Pierre Emangongo
28 Avril 2006
Kinshasa — La Banque mondiale et le gouvernement tchadien sont parvenus mercredi à la signature d'un accord partiel pour régler le conflit pétrolier qui a empoisonné dernièrement leurs relations.
En attendant la signature d'un accord final, un analyste estime que la position de la Banque mondiale est tout simplement un repli tactique surtout qu'on sait que sur terrain les rebelles menacent de lancer un nouveau assaut sur N'Djamena afin d'empêcher la tenue de la présidentielle au 3 mai tel que désire Idriss Deby. Et étant donné que le consortium qui exploite le pétrole est constitué, entre autre, d'une multinationale américaine, l'analyste estime que Deby pourra connaître le sort du Chilien Salvador Allende assassiné en 1973.
Un accord provisoire a été conclu entre le gouvernement tchadien et la Banque mondiale pour régler leur différend sur la question pétrolière. Un «accord final» doit encore être signé, indique un communiqué de la Banque mondiale. En janvier, l'institut financier avait bloqué les dépôts bancaires à Londres sur lesquels le gouvernement de N'Djamena versait une partie des recettes du pétrole, exploité grâce à un gigantesque oléoduc reliant le Sud du Tchad au port camerounais de Kribi, financé par la Banque mondiale.
L'accord prévoit une reprise des aides de la Bm, à la hauteur d'environ 100 millions d'euros, destinées à l'éducation, la santé, l'agriculture et le développement. Le gel des fonds avait été décrété suite à une modification de la loi sur l'utilisation des recettes du pétrole, qui prévoyait, au départ, un fonds pour les générations futures et la réduction de la pauvreté. Ces derniers jours, après la tentative de prise de N'Djamena par les rebelles, le président Idriss Déby avait déclaré qu'il allait utiliser les revenus du pétrole pour acheter des armes. Il avait également menacé d'interrompre la distribution de pétrole.
REPLI TACTIQUE
Après la signature de cet accord réglant partiellement le différend pétrolier qui oppose la Banque mondiale au gouvernement tchadien, certaines parlent tacitement de la victoire de Deby. Ce quoi n'est pas pour d'autres. Car, estiment-ils, la Banque mondiale n'a fait qu'un repli technique donnant le temps au duel électoral et l'assaut annoncé des rebelles avant la date du 3 mai, initialement fixée pour l'organisation de l'élection présidentielle très contestée.
Des représentants du Front uni pour le changement démocratique (Fuc), principal groupe armé tchadien, ont, selon l'Ap, averti mercredi à Paris que les forces opposées au président Idriss Déby pourraient lancer une nouvelle offensive avant l'élection présidentielle du 3 mai.
Lors d'une conférence de presse, les représentants du Fuc ont, par ailleurs, affirmé contrôler 80 % du Tchad et disposer de suffisamment d'hommes et d'armes pour renverser le président Déby.
Sur le plan démocratique , le sous-secrétaire d'Etat américain adjoint chargé des affaires africaines Donald Yamamoto a, lors de son séjour à N'Djamena, tenté en vain de demander au président Deby le report.
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