Le SG de la Francophonie n'a pas vivement réagi à l'offense, conformément à son parcours politique : sans histoire.
L'homme qui a été humilié la semaine dernière au Canada est l'ancien président du Sénégal. Géant du point de vue physique et politique en raison de sa longévité à la tête du Sénégal, il a quitté le pouvoir en mars 2000, battu par Abdoulaye Wade, qui l'avait régulièrement défié depuis qu'il avait pris la succession de Léopold Sédar Senghor le 1er janvier 1981. C'est un pur produit du landernau politique franco-africain (après son Brevet de l'Ecole nationale de la France d'Outre-mer en 1960, il est rentré dans la haute administration avant de remplacer Léopold Sédar Senghor) qui a vu le jour le 7 septembre 1935 à Louga au Sénégal. Rarement donc, Abdou Diouf aura dû faire face aux tracas de la police aux frontières.
Il n'aurait quitté la tête du Sénégal, que sur la menace de son opposition de ne plus accepter une défaite fabriquée. Mais le président de l'observatoire électoral sénégalais, le général Lamine Cissé, témoigne de ce qu'il s'est montré simplement démocrate. Cet homme dont le parcours a été semé de balises indicatrices et d'encadrement judicieux n'a cependant pas accédé au siège de SG de la Francophonie de la manière la plus honorable.
L'ancien champion d'athlétisme, a en effet bénéficié de la diplomatie française pour se relever de sa défaite au deuxième tour de l'élection présidentielle du 17 mars 2000. Paris appuiera son "élection" au secrétariat général de l'Oif, contre l'écrivain congolais Henri Lopès, lors du sommet de la Francophonie de Beyrouth en octobre 2002. Et, depuis lors, partant de sa résidence parisienne où il s'était établi avec sa femme Elisabeth après avoir quitté la tête de l'Etat sénégalais, il parcourt le monde pour promouvoir les idéaux de la Francophonie.
D'où peut-il donc venir que ce francophile soit ainsi mal traité dans un pays qui aurait dû lui dérouler le tapis rouge ? Peut-on y voir l'expression de dysfonctionnements occasionnels d'une administration ? Ou alors la manifestation du mépris à l'endroit d'un " représentant " du tiers-monde qui, comme ses congénères, serait venu chercher sa pitance sur la riche terre canadienne ? Quelle que soit la réponse, celui qui a contribué (de manière involontaire ou non) à faire avancer la démocratie sénégalaise, symbolise en ce moment la faiblesse de la voix des grands africains sur la scène internationale. Car, on peut se le demander, comment aurait réagi un Gamal Abdel Nasser, ou même Ahmadou Ahidjo à pareille humiliation ?
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