Richard Touna
30 Mars 2006
Peu avant son départ du Cameroun dimanche dernier, le chef de l'Etat a réitéré à certaines personnalités, sa détermination à poursuivre sans remords, le nettoyage des écuries de la corruption et des détournements de deniers publics.
Aéroport international de Yaoundé Nsimalen, dimanche, 26 mars 2006. Le président de l'Assemblée nationale, Cavaye Yeguié Djibril regarde Paul Biya partir vers l'avion, d'un air mâtiné de préoccupation. Cavaye Yeguié Djibril venait d'être reçu en audience par Paul Biya. Occasion pour le chef de l'Etat de redire à la deuxième personnalité de l'Etat, combien il entend aller plus loin dans l'opération d'assainissement des moeurs managériales au Cameroun. Le premier cercle d'interlocuteurs du président de la République (le Premier ministre, le secrétaire général de la présidence, le directeur général à la recherche extérieure ) sera tout aussi instruit de continuer à veiller au grain, pour aider la justice à poursuivre les enquêtes en cours avec rigueur et méthode, selon les " principes de l'Etat de droit ". Les instructions ont aussitôt été relayées à certains services spécialisés pour diverses dispositions pratiques.
Ceux qui avaient cru voir en ce départ du chef de l'Etat (pour l'Europe) une période de répit, peuvent déchanter, tant la dynamique enclenchée semble s'inscrire dans une option irréversible de sanction systématique de tous les écarts touchant la gestion de la fortune publique. En réitérant dimanche dernier, de façon informelle, son engagement à sévir davantage, Paul Biya a certainement voulu maintenir la peur dans les esprits de ses laudateurs qui disent soutenir l'opération d'assainissement, tout en entretenant le secret espoir individuel qu'on ne lorgne pas dans leur gestion. Le suspense que crée le message à mots voilés du chef de l'Etat, pour efficace qu'il puisse se révéler dans sa stratégie d'action progressive, ne manque pas de susciter des interrogations sur l'ampleur des secousses à venir. Ce message sous forme d'ultimatum reprend en écho le discours à la nation du 31 décembre 2005 dans lequel, Paul Biya affirmait solennellement " qu'il faut que cela cesse ". La récu rrence de l'indignation présidentielle et les prescriptions qui s'en suivent établissent bien sa conviction à mener la lutte contre la corruption. Le rythme et les modalités de l'opération en cours restent cependant empreints d'une certaine opacité, susceptible de justifier les scepticismes des contempteurs de toutes natures, quant à la sincérité de Paul Biya, à bousculer le système qu'il a contribué à enraciner par un long silence coupable. Les sceptiques croisent les doigts
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