Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: L'étau se resserre autour de Malu Malu

Kinshasa — Vendredi 5 mai dernier, sur l'avenue Masikita, à la hauteur de Binza/ Upn, 11 candidats à l'élection présidentielle ont rendu publique une déclaration politique exigeant la démission de l'abbé Malu Malu de son poste de président de la Commission Electorale Indépendante " afin de sauvegarder la paix, la cohésion nationale avant, pendant et après les élections ".

Des personnalités politiques telles que François-Joseph Mobutu Nzanga, Norbert Likulia Bolongo, Roger Lumbala, Joseph Olenghankoy, Nlandu Mpolo Nene Marie-Thérèse, Jonas Mukamba Kadiata Nzemba, Justine Mpoyo Kasa-Vubu, Alafuele Mbuyi Kalala, Bonioma Kalokola, Christophe Mboso N'Kodia Pwanga et Gérard Kamanda wa Kamanda ont apposé leurs signatures au bas de ce document de 4 pages exprimant clairement leur désaveu à l'endroit du numéro un de la CEI.

Sous la modération de Jonas Mukamba, la déclaration a été lue par Christophe Mboso qui a indiqué que d'autres candidats contactés vont souscrire incessamment à cette initiative. On a remarqué, à la résidence de J. Olenghankoy, les absences de quelques signataires justifiée par des raisons diverses ( Mobutu Nzanga au Togo, Me Nlandu Mpolo à Bruxelles, etc).

Proclamant leur engagement à la tenue de bonnes élections crédibles et transparentes, ces candidats imputent à la Cei la confusion dans la conduite du processus électoral. Selon eux la CEI, sourde à toute critique, se satisfait du chiffre de 25 millions d'électeurs (dont elle n'a jamais publié des listes), et ferme les yeux sur de nombreux irréguliers enrôlés ( civils, militaires, policiers et étrangers).

Il est reproché aussi à l'abbé Malu Malu d'avoir outrepassé ses prérogatives de président d'une institution d'appui à la démocratie en décidant pour la deuxième fois de prolonger unilatéralement la transition. Entre-temps, il continue de rejeter les requêtes de réouverture des Bureaux d'enrôlement en raison du respect strict du calendrier électoral " contraignant ".

Prenant acte de l'autodisqualification de l'abbé-président suite aux actes de partialité et d'abus maintes fois dénoncés, les 11 candidats à la magistrature suprême ont, en plus de sa démission, demandé aux forces vives de pourvoir à son remplacement par un " autre compatriote intègre et apte à sauvegarder les intérêts de la RDC et à crédibiliser le processus électoral ".

A la fin de cette déclaration, Christophe Mboso a affirmé que les signataires restent dans le processus, mais agissent au nom du principe d'autodétermination, de paix et de prévention. Ainsi, celui qui sera élu de manière transparente et crédible, sera accepté par tous. Pour Me Bonioma, " Nous voulons aller sereinement aux élections sans qu'une commission technique comme la CEI change les accords politiques. D'ailleurs, jusqu'à ce jour, le serveur central de la CEI ne se trouve pas à Kinshasa, sinon on l'aurait déjà montré à l'opinion. ". A en croire R. Lumbala, cette initiative n'est pas à confondre avec une coalition des candidats. Il s'agit plutôt des personnes ayant une vision commune pour l'avenir du pays.

Casse-tête pour Malu Malu : démission ou entêtement ?

Ce désaveu vient après un autre : celui de la puissante Eglise Catholique du lundi 1er mai dernier à travers la déclaration de la Conférence Episcopale nationale du Congo(Cenco), qui avait subtilement poussé à la démission son prêtre, en rejetant toute prolongation unilatérale de la transition. A ce sujet, Mgr Monsengwo, président de la Cenco, avait clairement suggéré que cela " doit être le fruit d'un consensus entre les forces vives de la Nation. " Il est vrai que la gestion du processus électoral par Malu Malu est sujette à caution. C'est lui qui avait été à la base de la fièvre du 30 juin 2005 avec sa déclaration controversée de janvier de la même année. C'est aussi lui qui est à la base de la nouvelle fièvre du 30 juin en prolongeant de lui-même cette fin de la transition, au mépris du Parlement, de la classe politique et de l'Accord Global et inclusif qui arrive à échéance le 30 juin 2006.

On lui reproche d'avoir couvert l'enrôlement, aujourd'hui contesté du Chef de l'Etat, pour cause de son statut de militaire à l'époque des faits. C'est encore lui qui avait pris la responsabilité de rejeter la requête de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social(Udps), s'attirant ainsi l'hostilité d'une partie de l'opinion.

