Port Louis — Le parent d'élève Sooriadev Bhayraw a retiré hier sa plainte déposée contre l'introduction du grade A+ au Certificate of Primary Education (CPE).
Ce revirement survient trois jours avant que l'affaire ne soit appelée pour la première fois en Cour suprême. Un revirement que l'express avait déjà prévu dans son édition de samedi dernier.
Cette marche arrière n'entraverait toutefois pas la procédure légale étant donné qu'une seconde affaire avait été logée par le Mouvement militant mauricien (MMM). En d'autres mots, la réforme Gokhool peut toujours être renversée si la Cour suprême en décide ainsi. La deuxième affaire, présentée par un autre parent sera d'ailleurs, tout comme le devait être celle-ci, prise par la cour ce lundi.
Le A+ est destiné à faire le tri parmi les 30 000 candidats du CPE dans l'exercice d'allocation de 1 260 places dans huit collèges nationaux.
«La contestation devant la justice continue. La réforme Gokhool est contestée sur la base de deux cas de figure. Le cas Bhayraw en était un, où son fils allait composer le CPE à la fin de cette année et qui remettait en cause l'utilisation du A+. Ceci est également le cas pour un des enfants de la famille Thandrayen, et par le truchement de son second enfant, qui est en Form II, c'est la disparition des collèges de Form VI qui est également remise en question», souligne Steven Obeegadoo, secrétaire général du MMM. Le retrait de Sooriadev Bhayraw n'aurait donc aucune incidence sur la bataille légale.
Reste à connaître les raisons qui ont fait changer d'avis ce dernier. Une question de principe, dit-il. Le MMM, qui a soutenu et dont les avocats ont même préparé cette affaire logée le 10 mai, n'aurait pas honoré la parole donnée.
«Le MMM avait promis de ne pas politiser l'affaire, mais il l'a pourtant fait. Entre le A+ et des politiciens qui utilisent l'enfant mauricien pour une guerre politique, je préfère le A+», justifie Sooriadev Bhayraw que l'express a rencontré à son domicile à Dubreuil hier soir.
Plusieurs zones d'ombre planent cependant autour de ce retrait subit. Alors que l'express annonçait déjà samedi dernier l'existence de pressions exercées sur Sooriadev Bhayraw pour qu'il se rétracte, ce dernier nie.
En effet, nous écrivions : «Un important rebondissement pourrait survenir dans l'affaire portée en cour par le MMM pour contester la réforme Gokhool. En effet, un des deux parents au nom desquels les affidavits ont été déposés pourrait se rétracter. Il subit d'énormes pressions depuis quelques jours pour retirer sa plainte. Mais il hésite encore.»
Suriadev Bhayraw a déclaré hier : «Personne n'a fait pression sur moi. Aucun émissaire n'est venu me voir. J'ai la conscience parfaitement claire», insiste ce parent qui contestait avec beaucoup d'enthousiasme le A+ quelques jours de cela au nom de l'enfant mauricien. Ce, par le truchement de son fils Tukar qui se présentera au CPE en novembre prochain. A-t-il reçu de l'argent pour changer d'idée, comme l'allèguent plusieurs personnes proches du dossier ? «Jamais de la vie on ne m'a offert quoi que ce soit. Je n'ai rien à me reprocher», dément-il.
Proche du parti travailliste
Autre fait frappant. Sooriadev Bhayraw est membre de Voice of Hindu (VOH) depuis plusieurs années. VOH qui, d'ailleurs, a toujours soutenu la contre-réforme Gokhool jusqu'à mener une campagne agressive d'affichage à travers le pays pour signifier son soutien inconditionnel au A+ du ministre de l'Education Dharam Gokhool. C'était il y a quelques mois. Depuis, les membres de cette organisation n'ont aucunement changé d'avis.
Sooriadev Bhayraw explique que son appartenance à ce groupuscule, proche du Parti travailliste depuis un certain temps, n'a rien à faire avec son retrait de cette affaire. «Je menais une bataille basée sur la pédagogie et bien sûr que mes amis du VOH n'étaient pas d'accord avec moi. Mais je n'ai pas subi de pressions de leur part. D'ailleurs, être membre ne m'empêche pas d'aller contre leur volonté.» En somme, il laisse sous-entendre qu'il n'est pas homme à se laisser influencer facilement et qu'il tient à ses principes.
Au MMM, ce retrait n'est pas vraiment une surprise. En revanche, l'appartenance de Sooriadev Bhayraw à VOH l'est davantage. «Depuis la semaine dernière, j'ai appris que des pressions étaient exercées sur lui, mais je laisse chacun à sa conscience. Il est cependant très triste que certains n'osent pas affronter une affaire légale devant la justice. En revanche, je ne savais pas que ce monsieur était membre de VOH. Je laisserai au public mauricien tirer ses propres conclusions», déclare Steven Obeegadoo, ex-ministre de l'Education.
Contrairement à ce que soutient Sooriadev Bhayraw, à aucun moment le MMM n'est venu chercher ce parent pour déposer une plainte, ajoute Steven Obeegadoo. «Je ne connaissais pas M. Bhayraw avant cette affaire. Comme il était le premier à venir vers nous et qu'il a insisté pour loger cette affaire, nous croyions en sa sincérité.»
Sincérité fondée
Une sincérité qui était fondée, maintient Sooriadev Bhayraw. Invité à s'expliquer sur la «politisation» de l'affaire, il avance que : «l'aile jeune de ce parti a parlé longuement du A+ lors d'une conférence de presse samedi dernier». Ce superviseur dans une usine ne savait-il pas que l'affaire allait prendre une tournure politique lorsqu'il avait donné son accord aux membres du MMM pour contester la réforme Gokhool en son nom ? «Ils m'avaient promis qu'ils n'allaient pas politiser tout ceci», répond encore Sooriadev Bhayraw. Au MMM, cet argument est bien entendu réfuté. «C'est tout à fait ridicule dans la mesure où nous sommes un parti politique et que nous contestons cette contre-réforme sur le plan pédagogique, légal et politique», argumente Steven Obeegadoo.
Autre bizarrerie : aucun membre du panel d'avocats du MMM ne savait que Sooriadev Bhayraw avait finalement pris la décision de se retirer hier et qu'il a même écrit au chef juge pour demander que son affaire soit rayée. «Je prends cependant note que le procédé de cette lettre est écrit dans un langage légal parfait. C'est pour le moins intrigant», note Steven Obeegadoo. Surprenant, en effet.

Comments Post a comment