Narjis Rerhaye
3 Avril 2006
interview
Dimanche 2 avril, les activistes de l'OMDH ont choisi de porter une femme, Amina Bouayach, à la tête de leur organisation.
La toute nouvelle présidente avoue ressentir tout à la fois un sentiment de fierté
et de justice rendu aux Marocaines. Cette militante des droits humains au long parcours malgré son jeune âge a une feuille de route, celle fixée par le Congrès et un programme que votera le conseil national. Le suivi des recommandations de l'IER et la vérité sur le sort des disparus sont en haut du tableau. Entretien.
A la tête de l'OMDH depuis dimanche, quelles sont vos priorités et les chantiers qui vous tiennent à coeur ?
Je suis tout d'abord très émue de la confiance qu'a placée en moi la majorité des membres du conseil national en me portant à la présidence de l'Organisation marocaine des droits humains.
Les priorités ont déjà été tracées par le congrès dont le slogan n'était autre que le renforcement, l'approfondissement et l'accélération du rythme de la réforme pour garantir et protéger la transition démocratique. La première priorité qui en découle est le suivi et la mise en oeuvre des recommandations du rapport final de l'Instance Equité et Réconciliation.
Nous avons eu également un débat très profond relatif au pacte des droits économiques, sociaux et culturels. C'est la première fois qu'un tel débat a lieu. C'est un débat d'experts mais aussi de militants qui veulent se pencher sur ce volet qui est de grande importance car il est l'un des fondements de la démocratie.
Concrètement aujourd'hui quelle est la première mission que vous allez accomplir en tant que présidente de l'OMDH ?
Il s'agit tout d'abord de réorganiser le Bureau national de l'organisation qui a été élu hier au bulletin secret. Il faut maintenant répartir les tâches de manière à harmoniser le travail entre les différents membres, l'accélérer et le rationaliser.
Il nous incombe également de fixer des priorités pour l'OMDH, et ce, au terme d'un débat collectif. Ce programme d'action sera ensuite soumis au vote du conseil national dès sa première réunion. Pour la rentrée prochaine, en septembre ou octobre, nous devons déjà réfléchir au programme 2006-2007.
Une femme à la tête de l'OMDH, qu'est-ce que cela représente pour vous ? Un motif de fierté ou une justice rendue ?
Les deux à la fois ! Il y a certainement un motif de fierté parce que les Marocains ont dépassé une sorte d'handicap social et culturel, celui de ne pas responsabiliser les femmes et de ne pas faire confiance aux compétences de la moitié de la société. Ici, la symbolique est très importante et j'en suis particulièrement fière. Ainsi, les Marocains sont des citoyens pragmatiques qui cherchent l'efficacité, quel que soit son sexe.
Un sentiment de justice aussi parce que justice a été rendue à la femme marocaine. C'est à mes yeux la consécration du processus de l'égalité. Le déclenchement du principe de l'égalité dans le code de la famille est en train de se mettre en oeuvre. J'espère qu'il trouvera place dans toutes les instances, au sein de l'Etat, dans les partis politiques, les associations et plus simplement dans la vie quotidienne.
Lors de ce sixième congrès de l'OMDH, l'accent a été mis sur les droits économiques et sociaux. Concrètement, que va entreprendre l'organisation aux destinées de laquelle vous présidez par rapport à ce dossier ?
Nous estimons que l'Etat marocain a déjà procédé à l'évaluation de son parcours pendant 50 ans, de l'indépendance à aujourd'hui et ce à travers la publication du rapport sur le développement humain. Ce document contient des constats, des remarques, des analyses aussi importantes qu'instructives pour les militants associatifs que nous sommes.
Les droits économiques, sociaux et culturels n'occupaient pas la place qui leur échoit dans notre combat ni dans notre action. MProcès de Zakaria Moussaoui
aintenant, l'OMDH est convaincue de son approche relative aux droits économiques, sociaux et culturels. Nous avons un acquis en la matière et nous devons l'améliorer et le développer à travers l'harmonisation de plusieurs lois, la mise en oeuvre de mécanismes. Une approche claire et pragmatique n'avait jamais été jusque-là élaborée. Nous devons nous atteler rapidement à la tâche d'autant que la transition démocratique dépend beaucoup du volet des droits économiques et sociaux.
Aujourd'hui en 2006, qu'est-ce qu'on peut souhaiter pour les droits de l'Homme au Maroc ?
J'espère qu'on aura la vérité concernant les dossiers de l'Instance Equité et Réconciliation restés ouverts. Ce sont des dossiers qui nous tiennent à coeur de la même façon qu'ils tiennent à coeur des familles concernées. Elles ont le droit de connaître la vérité et le sort de leurs proches disparus et jamais retrouvés.
Mon deuxième souhait réside dans le fait de préparer d'une manière objective et transparente les élections de 2007. L'avenir de la transition démocratique en dépend fortement.
Mon troisième souhait enfin est de voir les Marocains se remettre en cause par rapport à leur approche des institutions que des mécanismes de l'Etat marocain. C'est aussi là un défi pour la transition en terre marocaine.
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