L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Relations tendues dans l'opposition

Port Louis — Les relations se sont dégradées davantage entre les deux leaders, hier.

Pravind Jugnauth a cherché à provoquer le leader de l'opposition qui, lui, ne donne aucun signe de vouloir partir pour le moment.

Lors de sa conférence de presse, hier, Pravind Jugnauth était entouré de la plupart des députés du MSM.

Si Pravind Jugnauth a cessé tout dialogue avec son ancien partenaire, Paul Bérenger, il ne cherche pas pour autant à le faire remplacer comme leader de l'opposition. Mais la confiance n'y est plus et les relations demeurent tendues entre le leader du Mouvement-socialiste militant (MSM) et celui du Mouvement militant mauricien (MMM).

"Je le laisse faire ce qu'il veut. J'ai donné ma position, à lui de voir", lâche Pravind Jugnauth, lors d'une conférence de presse, hier, dont le but était de dire ce qu'il pense de Paul Bérenger : "Les mots valent parfois plus que les actions." Il était entouré de la plupart des députés du MSM, y compris Ashock Jugnauth visiblement solidaire des décisions de son leader. La conférence de presse devait avoir lieu vendredi dernier mais elle a été renvoyée à la suite du décès de Sir Satcam Boolell.

"Le MSM était prêt à aller vers l'apaisement mais malgré les avertissements, Paul Bérenger a continué à s'ingérer dans nos affaires, avec un manque total de respect pour le leadership." Pravind Jugnauth se réfère à des déclarations du leader du MMM, faites lors de l'assemblée des délégués de ce parti et lors de sa conférence de presse hebdomadaire, il y a plus d'une semaine.

Paul Bérenger, rappelle le leader du MSM, a régulièrement fait l'éloge d'Ashock Jugnauth, le présentant comme une alternative idéale à Pravind Jugnauth. "Il a déclenché une action en faisant des propositions indécentes et j'ai réagi. Mais quand je réagis, il calme le jeu." Pravind Jugnauth est en colère et hausse le ton. "Sa stratégie est claire, il veut décapiter le MSM. Pas capav fer li enn sou confiance." Le leader du MSM estime que Paul Bérenger "en a après [lui] et veut [le] finir ".

Mais Pravind Jugnauth ne va pas plus loin. Il refuse de réclamer le départ de Paul Bérenger du poste de leader de l'opposition. Le MSM détient pourtant la majorité des sièges au sein de l'opposition parlementaire (12 contre 10 au MMM). Pravind Jugnauth semble handicapé par sa position de leader extra-parlementaire qui ne lui permet pas de peser sur ce type de décision.

"Je ne suis pas d'humeur à lui parler"

En tout état de cause, la ligne de communication est interrompue entre les deux leaders. "Je ne parle pas à Paul Bérenger, je ne suis pas d'humeur à lui parler ", ajoute encore le leader du MSM.

Pravind Jugnauth confirme cependant que les députés de son parti garderont les mêmes places dans l'hémicycle. A l'Assemblée nationale, il assure que le MSM va "continuer à faire son travail en défendant les intérêts de la population". "Nous allons prendre toutes les initiatives pour défendre l'intérêt de la population." Il se dit aussi "prêt à toute éventualité" et affirme qu'il ne se laissera pas dicter sa conduite par Paul Bérenger.

Pour le moment, c'est l'attentisme. "On verra", laisse échapper à plusieurs reprises le leader du MSM. Et comme le laisse aussi entendre Pravind Jugnauth, tout peut arriver.

Le leader du MSM a profité de sa conférence de presse pour critiquer, de nouveau la réforme Gokhool dans l'éducation, "un crime contre les enfants", selon lui. Il a aussi parlé de la situation "déplorable", "incontrôlable et bien dangereuse" qui existe dans les prisons. Il y a dans le pays "tous les symptômes pour une explosion sociale", dit-il. Il a lancé un appel au Premier ministre pour qu'il "prenne ses responsabilités".

Pravind Jugnauth a terminé en affirmant que le MSM continuait sa campagne de mobilisation à travers le pays. Elle culminera avec le meeting du 1er Mai, à Curepipe. Entre-temps, le MSM célébrera son 23e anniversaire, le 8 avril au Sun Trust, en présence des délégués des vingt circonscriptions.

