Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: ViIIe journée nationale de lutte contre la pratique de l'excision : les leaders d'opinion appelés à jouer leur partition

Séraphine Some

27 Mai 2006


La Ville Journée nationale de lutte contre la pratique de l'excision a été célébrée mardi 23 mai 2006 à Yako.

L'épouse du chef de l'Etat, Mme Chantal Compaoré a présidé la cérémonie qui avait pour thème : «Rôle et place des leaders d'opinion dans la mise en oeuvre du Plan d'action tolérance zéro à la mutilation génitale féminine d'ici à 2010».

L'épouse du chef de l'Etat, Mme Chantal Compaoré : «J'exhorte les leaders d'opinion à s'impliquer davantage dans la lutte contre les pratiques traditionnelles néfastes». Yako la capitale du Passoré, a abrité mardi 23 mai 2006, la cérémonie commémorative de la VIIe Journée nationale de lutte contre la pratique de l'excision. «Rôle et place des leaders d'opinion dans la mise en oeuvre du Plan d'action tolérance zéro à la mutilation génitale féminine d'ici à 2010». Tel est le thème choisi pour cette journée placée sous le parrainage du ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques, Salif Diallo. Un appel a été lancé aux leaders d'opinion, qui sont investis de la confiance des populations, pour qu'ils s'impliquent davantage dans la lutte contre les mutilations génitales féminines.

Pour l'épouse du chef de l'Etat, Mme Chantal Compaoré, présidente d'honneur du Comité national de lutte contre la pratique de l'excision (CNLPE), ces garants des valeurs traditionnelles culturelles religieuses et citoyennes que sont les leaders, doivent être au coeur du dialogue social. «Ils doivent développer des initiatives en appui à celles du ministère de la l'Action sociale et de la Solidarité nationale (MASSN) et du CNLPE pour venir à bout de l'excision», a-t-elle précisé. Et le premier responsable du MASSN Pascaline Tamini de renchérir : «Le meilleur moyen de mobiliser les communautés à la base, est de passer par ceux-là même qui sont en contact permanent avec elles et qui peuvent influencer leurs comportements et préjugés». Elle a remercié tous les leaders qui, depuis l'engagement du Burkina dans la lutte contre la pratique de l'excision, n'ont ménagé aucun effort pour soutenir le gouvernement. Mme Tamini a également exprimé sa reconnaissance à toutes les personnes qui ont fait le déplacement de Yako.

Le MASSN, Pascaline Tamini : «Les petites filles doivent découvrir la vie

avec émerveillement et non avec douleur et meurtrissures».

La manifestation a en effet réuni de nombreuses personnalités politiques, religieuses et administratives du Burkina. Des représentants d'organisations nationales et internationales y étaient présents. Les Yakolais n'ont pas marchandé leur mobilisation. Les habitants de la ville et des départements ont été les témoins de l'événement. Le ministre Tamini a saisi cette occasion de retrouvailles pour interpeller les uns et les autres à s'impliquer davantage dans le processus d'élimination de toutes les violences faites aux femmes au Burkina Faso. Elle a réitéré sa gratitude à Mme Compaoré pour sa volonté de donner à la petite fille un meilleur visage. «Soyez notre porte-parole auprès de tous les partenaires au développement et de toutes les personnes de bonne volonté pour leur dire merci, et solliciter d'eux la mobilisation des ressources nécessaires à la mise en oeuvre du plan d'action future de lutte», lui a-t-elle formulé comme doléances.

L'excision persiste

La première dame s'est dite disposée à accompagner et à soutenir toute initiative en faveur de l'abandon des mutilations avilissantes des femmes. Cela, en sa double qualité de présidente d'honneur du CNLPE et d'ambassadeur de bonne volonté du Comité inter africain de lutte contre l'excision. Parce que, se justifie-t-elle, «il n'est plus permis de tolérer des pratiques comme l'excision à l'heure ou l'opinion internationale se mobilise contre les violences faites aux enfants». Selon l'épouse du chef de l'Etat, l'éradication doit se focaliser sur trois axes majeurs. Il s'agit d'abord du renforcement de la mobilisation à tous les niveaux par l'implication des différentes forces sociales. Ensuite, du développement et de la mise en oeuvre des stratégies novatrices, pertinentes et fédératives. Enfin, le renforcement de la collaboration sous-régionale, régionale et internationale serait de son avis, efficace dans le combat pour l'épanouissement physique des femmes. Ce combat a connu des succès, même si la victoire n'est pas encore acquise. Entre autres résultats engrangés dans la lutte, on peut citer l'adoption et la promulgation d'une loi réprimant les mutilations génitales féminines et l'inscription d'une ligne au budget de l'Etat affectée aux activités y relatives. Au nombre des acquis, il est à noter le fonctionnement de deux mini-blocs opératoires à la clinique El Fateh Suka et à l'hôpital Yalgado Ouédraogo.

L'épouse du chef de l'Etat, Chantal Compaoré suivant les explications d'un spécialiste sur l'excision.

De plus, l'implication des forces de l'ordre dans le combat et la mise en oeuvre d'une stratégie de sensibilisation et de communication de proximité sont des motifs de satisfaction. Ces actions réalisées grâce à l'Etat et ses partenaires techniques et financiers ont permis à certaines populations de prendre conscience des conséquences de l'excision et de cesser sa pratique. Pour preuve, le taux de prévalence chez les filles de dix ans est passé de 36,4% en 1996, à 19,8% en 2006. malgré ces avancées significatives, l'excision demeure. Le bilan dressé par le MASSN montre que le phénomène sévit sous des formes plus pernicieuses, avec la tendance à la clandestinité et au rabattement de l'âge de l'excision. Des exciseuses ou des populations se rendent dans des pays où la pratique n'est pas réprimée, pour s'adonner à cette barbarie. «Cela est surtout favorisé par l'insuffisance des ressources pour maintenir les acquis», a laissé entendre Mme Tamini sur un ton de regret. Elle a évoq ué aussi la faible implication des hommes dans l'éradication entamé depuis 1990.

Aux grands maux les grands remèdes

Les leaders d'opinion étaient à l'honneur lors de cette journée.

L'Etat a donc décidé de changer de stratégie dans sa recherche de résolution au problème de l'excision. Des innovations ont, à cet effet, été apportées dans le processus de lutte. Ainsi, un curriculum intégré de formation a été mis au point et, des études sont en cours pour évaluer et analyser l'évolution de l'excision et faire un bilan des 15 années d'existence du CNLPE.

Le MASSN s'est engagé, en conformité avec l'orientation de l'agenda commun du Comité interafricain, à atteindre la tolérance zéro à la mutilation génitale féminine d'ici à 2010. Cependant, ce défi ne peut être atteint sans la mobilisation de tous les burkinabè.

Les Yakolais sortis nombreux pour célébrer la journée nationale de lutte contre l'excision.

C'est pourquoi Mme Tamini a exhorté toutes les communautés à redoubler d'efforts afin que l'objectif soit atteint.

La cérémonie a été l'occasion pour le CNLPE de remettre des attestations de reconnaissance à des personnes, associations ou organisations qui se sont illustrées cette année par leurs actions dans la lutte contre l'excision. Elle a été ponctuée de prestation musicale de troupes traditionnelles et modernes. Le thème principal des chansons était en relation avec l'excision, thème qui a d'ailleurs fait l'objet d'une exposition d'images, de documents et de matériels servant à pratiquer la mutilation.

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