San Finna (Ouagadougou)

Burkina Faso: Affaires Sankara, Taylor.. Blaise Compaoré rattrapé par l'histoire

17 Avril 2006


éditorial

Il n'y a pas à dire : jamais au Burkina Faso et même en Afrique, un chef d'Etat avant Blaise Compaoré n'avait autant réussi à infiltrer les rouages de l'Etat, à domestiquer les contre-pouvoirs de la société civile, à se concilier tant de réseaux médiatiques et diplomatiques puissants pour protéger son pouvoir, sa personne, ses biens.

Il faut dire que les conditions sanglantes de son accession au pouvoir lui conseillaient de prendre toutes les dispositions pour ne pas devoir un jour en payer le prix. Il les a tant et si bien prises que, perçu au début comme un chef d'Etat infréquentable (que les USA par la voix de Herman Cohen vouaient aux flammes de l'enfer), bien de puissances ont fini par faire avec lui et même à composer avec lui pour bénéficier de son expertise et, disent certains, de sa capacité de nuisance. Il pouvait dès lors s'estimer à l'abri de toute poursuite pour les faits graves qu'il a commis dans son pays et en Afrique. M ais il faut croire que les couvertures n'étaient pas aussi étanches que cela, puisque de plus en plus, des nuages se profilent à l'horizon et qui annoncent que le temps de la reddition des comptes approche inexorablement.

Cela se lit d'abord dans l'affaiblissement de son soutien international le plus fort, en l'occurrence Jacques Chirac. Ce dernier est actuellement à la peine : le temps est compté pour lui. Assailli par des problèmes franco-français, africains, européens.., même s'il fait encore des siennes au Tchad, il doit être beaucoup plus soucieux par les temps qui courent, de son avenir, du jugement de l'histoire que d'autre chose.

Les nuages se lisent surtout dans l'arrestation de Charles Taylor. Il ne faut pas être du cercle des avertis pour comprendre qu'un procès de l'ancien président libérien mené dans les règles de l'art, ne peut qu' éclabousser tous ceux qui ont ensemble et de concert avec Taylor, mis à feu et à sang la Sierra Leone, pillé ses ressources nationales ; et Blaise Compaoré est depuis longtemps convaincu comme étant, sinon au nombre des commanditaires ou des co-acteurs, comme un complice de choix.

De cela, David Crane, ancien président du Tribunal pénal spécial sur la Sierra Leone (TPSSL) n'en a jamais douté. Jusqu'à son départ de Freetown, il n'a cessé de clamer cette complicité et il est parmi ceux qui estiment que la justice est en voie de reconquérir ses droits dans cette affaire. Il le dit haut et fort, et un article du Département d'Etat des USA du 11 avril 2006 publié sur le site allafrica.com, répercute ses propos. « M. Crane a qualifié le TSSL de premier 'tribunal pénal international hybride' doté d'un mandat viable. Selon lui, la clé du succès de ce mandat est que le tribunal est chargé de juger les principaux responsables des crimes de guerre commis durant la guerre civile sierra léonaise.

Cela signifie 'poursuivre ceux qui ont déclenché cette guerre, qui l'ont facilitée, qui l'ont soutenue, qui l'ont poursuivie et qui ont créé les conditions permettant à d'autres individus de tuer, de violer, de mutiler, de réduire e n esclavage, de piller, etc. 'â-oe . L'article explique que, pour David Crane, Charles Taylor était « la pièce maîtresse d'un plan géopolitique de dix ans » mis en oeuvre à la fin des années 80 par le Libyen Mouammar Kadhafi. Il s'agissait de recruter des individus qui fomenteraient la rébellion, s'empareraient du pouvoir dans leur pays et deviendraient des pions de Kadhafi qui, ainsi, aurait les mains libres en Afrique de l'Ouest. 'Nous avons des preuves incontestables de cela'. Parmi les individus ainsi recrutés se trouvaient Foday Sankoh, ancien chef du RUF (Front révolutionnaire uni) ; Blaise Compaoré, actuel président du Burkina Faso ; et Ibrahim Bah, marchand de diamants ».

