Kinshasa — Si le ridicule pouvait tuer en République démocratique du Congo, il y en a qui le seraient à la suite de la rocambolesque affaire de trente-deux mercenaires dont les tabloïds de Kinshasa ont fait leur choux gras. Si le sens de l'honneur et de la dignité était le fort des hommes politiques congolais, il y en a qui auraient tout simplement rendu le tablier. Sans attendre un seul instant. Malheureusement, il pourrait ne pas en être le cas. Et la vie va continuer comme si de rien n'était
Annoncée avec tambour et trompette mardi 23 mai 2006, l'affaire de mercenaires dans laquelle étaient impliqués dix-neuf sud-africains, dix nigérians et trois américains, s'est terminée comme elle avait débuté. Dans un climat où le doute s'est mêlé à la perplexité. Voire même à de haut-le-corps si ce n'est de haut-le-coeur.
UN FEUILLETON QUI S'EST TERMINE
On a toujours dit que les premières impressions ont toujours été les meilleures. La maxime semble s'être confirmée dans ce dossier que bon nombre de personnes n'ont pas hésité à qualifier de « roman-feuilleton ». « Un canular », voilà ce qu'on en avait dit tout au début alors que le ministre de l'Intérieur annonçait la « troublante » nouvelle de l'arrestation à Kinshasa d'une trentaine de mercenaires. Et c'est bien ce sentiment qui semble avoir prévalu, du jour de la présentation de trente-deux « affreux » jusqu'à leur expulsion du Congo le week-end dernier même si le ministre de l'Intérieur s'est échiné à détailler les épisodes de ce feuilleton.
Selon la révélation faite par le ministre, tout est parti en effet du mois de mars 2006. A l'en croire, « ces mercenaires étaient employés par une société de gardiennage dénommée Omega ». « Ils changeaient régulièrement de résidences, a-t-il déclaré le jour de leur présentation au public. Chaque fois, ils prenaient des véhicules en location, demandant aux chauffeurs de prendre une série de précautions : éteindre leurs portables cellulaires pour éviter tout contact avec les membres de leurs familles, fermer les portières de voitures et garder le moteur toujours en marche, prêts à filer en trombe ». « Pendant deux mois, a-t-il révélé, les services ont filé ces suspects et ont démasqué leurs lieux de planque situés dans trois résidences : la première en face de Beach Ngobila dans l'immeuble du Centre médical de Kinshasa (Cmk), appartement 14 ; la deuxième résidence localisée au rond-point Socimat sur l'avenue Milambo n°16, commune de la Gombe tandis que la troisième demeure a ét é repérée en face du camp Tshasthi, au croisement des avenues Lufungula n°3 et Paulusi, commune de Ngaliema ».
Toujours selon le ministre, « c'est le 19 mai que les services ont procédé aux interpellations, à raison de 17 suspects à la résidence Socimat, 11 au quartier Ozone, 1 dans l'appartement n°14 dans l'immeuble Cmk, et 3 à Matadi et Boma. Au total, la Police a appréhendé 32 mercenaires présumés que la Commission d'enquête dit être des militaires de formation et de profession, venus fraîchement d'Irak. Avec une mission politique et militaire - déstabiliser les institutions de la place et perturber le processus électoral - et une autre liée à l'espionnage», selon la même source.
COMME IL A DEBUTE
Mais il faut noter que, malgré la version de faits donnée par le ministre de l'Intérieur, l'opinion, aussi bien nationale qu'internationale, est restée sur sa soif d'en savoir un peu plus sur cette étonnante affaire. Et là où l'on a parlé de « joli coup de filet », l'opinion a fait une autre lecture des événements, faisant valoir par conséquent la thèse d'un montage. Pas étonnant, dans ces conditions, que les réactions soient venues de partout. Principalement des pays dont les ressortissants y étaient impliqués. En l'occurrence l'Afrique du Sud, les Etats-Unis et le Nigeria, innocentant leurs ressortissants. La société de gardiennage Omega a répliqué dans le même sens. Dans l'entre-temps, aux Affaires étrangères belges on indiquait qu' « il n'y avait aucune indication sérieuse qu'il existe une raison de penser qu'il y a eu une tentative de coup d'Etat à Kinshasa ». Le Comité d'accompagnement de la transition (Ciat) de son côté a dénoncé le coup monté, mettant en garde contre toute politisation de cette cocasse affaire. La classe politique congolaise, dans son ensemble, a embouché la même trompette, parlant d' « une histoire boutiquée par une composante », « d'une énième manifestation de la culture du mensonge », appelant d' « éviter le ridicule éventuel face à l'opinion ».
Dans tous les cas, jusqu'à l'« évacuation » desdits « mercenaires », aucun élément n'est venu balayer cette dernière version. On a plutôt assisté à un silence radio de la part de ceux qui devraient fixer les uns et les autres sur une affaire qui s'en est allée en eau de boudin. Cependant que dans l'opinion, on parlerait déjà de l'arroseur arrosé

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