L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Coopération bilatérale: L'économie domine la visite du Premier ministre en France

Port Louis — La restructuration de l'économie, le soutien auprès d'instances multilatérales et une réunion d'affaires réussie sont les moments forts de la mission du PM.

C'est l'économie qui a prédominé pendant la visite officielle du Premier ministre, Navin Ramgoolam, en France. D'une part, le président français, Jacques Chirac, a été sensible aux besoins de Maurice pour financer la restructuration économique du pays. D'autre part, la réunion de travail, hier matin, avec le patronat français, le Mouvement des entreprises de France (Medef), a été un succès, à en juger du moins par l'importance et l'intérêt dont l'assistance a fait preuve. Par ailleurs, le Premier ministre n'a pas manqué de remettre sur la table la question de la baisse du prix du sucre et de réclamer une révision du plan de financement de l'Union européenne pour aider à la restructuration de l'économie.

La recherche de financement pour réformer et diversifier l'économie du pays est un des principaux motifs de la visite officielle de Navin Ramgoolam en France. Il est accompagné du ministre des Finances, Rama Sithanen, de celui des Affaires étrangères et du Commerce international, Madan Dulloo et d'une délégation du secteur privé.

Maurice a déjà identifié ses besoins financiers pour restructurer l'économie et faire face au triple choc de la baisse du prix du sucre, de l'abolition des quotas sur les vêtements et de la flambée du prix du pétrole. Ils sont de Rs 150 milliards pour les dix prochaines années.

Le pays compte solliciter l'aide bilatérale et multilatérale pour financer la restructuration de l'économie. A Bruxelles, Rama Sithanen a discuté de nouvelles modalités de déboursement pour Maurice sous le dixième Fonds européen de développement. Maintenant, Maurice a donc mis le cap sur Paris pour présenter son plan de restructuration. Nous comprenons que le pays est à la recherche d'une aide française de 50 millions d'euros annuellement, sur les dix prochaines années.

Mériter le soutien

Lors de la rencontre de mercredi, le président Chirac a assuré au Premier ministre mauricien le "soutien de la France à ce plan de diversification de l'économie". Un porte-parole de l'Elysée a déclaré que Jacques Chirac a aussi pris l'engagement "qu'il appuierait ces orientations auprès des bailleurs de fonds internationaux, auprès de la Commission et des instances européennes ainsi qu'auprès des autres partenaires de la France. ( ) Maurice mérite le plein soutien de la communauté internationale", a ajouté le porte-parole de la présidence française.

Par ailleurs, il y avait salle comble au Medef hier pour le petit-déjeuner de travail entre les capitaines d'industries de la France et la délégation mauricienne. "Cela s'est très bien passé. La salle était bien remplie", témoigne Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council (JEC) qui assistait à la réunion. Un autre membre de la délégation mauricienne relève surtout la présence de grosses pointures des entreprises françaises. Des représentants de Corsair, d'Aéroport de Paris, d'Accor, du Club Med, entre autres, étaient dans l'assistance.

"Il y avait un réel intérêt, voire de l'enthousiasme, des participants français à cette rencontre", poursuit notre interlocuteur du secteur privé mauricien. Les entrepreneurs français ont d'ailleurs posé de nombreuses questions spécifiques auxquelles ont répondu le Premier ministre, Rama Sithanen, Madan Dulloo et Raj Makoond. Plusieurs hommes d'affaires français ont prolongé les discussions avec le Premier ministre après la rencontre. Aéroport de Paris souhaite aider au développement de l'aéroport de Plaisance.

Dans son intervention, Navin Ramgoolam a présenté Maurice comme une plate-forme pour les affaires dans la région de l'océan Indien, grâce au programme de restructuration. "Nous devenons ainsi l'une des plates-formes les plus attrayantes pour recevoir des entreprises qui se repositionnent ou qui veulent étendre leurs activités afin de profiter du regain d'importance du bassin de l'océan Indien", a dit le Premier ministre.

Maurice est également une porte ouverte sur un marché de près de 500 millions de personnes. Son appartenance aux blocs régionaux de la Southern African Development Community (SADC) et du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa) lui donne ce potentiel. Navin Ramgoolam a aussi mis en avant le bilinguisme de la population et le cadre de vie agréable du pays.

