'option qui avait été levée précédemment lors de la rencontre des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, à Bruxelles, quant à la constitution, à la nature et à l'envoie de cette force militaire européenne en République démocratique du Congo.

Au terme de cette dernière réunion européenne de Innsbruck, on n'est pas plus avancé sur la constitution et la nature de cette mission. Certes, des pays comme la France, l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne et le Portugal ont promis de contribuer à la constitution de cette force européenne. Mais à Innsbruck, on ignorait encore qui prendrait le commandement de cette force militaire de l'Ue, bien que le souhait soit de voir l'Allemagne prendre le bâton de commandement.

Mais seulement voilà. Parallèlement à cette réunion, le Général Philippe Morillon, le chef des observateurs de l'Union européenne pour les élections en Rdc a jeté en quelque sorte le pavé dans la mare. Il a prédit des troubles en Rdc si les élections étaient retardées avant de se prononcer «pour l'envoi d'une mission européenne pour sécuriser le processus électoral». Et d'ajouter : «Ce sera une force qui n'aura pas besoin d'être nombreuse mais qui devra disposer de moyens d'extraction, pour assurer la protection des observateurs», a estimé M. Morillon.

PAS D' ARTEMIS BIS

Que se cache-t-il derrière cette proposition d'envoyer une force militaire européenne en Rdc? Pourquoi tergiverse-t-on sur la nature et le mandat de cette mission ? Interrogations pertinentes.

Ce qu'il faut retenir, c'est que l'Union européenne refuse de mettre sur pied une opération «Artémis II». A Innsbruck, les ministres de la Défense de l'Union européenne ont convenu de mettre sur pied «un petit contingent dans la région de Kinshasa et de positionner des forces de réserve en alerte en cas de crise soudaine».

Leur mot est lâché : crise soudaine pendant que le Général Morillon parle d'accidents graves. C'est-à-dire, des troubles pendant et après les élections. Convaincue de cette probabilité, l'Union européenne se prépare à envoyer en Rdc «une force d'extraction pour assurer la protection des observateurs européens». Il ne s'agit donc point de sécuriser les élections en Rdc, mais bel et bien les observateurs européens lorsque les troubles éclateront. Cette force qui ne sera pas Artémis II, alors qu' elle devrait l'être pour dissuader ceux qui tenteront de rallumer le feu, ne servira qu'à évacuer les ressortissants étrangers si jamais par aventure les Congolais optaient pour un suicide collectif.

Décidément, le ministre sud-africain de la Défense avait certainement relevé cet état de choses à son homologue belge lors de leur entretien à Johannesburg. En effet, le ministre sud-africain avait proposé que si c'était nécessaire que soient envoyées des troupes étrangères en Rdc, que ce soient celles de la Sadc pour sécuriser les élections en République démocratique du Congo. Il voulait tout simplement insinuer que les troupes de la Sadc accompliraient pleinement le rôle de la sécurisation des élections et qu'en cas de troubles, elles agiraient pour sécuriser les populations congolaises et étrangères. Et non les «observateurs» comme il se dégage de la conception européenne de cette mission. militaire.

Evidemment, cette tergiversation sur cette mission, cette ambiguité relative au mandat de cette force militaire européenne suscitent de nombreuses interrogations. Qui prendrait l'initiative de relancer les hostilités en République démocratique du Congo pour accéder au pouvoir par la force? Pourquoi l'Union européenne qui a consenti tant de sacrifices tant humains que financiers laisse entrevoir des signaux de se retirer sur la pointe des pieds et abandonner les Congolais à eux-mêmes?

Si les analyses prédisent des troubles, le moment est venu que tous les partenaires extérieurs marquent leur volonté de sortir définitivement la Rdc du chaos et de la misère en faisant des propositions correctes, concrètes et dissuasives sur la sécurisation du processus électoral avant, pendant et après les élections. Ils doivent intervenir efficacement pour exercer une réelle pression sur les principaux animateurs des institutions de la transition pour que les retards constatés au sein de la Commission électorale indépendante, Cei, soient rapidement comblés. Que de derniers obstacles soient vite levés pour que les élections se déroulent normalement.

Enfin, battre les dernières cartes dès lors que les négociations politiques désormais incontournables, selon une formule souple et à l'ivoirienne, puissent avoir lieu dans la logique de cette seule volonté de réunir toutes les conditions optimales pour des élections et après - élections apaisées. Car, hors de cette approche, «c'e st vouloir arrêter le train sur les rails pour risquer des accidents graves», s'il faut reprendre les propres termes du général Philippe Morillon.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2006 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Congo-Kinshasa

Rubriques