S'il démissionnait et que quelqu'un d'autre le remplaçait, la crise serait toujours là car c'est l'Institution CEI qui est remise en cause dans sa neutralité et sa capacité d'organiser des élections transparentes, démocratiques et crédibles. Rappelons que des enrôlements frauduleux se poursuivent dans certains coins du pays avec la complicité d'agents et kits appartenant à la CEI. Des Angolais, des Congolais de Brazzaville, et même des Interahamwe seraient constamment enrôlés. Le chiffre avoisinerait à ce jour le million ! Ces faits graves qui mettent le processus électoral en danger ne peuvent pas être ignorés par l'opinion nationale et internationale.

S'il ne démissionne pas, la même crise de confiance persiste avec le risque d'éclabousser l'Eglise Catholique. C'est pour cela que celle-ci se démarque de lui. Aussi, les signataires ont, sans ambages, déclaré l'éventualité de mettre en ouvre tous les moyens de coercition pour pousser l'abbé-président à rendre le tablier.

Un protégé de la Communauté internationale Dans ce bras de fer, Malu Malu semble bénéficier visiblement du soutien de la Communauté Internationale, particulièrement de l'Union Européenne(UE) qui a fait part, mercredi dernier, de sa satisfaction après la publication du nouveau calendrier électoral. A ce sujet, le candidat à la présidence Roger Lumbala (Rcd/N) a précisé que même si notre nationalisme est ouvert, l'UE n'a pas le droit de nous imposer sa volonté. Elle peut à la rigueur faire des suggestions. Mboso, pour sa part, souligne que si l'UE veut investir son argent pour une histoire qui ne va rien donner, c'est son problème. " Nous craignons que sa déclaration soit comme des menaces d'un potentat vers un sujet. Tout en ne faisant pas fi de la Communauté internationale, nous avons le droit de recentrer la décision à l'intérieur du pays. " a-t-il martelé.

Tout le problème est que le soutien international ne suffira pas à Malu Malu pour se dédouaner face à l'opinion intérieure. Toute évidence, la contestation va s'élargir au fur et à mesure qu'on s'approchera du 30 juin. L'accusation de l'Eglise catholique selon laquelle les institutions congolaises sont assujetties à l'étranger sera une nouvelle fois relancée.

Enfin, il n'est pas inutile de noter que cette nouvelle crise vient confirmer la justesse des demandes formulées par l'Udps dans le sens d'une plus grande crédibilisation du processus électoral et d'un assainissement profond de l'espace politique.

Ci-dessous l'intégralité de la déclaration des " 11 ".

Déclaration politique des 11 candidats présidents de la République

Nous, soussignés Candidats «Président de la République;

Tout en proclamant résolument notre engagement à la tenue de bonnes élections crédibles, démocratiques et transparentes, tenons à exprimer, sans équivoque et de la façon la plus énergique, notre totale désapprobation face à la confusion dans laquelle la Commission Electorale Indépendante, sous la direction de Monsieur l'Abbé Apollinaire MAL UMAL U, conduit le processus électoral censé aboutir, conformément à l'Accord Global et Inclusif, à l'installation de nouvelles Institutions politiques légitimées par les urnes et à l'entrée en vigueur- de la 3ème République, au plus tard le 30 juin 2006.

L'opinion se rappellera que contrairement à la résolution du Dialogue Inter Congolais préconisant un recensement général de la population avant les élections, le législateur de la Transition décidera de l'identification des seuls électeurs, tâche dont la Commission Electorale Indépendante s'acquittera dans une confusion délibérée et maintes fois décriée.

En effet, la Commission Electorale Indépendante, sourde à toute critique, se satisfait du chiffre de vingt cinq millions d'électeurs enrôlés dont elle n'a jamais publié par ailleurs la liste. Il s'avère aujourd'hui que dans ces vingt cinq millions d'électeurs figurent de nombreux irréguliers, civils, militaires, policiers et étrangers.

L'enrôlement massif d'étrangers, notamment aux frontières EST et SUD du pays, dénoncé à juste titre par certains Chefs de Missions diplomatiques, le détournement des candidats de certains partis politiques vers les listes électorales d'autres partis qui ne les ont pas investis, ainsi que de nombreuses requêtes en annulation de la candidature du Général-major Joseph KABILA, enrôlé frauduleusement, constituent, malgré la suite y réservée par la Cour Suprême de Justice quant à la forme, des cas qui interpellent la communauté congolaise sur la neutralité et l'indépendance de la Commission Electorale Indépendante qui a laissé passer de telles violations de la loi.

