Gabonews (Libreville)
4 Avril 2006
Libreville — L'ancien dirigeant libérien, Charles Taylor, qui est devenu lundi le premier ancien président africain à répondre de crimes de guerre devant le tribunal spécial de Sierra Leone, sous l'égide de l'ONU, a plaidé non coupable de tous les chefs d'inculpation, a rapporté Chine nouvelle.
A 15H00 (15h00 GMT) s'est ouverte la première comparution devant le tribunal de l'ancien chef de guerre, arrêté et transféré à Freetown la semaine dernière, 36 heures à peine après s'être enfui de la villa où il était en exil au Nigeria.
M. Taylor, 58 ans, portant costume sombre et cravate marron, a plaidé non-coupable des 11 types d'atrocités qui lui sont reprochées dans le cadre de la guerre civile en Sierra Leone entre 1991 et 2002.
Selon les chefs d'inculpation, que lui a lus le juge Richard Lussick, M. Taylor est accusé d'avoir armé les rebelles de Sierra Leone, célèbres pour leur recrutement d'enfants soldats et les amputations de membres procédées sur des femmes et des enfants innocents, en échange des "diamants du sang".
"Vraiment, votre honneur, je n'ai pas et n'aurais pas pu commettre de tels actes contre le pays frère qu'est la Sierra Leone", a déclaré M. Taylor au cours de cette audience d'une heure.
"Je pense que c'est une tentative pour continuer de diviser et diriger les populations du Liberia et de Sierra Leone, et il est certain que je ne suis pas coupable", a-t-il poursuivi.
Le procureur en chef du tribunal, Desmond de Silva, a indiqué dans un communiqué que la comparution lundi de M. Taylor marquait la première étape du jugement.
"La population de Sierra Leone a patiemment attendu pendant trois ans avant de voir l'accusé finalement amené devant la justice (...) et aujourd'hui c'est arrivé", a déclaré M. de Silva.
"Aujourd'hui est un jour important pour l'administration de la justice criminelle internationale. Ceux qui commettent des atrocités et violent le droit humanitaire international doivent être reconnus comme responsables", a-t-il indiqué.
"Cependant, la défense a plaidé non-coupable et c'est maintenant à l'accusation de démontrer la culpabilité", a-t-il ajouté.
Le porte-parole du tribunal, Peter Andersen, a indiqué que M. Taylor avait demandé de l'aide légale étant donné qu'il n'a plus d'argent.
"Maintenant, le bureau de la défense tentera de lui trouver des avocats. Il a fait une déclaration de ses biens sur la base de laquelle le défenseur en chef a conclu qu'il est plutôt pauvre", a indiqué M. Andersen.
Le véritable procès, quant à lui, devrait commencer dans plusieurs mois au minimum, la cour ayant demandé que le procès se déroule à La Haye pour ne pas mettre en danger la stabilité de la région ouest africaine.
La présidente libérienne, Ellen Johnson-Sirleaf, a déclaré elle- aussi que le tribunal de La Haye serait "un environnement plus propice" au procès de M. Taylor.
M. Taylor a affirmé craindre pour sa vie en prison tant à Freetown qu'à la Haye. Il a rappelé que l'ancien chef rebelle sierra leonais, Foday Sankoh est mort en prison à Freetown. La mort en prison de la Haye de l'ancien président yougoslave, Slobodan Milosevic inquiétait énormément M. Taylor.
Dans le cadre d'un accord pour mettre fin à 14 années de guerre civile dans son pays, et alors que les rebelles assiégeaient Monrovia, M. Taylor avait accepté en août 2003 la proposition du Nigeria qui lui offrait un exil sûr.
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