United States Department of State (Washington, DC)

Liberia: L'arrestation de Charles Taylor est un grand moment pour la justice internationale

11 Avril 2006


Washington, DC — - La récente arrestation de l'ancien président libérien Charles Taylor est « un grand moment pour la justice internationale et les victimes qui ont tant souffert » sous sa férule, a affirmé David Crane, ancien procureur du Tribunal spécial des Nations unies pour la Sierra Leone (TSSL).

Le 7 avril, lors d'un débat consacré au procès de Charles Taylor à l'Institut pour la paix des États-Unis, M. Crane a déclaré que maintenant que l'ancien président libérien avait été arrêté, la procédure allait se dérouler selon les règles clairement établies en matière de justice criminelle et d'établissement de preuves.

« C'est la routine, a-t-il dit. Nous avons un accusé. Onze chefs d'accusation pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité pèsent contre lui. Il a été inculpé. Il a plaidé non coupable (...) Il faut maintenant décider ce que l'on va faire de lui. »

Des discussions sont en effet en cours pour transférer le procès vers la Haye (Pays-Bas), où le TSSL pourrait juger M. Taylor dans un environnement plus sécurisé. « L'idée était de le sortir de l'Afrique occidentale et de laisser les choses se tasser. »

« Avec le temps, en effet, l'influence de ces tyrans, de ces chefs de guerre, de ces bandits, tend à s'estomper. Nous l'avons constaté (...) dans divers cas, notamment Herman Goering (ancien général du Troisième Reich), Slobodan Milosevic (ancien dictateur serbe) et Saddam Hussein.

« L'article 4 du Statut autorise en effet le TSSL à juger les principaux responsables de crimes de guerre quasiment où que ce soit dans le monde, partout où cela se justifie. »

« Lorsque vous jugez ces types et que vous voyez les témoins pointer leur bras mutilé vers l'accusé en disant « c'est vous qui m'avez fait ça » et repartir la tête haute (...), mesdames et messieurs, la justice, c'est ça. »

M. Taylor a soutenu les rebelles et fermé les yeux sur la brutalité

M. Taylor a été élu président du Liberia en 1997 avec 75,3 % des voix. Durant sa présidence, il a continué de livrer bataille aux insurgés qui s'opposaient à son régime et aurait commencé à vendre des armes et autres équipements à des rebelles de la Sierra Leone voisine.

Il aurait échangé des armes contre des diamants. Pendant ce temps, les rebelles qu'il soutenait continuaient leur guerre contre le gouvernement de la Sierra Leone, organisant des opérations brutales contre des civils, coupant les bras, les jambes et le nez de milliers de gens soupçonnés d'être des partisans du gouvernement. Femmes et enfants ne furent pas épargnés. Le 4 juin 2003, M. Taylor était inculpé pour crimes de guerre par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL).

Lorsque, au début des années 90, le Liberia sombra dans la guerre civile, la lutte armée se répandit également en Sierra Leone. Elle était menée par des rebelles qui seraient venus du Liberia. Les combats devinrent de plus en plus brutaux. Des bandes de rebelles se mirent notamment à mutiler des civils dans les campagnes.

Un accord de paix signé en 1996 ne parvint pas à mettre fin à la violence. La guerre continua de faire rage en Sierra Leone jusqu'à ce que des troupes des Nations unies, de Grande-Bretagne et de Guinée réussissent à désarmer les combattants, en janvier 2002.

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone

M. Crane affirme que justice peut être rendue efficacement par le TSSL dans un délai politiquement acceptable. Ce tribunal est le résultat de la coopération entre le gouvernement de la Sierra Leone et les Nations unies.

M. Crane a qualifié le TSSL de premier « tribunal pénal international hybride » doté d'un mandat viable. Selon lui, la clé du succès de ce mandat est que le tribunal est chargé de juger les principaux responsables des crimes de guerre commis durant la guerre civile sierra-léonaise.

Cela signifie « poursuivre ceux qui ont déclenché cette guerre, qui l'ont facilitée, qui l'ont soutenue, qui l'ont poursuivie et qui ont créé les conditions permettant à d'autres individus de tuer, de violer, de mutiler, de réduire en esclavage, de piller, etc. »

M. Crane a été nommé procureur spécial en avril 2002 et pense que le Tribunal achèvera ses travaux en 2007.

Il a expliqué que Charles Taylor était « la pièce maîtresse d'un plan géopolitique de dix ans » mis en Å"uvre à la fin des années 80 par le Libyen Mouamar Kadhafi. Il s'agissait de recruter des individus qui fomenteraient la rébellion, s'empareraient du pouvoir dans leur pays et deviendraient des pions de Kadhafi qui, ainsi, aurait les mains libres en Afrique de l'Ouest.

« Nous avons des preuves incontestables de cela. » Parmi les individus ainsi recrutés se trouvaient Foday Sankoh, ancien chef du RUF (Front révolutionnaire uni) ; Blaise Compaore, actuel président du Burkina Faso ; et Ibrahim Bah, marchand de diamants.

Le résultat de cet exercice criminel « a été le meurtre, le viol et la mutilation de 500.000 personnes en Sierra Leone et de près de 600.000 au Liberia », a affirmé M. Crane.

La justice pour les Libériens

M. Crane a affirmé qu'il fallait envisager la création d'un tribunal pénal international hybride pour le Liberia. « On ne peut pas oublier 600.000 victimes. Ã- mon avis, l'ultime atrocité serait de ne rien faire et de laisser ces gens sombrer dans l'oubli sans conserver aucune trace de leur mort horrible. »

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