Premier round de la mobilisation en vue du 1er mai pour le MMM. Paul Bérenger en a profité pour faire le procès du gouvernement.

"Pravind Jugnauth agit d'une façon très égoïste"

Pravind Jugnauth "se laisse gagner par l'égoïsme et cela fait le jeu de Navin Ramgoolam dans un contexte où le pays se dirige vers l'enfer".C'est ainsi que Paul Bérenger réagissait hier aux propos du leader du MSM (voir ci-dessus). Mais il assure que malgré l'attitude du leader du MSM, le MMM "va continuer son travail" au Parlement et sur le terrain.

Les autres orateurs à la réunion de mobilisation pour le meeting du 1er Mai, qui, hier, a attiré quelque 500 personnes au Jamma Hall à Rose-Hill, ont abondé dans le même sens. Il s'agit ainsi pour Françoise Labelle de démontrer "la force du MMM". "Il y a certaines personnes qui n'ont pas envie de se souvenir de la force du MMM dans certains succès", dira-t-elle en faisant référence au différend qui oppose son parti son ancien allié.

Rajesh Bhagwan, pour sa part, se montre un peu plus radical dans ses déclarations : "Nou MMM boukou fwa nou ledo inn fer eskabo Zordi krapo pe rod vinn bef. Mo leker inn bien fer mal quand mo tann ena ki pe koz gran gran koze. MMM li inn bien sinser. Na pa vinn rod lamerdman. Napa fer fezer. All apprann fer politik. Ena dimoun kipe viv mal andeor Parlement. Nou pena lesson pou done mé nou dimann respekte nou Napa grat ledo maler. Al rod ou lavi. Nou nou pou fer nou travay." Jayen Cuttaree, de son côté, invite "certains à ne pas oublier qu'ils n'auront pas leur caution s'il n'y a pas le MMM".

"Bientôt zot pou mont prix tout-à-l'égout"

C'est dans ce contexte global, où la dispute avec le MSM s'amplifie et la critique du gouvernement se radicalise, que les dirigeants mauves insistent pour une grande mobilisation de leurs partisans. Le meeting du 1er Mai, assure ainsi Jayen Cuttaree, est "pour le MMM et le pays". "Nous savons où nous nous situons dans les 44 % obtenus par l'opposition aux dernières élections et aujourd'hui, il faudra démontrer que les militants n'ont pas pour habitude de baisser les bras", ajoute Françoise Labelle dans le même ordre d'idées.

Pour Paul Bérenger, le gouvernement serait déjà minoritaire dans le pays. "Sa gouverneman-la, so titre c'est couyoner", affirme-t-il à plusieurs reprises lors de son intervention.

La population, dira-t-il, paie fort les augmentations de prix alors que l'Alliance sociale "avait affirmé qu'elle allait changer la vie des gens en 100 jours".

Faisant le procès du gouvernement, il soutient que ce dernier est aujourd'hui plus royaliste que le roi sur la question de l'IRS. "Zot ti pe dir apartheid économique, pe vende Maurice ar blanc. Asterla pli IRS ki zot pena. Zot ti pe dir ki avec tout-à-l'égout pe fer dimoune paye delo sale. Bientôt zot pou monte prix tout-à-l'égout J'ai peur pour mon pays parce qu'ils sont en train de commettre un crime contre les enfants de ce pays Quand ou touye l'avenir nou zenfan, ou touye l'avenir nou pays", ajoute-t-il en substance.

Pour Paul Bérenger, Navin Ramgoolam est en train de "politiser" la police, de faire de la MBC "un paillasson" et "d'hypothéquer" l'avenir du pays par "l'incompétence de son gouvernement". "Je suis fier de nos cinq ans au gouvernement. Nous avons donné un exemple de discipline, de compétence et de patriotisme. Mais aujourd'hui, j'ai peur parce que nous avons un gouvernement couyoner", a-t-il conclu.

Il est revenu à Françoise Labelle de dénoncer la contre-réforme de l'éducation. A cet effet, elle stigmatise un système éducatif qui "n'est conçu que pour 1 260 enfants". Enfin, selon Jayen Cuttaree, l'exaspération a déjà gagné la population.


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