Il sied de retenir que toute cette opération d'identification et d'enrôlement d'électeurs, dont le nombre était par ailleurs fixé d'avance par la Commission Electorale Indépendante, a eu pour conséquence la réduction sensible du nombre d'électeurs et de surcroît le nombre de siège.

Par ailleurs, Pendant que la transition a déjà été prolongée par deux fois à la demande de Monsieur l'abbé MALUMALU, l'incapacité manifeste de la Commission Electorale Indépendante d'organiser toutes les élections au plus tard le 30 juin 2006, date d'achèvement de la Transition, comme le confirme d'ailleurs le calendrier électoral publié le 30 avril 2006, expose le pays à un vide institutionnel et juridique aux conséquences incalculables, vide à combler impérativement.

Cette déclaration du 30 avril 2006 de Monsieur l'Abbé MALUMALU ressemble, à un doigt près, à celle malheureuse de janvier 2005 qui, par la confusion qu'elle a entretenue sur la durée de la Transition, occasionna des pertes en vies humaines qu'on aurait pu éviter.

Force est de constater, aujourd'hui, qu'outrepassant ses prérogatives de Président d'une Institution d'Appui à la Démocratie, simple Commission Technique sans pouvoir de décision politique, chargée uniquement de l'organisation matérielle des élections, et contrairement à la démarche de juin 2005 lorsqu'il s'est présenté devant les deux Chambres du Parlement réunies en congrès en vue de la prolongation de la transition, Monsieur l'Abbé Apollinaire MALUM AL U décide cette fois, de prolonger unilatéralement la transition, sans s'en référer aux institutions politiques compétentes, à la classe politique et aux forces vives.

Il est paradoxal de constater que Monsieur l'Abbé MALUMALU qui a fondé son refus de faire droit à plusieurs requêtes demandant la réouverture des Bureaux d'enrôlement et d'identification d'électeurs en raison du respect strict du calendrier électoral contraignant s'arroge le droit de prolonger seul la Transition.

Par ailleurs, cette décision unilatérale de prolongation d'une transition qui, politiquement, ne repose plus sur rien au 30 juin 2006, est en porte à faux avec toutes les autres déclarations faites par certaines personnalités à ce sujet, dont celle du Général Major Joseph KABILA et celle de Monsieur BAROSO, Président de la Commission Européenne qui, attirant l'attention sur la nécessité d'installer les Institutions élues au plus tard le 30 juin 2006, avaient de façon péremptoire déclaré, qu'aucune autorité congolaise ne serait légitime, si d'aventure les élections ne se tenaient avant cette date.

De ce qui précède; Nous, candidats à l'élection présidentielle; Engagés dans la responsabilité historique de sauver le Congo, notre pays; Déterminés de voir à la tête du pays un Congolais sur qui ne pèse aucun doute, selon le souhait de notre peuple:

1. Constatons, à regret, que les actes de partialité et d'abus dénoncés ci-dessus, entament la confiance que nous avions placée en Monsieur l'Abbé Apollinaire MALUMALU, Président de la Commission Electorale Indépendante; . 2. Prenons acte de l'auto disqualification du Président de la Commission Electorale Indépendante, Monsieur l'Abbé Apollinaire MALU MALU et, par conséquent, exigeons sa démission afin de sauvegarder la paix, la cohésion nationale avant, pendant et après les élections ; 3. Exigeons la publication,- sans délai, de la liste définitive d'électeurs expurgée des fraudeurs; 4. Demandons aux forces vives de pourvoir à son remplacement par un autre compatriote intègre et apte à sauvegarder les intérêts du Congo et à crédibiliser le processus électoral ; 5. Appelons la Communauté Internationale à l'observation .d'une stricte neutralité dans le processus électoral en République Démocratique du Congo; 6. Exigeons la tenue, avant le 30 juin 2006, et sous les auspices d'un facilitateur neutre, d'une table ronde politique afin de décrisper le climat politique et de recréer les conditions propices à la tenue d'élections crédibles.

Fait à Kinshasa, le 03 mai 2006

- Joseph Olenghankoy-M.

- Maître Nlandu Mplo Nene Marie-Thérèse - Me Bonioma Kalokola - Roger Lumbala - Mboso N'Kodia Pwanga Christophe - Jonas Mukamba Kadiata Nzemba - Likulia Bolongo - Gérard Kamanda wa Kamanda - Dr Mbuyi Kalala Alafuele - Mobutu Nzanga François Joseph - Mme Justine Mpoyo Kasa-Vubu


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