Cameroon Tribune (Yaoundé)

24 Avril 2006

Cameroun: Au coeur la Réserve du Dja

La richesse de l'écosystème lui a valu d'être érigé en patrimoine mondial par l'Unesco. Sa préservation ne va pourtant pas de soi.

A celui qui la contemple de haut, la forêt offre un spectacle unique, s'étendant à perte de vue dans un océan de verdure, déroulant sa splendeur émeraude sous le bleu de l'horizon. A ceux qui sinuent dans ses entrailles, enjambant arbres morts et racines sous la canopée, la forêt de la Réserve de biosphère du Dja procure aussi des sensations marquantes. Provoquées par l'odeur de l'humus, le chant sporadique de quelques oiseaux, les bruits d'insectes vrillant constamment les tympans Puis par cette humidité lourde qui fait rapidement transpirer les marcheurs. Le militant écologiste, l'amoureux de la Nature se sentira sans doute revivifié par ce contact physique avec ce que l'ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun qualifie de " site extraordinaire qui vaut la peine d'être sauvegardé ". Quant aux autres visiteurs, écolos ou non, ils resteront difficilement indifférents à ce tableau colossal.

La Réserve de biosphère du Dja, site d'importance mondiale, c'est 526 000 hectares de forêt chevauchant deux provinces, l'Est et le Sud. C'est aussi une exceptionnelle carte faunique. Selon des informations recueillies auprès d'agents de la Conservation de la Réserve, le dernier inventaire - réalisé en 1999 - dressait un tableau impressionnant. D'abord, 109 espèces de mammifères : éléphant, panthère, buffle, gorille, etc. Puis 360 espèces d'oiseaux, 62 espèces de poissons, des reptiles, des amphibiens. A cela il faut ajouter des produits forestiers non ligneux (le ligneux c'est le bois) : des plantes médicinales, dont le nombre d'espèces s'élève à 350, et des plantes fruitières (68 espèces). Chacun comprendra pourquoi, avec un écosystème si luxuriant, la Réserve a été érigée, en 1987, patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco.

Mais comme tout joyau, le site est d'une beauté délicate. La préservation, présentée ici comme un impératif, n'est pas aisée à conduire. Pas facile par exemple de convaincre les populations riveraines de laisser ce trésor tel quel, surtout quand elles n'ont presque rien en contrepartie. Lors de la visite effectuée du 9 au 11 avril dans la Réserve par le ministre des Forêts et de la Faune et l'ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, le dilemme est revenu plusieurs fois lors des échanges avec les populations. L'écosystème abrite certes des espèces intégralement protégées (qui ne peuvent être chassées à aucune période de l'année). Mais comment laisser faire des éléphants qui saccagent des plantations, affamant ainsi des populations ? La tentation est également grande de chasser non plus pour la subsistance - c'est le droit d'usage, reconnu aux populations riveraines -, mais pour vendre - ce qui est interdit.

La voix de l'Amérique

Les braconniers, ainsi que l'ont reconnu des collaborateurs du Conservateur de la Réserve, continuent d'écumer la région, parfois lourdement armés. Malgré toute la bonne volonté qu'ils peuvent afficher, les quarante-cinq écogardes chargés de couvrir les 526 000 hectares du site n'ont pas la partie facile - selon les normes de l'Union internationale pour la Conservation de la nature (Uicn), le bon ratio est d'un écogarde pour 5000 hectares en zone forestière. S'il faut adjoindre à cela leur manque d'équipement, qui rend difficile l'organisation de patrouilles par exemple, le tableau de la préservation tend plutôt à s'assombrir. Le Minfof Achuo Egbe Hillmann et l'ambassadeur Niels Marquardt se sont pourtant évertués à redonner espoir aux riverains de la Réserve.

Ceux qui sont en quelque sorte les gardiens de ce patrimoine mondial qui " contribue à l'équilibre écologique de la planète ", et " à la santé du monde " devraient bientôt voir la vie en rose, ont assuré les deux hôtes de marque. Il faut dire que la satisfaction des doléances exprimées çà et là par les populations constituerait un beau pas vers la préservation maximale de la Réserve de biosphère. Certains riverains se souviennent, nostalgiques, de l'époque où Ecofac, un projet de l'Union européenne s'intéressant aux écosystèmes forestiers d'Afrique centrale, marchait encore (de 1993 à 2004). En plus, des emplois directs créés, le projet profitait à beaucoup dans la zone en termes d'effets induits (des jeunes travaillaient comme guides, porteurs, etc.). Le retour d'Ecofac et la mise en route d'autres projets ont été annoncés aux populations. Des pistes comme l'écotourisme pourraient être relancées.

Tout ceci, cependant, sera sans objet si la Réserve, au centre de ces attentions, n'est pas bien préservée. " Pour faire venir les touristes des Etats-Unis, il faut que la faune soit protégée ", a par exemple dit Niels Marquardt aux populations de Komba-Tida, dans le département du Haut-Nyong. La nécessité est désormais établie : il faut passer du cercle vicieux pauvreté/pillage de la Réserve au cercle vertueux développement/préservation. L'espoir, exprimé plus d'une fois par les populations locales, est qu'un tel changement survienne le plus tôt possible. Afin que cesse le cruel paradoxe qui veut que quelques peuplades, adossées à un des plus précieux trésors de la terre, crient sans cesse misère.

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