Abdelhalim Benyelles
13 Mai 2006
Quand le Kabyle de la région ne saisit pas l'intégralité de ce qui se dit dans le journal parlé ou télévisé qui lui est destiné, dans sa propre langue, on est en droit de s'interroger sur la nature de l'interférence.
Certes, les travaux des linguistes dans ce domaine ne cessent de souligner que «le passage à l'écrit pose des problèmes très complexes», tout comme «l'enrichissement lexical devant permettre à la langue berbère de s'adapter aux besoins de la communication moderne par sa standardisation et son uniformisation», mais, si face au problème historique d'éparpillement qui marque cette langue, l'utilisateur persiste à user d'«amateurisme» au niveau de l'élaboration de l'information notamment destinée à un large public par la création lexicale anarchique et la multiplication d'emprunts parfois maladroits d'où la transposition de schémas conceptuels entiers du français et de l'arabe classique, les dégâts causés à l'héritage linguistique et culturel risquent d'être considér ables. Dans ce contexte, les dangers de contamination de la langue berbère se présentent avec acuité et compliquent davantage la mission du linguiste dans son travail de normalisation de la langue.
La confection du bulletin d'information destiné à un large public berbérophone ne pourrait échapper à l'action du linguiste. Un spécialiste de l'université de Tizi Ouzou avait proposé la réalisation d'un journal type afin de pallier les carences enregistrées à ce niveau.
Cette réflexion, souligne-t-il, «vise à déterminer les procédés linguistiques mis en oeuvre par le locuteur natif de cette langue pour produire du sens dans une situation de communication donnée». L'entreprise universitaire cherche donc à préserver l'entité de la langue dans sa diversité par l'exploitation des différents parlers berbères existants tout en s'opposant aux actions de normalisation restrictive de la langue, menées en dehors de la vision universitaire. L'objectif visé par le linguiste reste la préservation de la richesse langagière populaire.
Il en va de même pour l'arabe algérien qui profite du statut de langue maternelle. Selon certains universitaires qui partent du postulat que seul un enseignement de ces deux langues, le berbère et l'arabe populaire, permet la réhabilitation effective des cultures qu'elles véhiculent partant du point de vue justifié par l'usage et la pratique quotidienne ainsi que l'ancrage populaire.
Le travail entrepris par le docteur Rabdi Larbi, à Paris Sorbonne nouvelle, auteur de la collection des contes berbères et du dictionnaire berbère, vise à rééditer dans la maison d'édition l'Harmattan à Paris les oeuvres marquantes de la berbérophonie et celles relatives à l'arabe algérien «qui ne se retrouvent que dans les bibliothèques spécialisées pour les remettre à la disposition du public».
La collection de beaucoup de littératures orales qu'il transcrit, traduit et édite met en valeur, selon lui, l'unité de la culture algérienne qui s'exprime à travers la grande quantité de contes, proverbe s et de tous les rayons de la littérature orale présentant une grande analogie d'une langue à une autre. «Il n'y a pas de conte dans l'une de ces deux langues algériennes qui n'existe pas dans l'autre», affirme-t-il.
Pour conforter son point de vue sur le phénomène de rapprochement des langues populaires, le berbère et l'arabe algérien, ainsi que leur ancrage dans l'identité nationale, le docteur Rabdi Larbi préconise leur réhabilitation dans le cadre de la question identitaire. «Pour les initiateurs officiels des politiques linguistiques, il n'y a qu'à comparer les raisons données pour disqualifier l'arabe dialectal au regard de l'arabe littéraire avec celles que l'on donnait autrefois pour justifier le maintien du latin en face des langues européennes nationales naissantes pour se rendre compte du pari perdu d'avance du maintien de l'arabe classique», tient-il pour appuyer sa thèse grâce aux expériences universelles.
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