César Etou
15 Mai 2006
Problèmes administratifs ou obstructions politiques en France, la plume de l'avocat français, le célébrissime Jacques Vergès, n'a pu être étouffée ou cassée. L'encre a abondamment coulé. Le livre qu'il a écrit depuis plus de six mois pour dévoiler les crimes odieux commis en Côte d'Ivoire vient de paraître aux Editions Pharos. Une véritable bombe contre les criminels ivoiriens et leur parrain français. Nous l'avons lu pour vous.
De la Côte d'Ivoire, notre beau pays, Me Jacques Vergès retient de nos jours, comme tous les étrangers de passage, cette pitoyable configuration militaire issue de la sale guerre : "Au Sud, les forces loyalistes fidèles au régime du Président Gbagbo. Au Nord, les rebelles. Entre les deux, un territoire tampon appelé "zone de confiance" sous le contrôle des forces internationales de l'ONU et de l'opération française Licorne" (page 67). C'est dans cet espace que, malgré la zone de confiance, des assaillants venus du Nord ont attaqué, dans la nuit du 30 mai au 1er juin 2005, Petit-Duékoué et Guitrozon, en zone gouvernementale, dans l'Ouest du pays. Commis par une ONG, "Afrique et Démocratie", pour assurer la défense des victimes de cette attaque, le célèbre avocat français, qui se déclare volontiers "avocat des causes perdues", a découvert de lui-même "une barbarie inqualifiable" sur le terrain, lors de sa visite à Petit-Duékoué et à Guitrozon. Il a fini par s'intéresser à tous les massacres commis. Il les décrit "Hommes, femmes, enfants, vieillards abattus à la Kalachnirov à bout portant Personnes brûlées vives, blessés achevés à l'arme blanche, civils et militaires enfermés dans des cases auxquelles on met le feu, corps brûlés puis exposés dans les rues, civils descendus, drapeaux blancs agités en vain, charniers, enfants violentés, gorges tranchées, corps disloqués, inhumations collectives, enlèvements, viols, rançons Un pays à feu à sang Des massacres impunis " (page 7).
Sur l'identité des auteurs présumés de ces crimes odieux, l'avocat français Jacques Vergès est catégorique : "Contrairement à ce qui a été prétendu par des médias favorables aux rebelles, il ne s'agit pas d'une querelle entre voisins d'ethnies différentes pour la possession de la terre (à Petit-Duékoué et Guitrozon), puisque les survivants affirment qu'il s'agissait d'inconnus. Il ne s'agit pas non plus - comme d'aucuns l'ont soutenu - de mercenaires libériens ayant opéré dans la région, pour le mêmes raisons Par contre certains survivants ont reconnu dans leurs agresseurs des Dozos, cette société de chasseurs de la zone nord, favorables aux rebelles" (page 66). A partir de ses constats sur le terrain et après avoir écouté les survivants et des parents des victimes de la guerre déclarée à la Côte d'Ivoire le 19 septembre 2002, Me Jacques Vergès a pris, dit-il, "la responsabilité de rendre publics leurs témoignages afin que les assassins et leurs commanditaires sachent qu'ils n'échapperont pas au châtiment de leurs crimes et que le temps de l'impunité est passé" (page 77).
De la plume de Me Jacques Vergès, est sorti un livre de 284 pages, facile à lire. En couverture, bordées de blanc, les couleurs jaune et noire dominent. Dans l'opaque obscurité (silence de la communauté internationale et de la France) sur "les crimes contre l'humanité" scintille le lugubre symbole des crimes commis, une lame d'arme blanche rougie de sang humain. Le livre est intitulé "Crimes contre l'humanité, massacres en Côte d'Ivoire".
A l'intérieur de son ouvrage, l'avocat français donne les raisons qui l'ont poussé à accepter de défendre les victimes de la barbarie en Côte d'Ivoire, fait très peu de commentaires et laisse libre cours aux témoignages. Ici, comme un journaliste qui promène son micro dans la rue pour un singulier micro-trottoir, Me Vergès publie les témoignages pitoyables, atroces et insupportables des survivants et parents des victimes des massacres commis par les rebelles. Il réfute la thèse de la xénophobie, alibi de la sale guerre déclarée à la Côte d'Ivoire. Il trouve plutôt que la crise ivoirienne a "un enjeu économique de taille" (page 156). Jacques Vergès finit par crier, au passage, sa colère contre la France : "D'habitude, j'ai les nerfs solides, mais j'ai été indigné : bébés, violés, torturés, assassinés, femmes déchiquetées, hommes massacrés. Sur ces massacres, le silence de la communauté internationale et de la France en particulier est impardonnable. J'ai voulu lever le voile s ur ce qui constitue un crime contre l'humanité ( ). En France, les autorités se sont mis le doigt dans l'oeil. Elles ont eu et nous ont donné une vision de la Côte d'Ivoire entièrement fabriquée et injuste" (page 72).
Le livre est disponible en France. Les circuits de distribution se battent en Côte d'Ivoire pour lui assurer une large diffusion. Ce livre donnera d'énormes boutons de démangeaison au président français et à sa clique qui oeuvrent à la guerre au pays de Laurent Gbagbo.
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