L'ouvrage est un hommage à ces Hommes qui ont su faire tomber toutes les frontières de la différence
Le rendez-vous pris par les éditions Art Kange pour la vente-dédicace de l'ouvrage de René Fagnoni, jeudi dernier, a bien eu lieu. L'espace livresque de l'Entreprise nationale des arts graphiques (ENAG), la librairie Média Book, a ainsi vu la vente-dédicace de Chronique des Aurès, recueil de poésies visuelles et autres senteurs, prévue dès 14h. Pour une première rencontre avec le public, l'essai a été concluant. Même si les lecteurs ne se sont pas bousculés au portillon, sans doute faute d'une bonne circulation de l'information !
Auteur et éditeur signent là leur première oeuvre commune.
Le jeune initié au monde de l'édition, Djamel Aït Gana, un sourire discontinu sur les lèvres, aborde avec l'enthousiasme d'un jeune premier cette belle mais non moins périlleuse aventure de l'édition. Dans laquelle il s'est investi, pour réaliser ce vieux rêve de faire dans le domaine un jour.
Et le projet est né de cette boîte de communication qu'il dirige depuis deux bonnes années. Un créneau de plus à son travail technique plus particulièrement, mais qui reste, au goût de M. Aït Gana, trop limité pour le vaste chantier de la communication.
Christian Buano, Maurice Laban ces Français engagés pour l'Algérie Aussi la rencontre avec le journaliste René Fagnoni a-t-elle mis en branle la machine à éditer des livres. Puisque ce sont là les souvenirs de plus de 40 ans de Fagnoni, qui se voient pérennisés sous l'impulsion de Djamel. Des faits et des événements photographiés à partir de 1954, dans la région de Aïn Touta où ce Français a été incorporé au 7ème régiment des tirailleurs algériens dans la région des Aurès. De cette contrée qui l'a marqué à jamais, il extirpe des sentiments inchangés pour l'Algérie qu'il a toujours clamée indépendante et libre. Il note avec la même allégresse son admiration pour les populations de Aïn Touta, Merouana, Batna. C'est, enfin, ce rapport atypique de René Fagnoni et de beaucoup d'autres Français que Djamel Aït Gana voulait mettre en exergue à travers une publication.
C'est le départ pour une série d'autres à venir. L'objectif étant de rendre hommage à ces Français qui ont pris le parti de l'Algérie colonisée pour la guerre d'indépendance. Avec tout ce que cela implique comme sensibilité à l'époque, et jusqu'à maintenant d'ailleurs. Avec, surtout, le même comportement immuable, depuis près d'une cinquantaine d'années.
Après donc Chronique des Aurès, il est dans les prochaines éditions de Art Kange la réédition du livre de Christian Buano, beau-frère de Maurice Audin, tous deux acquis à la cause algérienne. Et Buano a été incarcéré pour ses positions anticolonialistes et son militantisme en faveur de l'indépendance de l'Algérie, avec Henri Alleg, cet autre ami de El Djazaïr comme aime à l'appeler René Fagnoni.
Christian Buano, avec Charlie sa femme, (soeur de Audin)étaient un couple d'instituteurs en Kabylie. Dans le livre l'Olivier de Makouda, pour la publication en Algérie duquel Art Kange a eu l'accord de l'auteur, déjà paru en France sans l'écho attendu en 1991, il rapporte les senteurs des années passées dans cette région aux côtés des Algériens engagés pour la libération de leur pays
L'Histoire est aussi une passerelle culturelle
En fait, avec d'autres projets de publication de ce type, Art Kange se veut une passerelle historique, culturelle entre les deux pays qui s'engagent aujourd'hui à se retrouver sous d'autres auspices dans l'ère de la réconciliation, celle-là avec le passé, un passé commun aux deux nations. Et sans aucune appréhension, l'éditeur s'est engagé à publier des auteurs étrangers qui veulent bien l'être dans notre pays et par une jeune maison d'édition de surcroît. Pour la réédition d'ouvrages similaires, il est à noter que Djamel Aït Gana a déjà dressé une liste des ouvrages de qualité ou relevant désormais du domaine public qui méritent d'être connus et relus, liés à cet aspect de l'histoire algéro-française notamment.
René Fagnoni abonde dans ce sens. Il cite, entre autres amis de l'Algérie jusqu'au sacrifice, le cas de Maurice Laban, cet ancien des Brigades internationales et de la résistance anti-vichyste, tué les armes à la main dans l'Ouarsenis le 5 juin 1956. Cet autre convaincu de l'indépendance de l'Algérie mérite une belle et longue halte en hommage à son engagement exemplaire. Pour revivifier la mémoire à son égard et à l'égard d'autres hommes et femmes qui ont exprimé ouvertement une solidarité agissante pour le peuple algérien. C'est là le sentiment suprême de ce journaliste convaincu et déterminé dans son engagement premier. Et il avoue que se faire éditer pour la première fois en Algérie et par une maison d'édition quoi démarre ne peut être qu'un honneur pour lui. Une manière de relier les deux rives de la Méditerranée et de poser à la base les jalons du traité d'amitié franco-algérien, à venir. Avec, dans la forme et le contenu, des écrits qui extirpent de l'oubli des noms et des actions, dans un devoir de mémoire, contre l'amnésie.
Un autre jalon au traité d'amitié
D'ailleurs, l'auteur de Chronique des Aurès insiste en fin d'ouvrage -les photographies se font face volontairement- sur les plaque et stèle commémoratives érigées l'une pour réhabiliter le combat engagé de ces Français pour le déclenchement de la révolution algérienne, l'autre en reconnaissance des massacres commis contre les manifestants pacifiques le 17 octobre 1961 à Paris. A point nommé, ces deux actes hautement politiques viennent étayer cette amitié longuement et jalousement conservé par Fagnoni, en maintenant le lien avec ses anciennes connaissances, en renouant des liens, en ne ratant aucune occasion de revenir sur le sol algérien pour lui rester le plus fidèle possible. Il souligne néanmoins cette «injustice faite aux Algériens concernant l'octroi du visa alors qu'il n'est fait aucune difficulté pour les Français désireux de se rendre en Algérie».
Ces jours-ci, il profite de son séjour dans notre pays pour découvrir la région de Biskra en ne manquant pas une escale pour les gorges d'El Kantara, dont il a beaucoup parlé. Il répond spontanément à l'invitation qui lui a été faite pour être du Festival du tourisme saharien. Sa prochaine contribution à entretenir la mémoire est dans ce livre de Maurice Buano, pour lequel il a servi d'interface.

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