Le célèbre avocat et professeur de relations internationales à l'Université de Reims, Albert Bourgi, a exprimé le même point de vue à l'occasion du « Débat africain » du 09 avril 2006 sur RFI. Il a d'abord rappelé qu'il n'y a pas longtemps, l'ancien procureur de Freetown relevait qu' en violation des obligations liées à son asile au Nigeria, Charles Taylor avait effectué un voyage dans une capitale de la sous région pour y « préparer un coup d'Etat contre un chef d'Etat de la région ». On sait en fait, comme cela a été répercuté sur la radio mondiale, qu'il s'agissait de Ouagadougou où selon le même Procureur Crane, un avion militaire burkinabé avait conduit C. Taylor pour une causerie avec B. Compaoré pour y déstabiliser Lansana Conté. A. Bourgi précise lors de ce débat que « Taylor n'a pas agi de manière isolée. Il a eu des alliés dans la région. D'autres chefs d'Etat ont participé au festin meurtrier au Libé ria comme en Sierra Leone ».

L'avocat est allé là où rarement, de façon aussi publique, les intellectuels osent aller : « Taylor est le premier commanditaire et le principal acteur de la guerre en Sierra Leone avec son acolyte Foday Sankoy et toute la batterie de ceux qui les ont accompagnés ». Il conclut, catégorique : « La Libye est impliquée. Le Burkina Faso, c'est très clair, était impliqué. Charles Taylor y disposait d'une villa pour ses différents séjours au Burkina Faso ».

Sur les mêmes ondes, et à la même émission, Ibrahim Kane, Conseiller juridique pour l'Afrique du Centre International pour la protection juridique des droits de l'homme (Londres), expliquera qu' « En 1999/2000, des missions d'enquête ont permis de mettre en évidence le trafic entre Charles Taylor, le Burkina Faso, des groupes économiques, une multinationaleâ-oe »

Voilà donc l'affaire Charles Taylor qui, déclenchée, résonne comme un compte à rebours pour Blaise Compaoré.

Un autre fait a les mêmes résonances : c'est le verdict que vient de donner le Comité des droits de l'homme de l'ONU en faveur de Madame Sankara et des ses enfants dans le dossier qui les oppose à l'Etat burkinabé relativement à l'assassinat de Thomas Sankara et qui ouvre des perspectives pour la relance du dossier au plan international puisque toute prescription a été écartée. Là aussi, les faits sont si accablants qu'on ne voit pas comment l'affaire Sankara pourra être jugée en droit et en équité sans aboutir à la reconnaissance de la culpabilité de Blaise Compaoré avec tout ce qui s'y attache comme suites pénales.

Pour être convaincu de ce que le vent est en train de tourner pour le chef de l'Etat burkinabé, il n'est que de se retourner vers le monde médiatique qui est le mieux placé pour lire, interpréter, anticiper et même susciter les évènements, un monde médiatique qui, après avoir contribué à faire Blaise Compaoré, s'apprêterait à le défaire. C'est ce qui est divulgué sur le site http://www.ekodafrik.net/ à travers un titre lapidaire : « Blaise Compaoré lâché par le lobby des medias français ». Le billet (envoyé à bien de Rédactions) avertit que : « Le président du Burkina Faso serait bientôt après Charles Taylor, l'homme à abattre. Le capitaine Compaoré est présenté à Paris, par un collège de journalistes de la presse internationale comme le plus grand déstabilisateur africain de ses dernières années. De la Sierra Leone au Libéria, en passant par la Côte d'Ivoire, l'ombre de Compaoré plane sur tous les conflits. On le soupçonne, d'avoir aidé les putschistes de Mauritanie. Son activisme serait avéré dans l'avènement de Bozizé en Centrafrique et on lui attribue la préparation de plans de déstabilisations permanentes pour ses voisins guinéens et tchadiens. Tout un programme dont ce Président au visage d'ange arrivé au pouvoir par la force des armes, qui a exécuté tous ses amis gênants, ses contradicteurs, et adversaires, est passé maître en la matière».

Une affaire entraînant l'autre, comme dans la théorie des dominos, c'est en définitive l'histoire qui rattrapera Blaise Compaoré pour qu'il rende des compte sur le sort qui a été fait à des illustres disparus au Burkina Faso comme Thomas Sankara, Henri Zongo, Jean-Baptiste Lingani, Oumarou Clément Ouédraogo, Norbert Zongo.. mais pour qu'il réponde également des accusations qui pèsent sur lui dans des faits commis au Libéria, en Sierra Leone, en Côte d'Ivoireâ-oe

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2006 San Finna. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Burkina Faso

Rubriques