Economie déséquilibrée

Outre les secteurs déjà bien établis que sont le tourisme et le textile-habillement, le Premier ministre a invité les hommes d'affaires français à s'intéresser aux nouveaux secteurs tels que l'ingénierie légère, le foncier haut de gamme, l'industrie pharmaceutique, la technologie informatique et la communication, l'exploitation des ressources marines et l'établissement de facilités médicales de pointe.

Par ailleurs, lors d'un dîner offert mercredi soir par le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, le Premier ministre mauricien n'a pas manqué d'évoquer à nouveau la baisse de 36% du prix du sucre. Il a précisé qu'elle affecte non seulement un pan important de nos industries d'exportations, mais qu'elle déséquilibre également l'économie à un moment où les exportations de vêtements souffrent de l'abolition des quotas et que le prix du pétrole est en hausse.

Navin Ramgoolam a fait appel à la France qui est attachée, dit-il, à une mondialisation à visage humain, pour qu'elle plaide pour Maurice à un moment où le pays est engagé dans d'importantes négociations internationales. Il a demandé "que l'Union européenne revoie son plan de financement pour la restructuration de notre économie".

Mercredi toujours, le Premier ministre a également rencontré, au cours de la journée, le ministre de l'Economie, des Finances et du Budget, Thierry Breton, ainsi que le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy.

Hier, le Premier ministre et sa délégation ont déjeuné avec le président de l'Assemblée nationale de France, Jean-Louis Debré. Navin Ramgoolam a offert à Jean-Louis Debré une photo où on peut voir le père de ce dernier, Michel Debré, sir Seewoosagur Ramgoolam et sir Gaëtan Duval à l'aéroport de Plaisance. Une version de l'histoire non officielle veut que Michel Debré aurait réconcilié sir Seewoosagur et sir Gaëtan, ce qui a amené la coalition.

Navin Ramgoolam a également rencontré Jean Marie Cavada, président de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures. Le Premier ministre a dîné avec les patrons d'Accenture, cabinet de conseil.

Aujourd'hui, le Premier ministre rencontre Brigitte Girardin, ministre déléguée à la Coopération, avant de se rendre à Toulouse où il visitera les installations d'Airbus. La médaille de cette ville lui sera remise. Il prend l'avion de retour au pays samedi.

INEFFICACITÉ

Zéro pointé pour la communication

â- La performance des services de communication du bureau du Premier ministre est en deçà de ce qui pouvait être espéré pour un événement aussi important. Ceux-ci sont incapables de transmettre à temps les informations et les illustrations concernant la visite du Premier ministre en France.

La presse a reçu avec presque 24 heures de retard les premières photos de la rencontre qui a eu lieu mercredi après midi entre le Premier ministre mauricien et le président français. Vers midi hier, la conseillère Bettina Cadinouche envoyait un message SMS aux journalistes pour les avertir que "Serveur e-Gvt en panne, impossible envoyer photos et récupérer discours". Elle demande alors aux journalistes de s'adresser directement à son chef hiérarchique, Dan Callikan, qui se trouve à Paris, "pour détails". Joint au téléphone, celui-ci en était pourtant très avare.

Quant aux deux photos de la rencontre Chirac-Ramgoolam publiées dans notre édition d'hier, elles ont été obtenues de sources officielles françaises dans l'heure qui a suivi l'événement. De même, tout ce que nous avons pu rapporter au sujet des échanges entre les deux dirigeants est puisé des commentaires faits par un porte-parole de la présidence française, Jérôme Bonnafont, à l'issue de la rencontre à l'Elysée. Dan Callikan, lui, nous demandait de voir les images de la visite sur la MBC pour nous renseigner.

Si les malades de la comparaison devaient estimer que la visite en France en février 2004 de Paul Bérenger, ancien Premier ministre, avait été mieux couverte par la presse écrite, il faudrait qu'ils se souviennent que l'information n'était pas alors réservée à la seule MBC. Outre le service public de la télévision , des journalistes des principaux journaux étaient invités à accompagner la délégation mauricienne et le chef de la délégation organisait des points de presse réguliers durant la visite.


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