Le Soleil (Dakar)

21 Avril 2006

Sénégal: Préservation de la forêt de Fathala : un impératif pour la survie des singes

La préservation de la forêt de Fathala dans le Delta du Saloum est devenue aujourd'hui une nécessité pour sauver une population de 500 colobes bais (singes), des primates arboricoles vivant dans la forêt dense que l'on compte aujourd'hui parmi les espèces les plus menacées d'extinction.

Au Sénégal et en Gambie, une équipe de l'Ird (Institut de recherche pour le développement) spécialisée en primatologie a étudié sur une longue durée des groupes résiduels de colobes bais d'Afrique occidentale (Procolobus badius temmincki), des primates arboricoles vivant dans la forêt dense que l'on compte aujourd'hui parmi les espèces les plus menacées d'extinction, lit-on dans un communiqué parvenu à notre rédaction. Ces singes sont très dépendants de la conservation de leur environnement. Située dans la forêt de Fathala (Parc national et Réserve Mab de biosphère du Delta du Saloum, Sénégal), la population de colobes bais la plus septentrionale a dû faire face à une importante dégradation de son environnement.

« Des recensements échelonnés dans le temps, menés en collaboration avec l'Uicn (Union internationale pour la conservation de la nature) et les directions des Parcs nationaux et des Eaux et forêts du Sénégal, ont montré que l'effectif des colobes bais n'a pas régressé dans les mêmes proportions que la densité et la diversité des arbres dont elle dépend », indique-t-on dans le commun. L'analyse des comportements de ces primates a montré qu'ils ont développé des réponses adaptatives efficaces et surprenantes face aux changements de leur environnement, leur permettant ainsi de surseoir à leur disparition. La principale menace pour la survie de la majorité des primates est la dégradation de leur habitat.

Facteurs de survie

Le Parc national du Delta du Saloum au Sénégal inclut un environnement marin composé d'îles et de mangroves, ainsi qu'une partie continentale, la forêt de Fathala.

Des primatologues de l'Ird ont analysé l'évolution de la végétation de 1969 à 2002, en particulier les modifications de la couverture ligneuse (la surface occupée par les arbres et les grosses lianes), la densité et la biodiversité des arbres (évaluée à l'aide d'indices spécifiques). Ils ont montré que les trois-quarts des galeries forestières, l'habitat principal des colobes bais, ont disparu et que la diversité des arbres a chuté de moitié. Les activités humaines comme le surpâturage, les prélèvements excessifs de bois et les feux incontrôlés, dont les effets s'ajoutent à un déficit important des précipitations (300 mm ces trente dernières années), sont responsables de cette dégradation de la forêt de Fathala.

Parallèlement, de 1974 à 1976 et de 1988 à 2002, les scientifiques ont suivi l'évolution de la population de colobes bais, qui n'a subi qu'une très faible régression de son effectif, passant de 600 à 500 individus, révèle le communiqué. Ils ont aussi observé une colonisation de nouvelles forêts et ont donc cherché à comprendre quels facteurs ont permis la survie de cette population dans des conditions aussi sévères. Les chercheurs ont mis en évidence que la conservation du colobe bais reposait sur cinq adaptations comportementales majeures que sont : la consommation de fruits et d'aliments végétaux nouveaux, l'accroissement du temps passé au sol, une tendance à l'association avec d'autres espèces, la fréquentation d'habitats plus couverts et l'utilisation de la mangrove comme refuge.

Ces cinq adaptations complémentaires se sont mises en place en moins de trente ans, un temps très court à l'échelle de l'évolution. Leur efficacité souligne l'importance des stratégies comportementales dans la survie des vertébrés supérieurs comme les primates.

Synthèse B. B. Sané

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