Joseph Flavien Kankeu
18 Avril 2006
Le programme Wacap vient de rendre public les résultats d'une enquête sur le travail des enfants.
Les résultats du Programme Ouest africain de prévention et de lutte contre le travail des enfants dans les secteurs du cacao et de l'agriculture commerciale (Wacap), ont été restitués hier, mercredi 12 avril, au Djeuga Palace Hôtel de Yaoundé. Ce programme avait été lancé au Cameroun en juin 2003 pour une période de 37 mois ininterrompue. L'on retient du rapport final que de juin 2003 à nos jours, 1.237 enfants âgés de moins de 14 ans ont été extraits des cacaoyers et mis en apprentissage ou insérés dans des établissements scolaires.
Parmi eux, 27 % s'occupaient au quotidien de l'entretien à travers le défrichage à l'aide des machettes, s'exposant ainsi à des piqûres d'insectes ; des morsures de serpents, de scorpions et de fourmis. 21 % s'employaient au traitement phytosanitaire (pulvérisation, mélange des produits et transports), courant des graves risques d'intoxication, de pénétration des produits dans les yeux et même d'empoisonnement. Le rapport de synthèse des résultat s de cette enquête indique clairement que 100 % de ces enfants qui effectuaient le transport des fèves, se plaignaient régulièrement du mal de dos, des courbatures et du mal de tête.
Ce sont pourtant, des enfants qui pour la plupart sont orphelins, mais très intelligent lorsqu'ils ont les moyens de se rendre à l'école. De nombreux témoignages de certains enfants récupérés au cours de l'opération ont été édifiants. Ateba Séraphin, 14 ans, a connu une vie normale jusqu'à la mort de son père. N'ayant plus d'argent pour poursuivre ses études, il se trouve dans la triste obligation de quitter sa mère pour se lancer dans les travaux champêtres dans le Sud-Ouest du pays. Le second dit avoir perdu ses deux parents en 2000, avant de décider d'aller vivre avec sa grande mère. Mais cette dernière montre très tôt son incapacité financière de l'envoyer à l'école.
Conséquence, il se lance dans les plantations dans le Nord-Ouest à l'âge de 8 ans. " Ce rapport m'a particulièrement émue. Emue de savoir que certains des enfants qui avaient abandonné leur scolarité depuis plus de trois ans au profit des plantations cacaoyères, qui y ont été retirés et réinscrits dans les éc oles, étaient des premiers de leur classe. J'ai rencontré des ex-enfants planteurs qui aspirent à devenir des médecins, des magistrats, et même Premier ministre et vous et moi, savons tous que ce rêve ne peut être possible sans scolarisation ", a commenté Alice Ouedraogo, directrice du bureau sous-régional de l'Organisation internationale du travail (Oit) pour l'Afrique centrale, lors de la cérémonie d'ouverture de l'atelier. Plusieurs exemples ont d'ailleurs été présentés au public.
Durée insuffisante !
Le Programme ouest-africain de prévention et de lutte contre le travail des enfants dans les secteurs du cacao et de l'agriculture commerciale (Wacap), lancée au Cameroun en juin 2003 devrait en principe s'achever le 30 avril prochain. Mais cette période ne semble pas avoir été suffisante pour réinsérer dans la société de nombreux enfants sauvés des affres de cette pire forme de travail des enfants. Selon des sources proches du programme international de l'organisation internationale du travail (Oit) pour l'élimination du travail des enfants (Oit/Ipec), 1002 des enfants identifiés et en plein processus de retrait ne pourront pas aller jusqu'au bout de leur formation avant le 30 avril.
Ceci d'autant plus que 635 d'entre eux sont encore au début du cycle de l'école primaire, 75 dans le cycle secondaire et 292 en plein apprentissage. Ce programme a aussi intégré la sensibilisation des uns et des autres sur la parenté responsable. Ainsi, 180 personnes ont été formées sur l'assist ance et la prise en charge des enfants, 500 parents assistés et 7 séminaires organisés parmi lesquels deux sur la sensibilisation et la planification en vue d'impliquer le ministère de l'Education de base et des organisations syndicales dans la mise en oeuvre des objectifs du projet.
Les provinces prioritairement ciblées pour cette phase de l'opération ont été le Centre, le Nord-Ouest, le Sud et le Sud-Ouest. D'où les réserves émises par certains observateurs qui pensent que la province du Littoral, très connue pour l'exploitation abusive des enfants dans les bananeraies et cacaoyères de Mombo, Melong et Njombé devrait être pris en compte dans cette expérimentation, d'autant que l'opération " carton rouge " y avait fait des vagues. Le ministère du travail et de la sécurité sociale était représenté à cette cérémonie par son inspecteur général, Mme Ndeh Hilda Assanji.
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