Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Croisade contre le "repassage des seins"

Serges Olivier Okole

31 Mai 2006


L'action lancée hier par le Réseau national des associations de tantines (Renata), un regroupement de filles-mères du Cameroun, trouve son fondement dans des chiffres et faits.

Selon une étude menée en 2005 par des anthropologues camerounais, 24%, soit pratiquement une jeune fille sur quatre, ont subi le phénomène de " repassage des seins ". L'enquête réalisée par Germaine Ngo'o Ba et Flavien Ndonko dans les dix provinces du pays a impliqué près de six mille filles et femmes âgées entre 10 et 82 ans. Il en ressort que des jeunes filles, lorsque leurs seins poussent précocement, subissent cette pratique, qui consiste à masser les prémices de ces attributs de femmes à l'aide de divers objets chauffés. Au cours de la cérémonie de lancement de cette campagne à l'hôtel Hilton de Yaoundé, des témoignages de victimes ont édifié sur les méthodes et les conséquences d'une pratique aussi vieille que les prétextes qui y poussent.

Celui de cette jeune fille du quartier Etoug-Ebe à Yaoundé a permis de comprendre que le " repassage des seins " n'est pas seulement l'apanage des zones rurales. Alors que la jeune fille voyait à peine paraître ses premiers signes de puberté, sous prétexte de la protéger des regards des garçons, l'adolescente avait subi pendant des semaines un " traitement de choc " de sa mère. Tous les jours, ses seins étaient massés à l'aide d'un pilon chaud ou d'une pierre à écraser préalablement trempée dans de l'eau chaude. La volonté de la mère étant de casser ce qui n'était alors qu'une petite boule, et empêcher l'évolution de l'organe. Pour échapper à ce supplice quotidien, la jeune fille avait presque déserté la maison familiale et avait trouvé refuge auprès d'un " bon samaritain " ; un jeune homme du quartier. Ce que la mère redoutait tant était alors arrivé. La gamine alors âgée de 13 ans avait conçu et mis au monde son premier enfant. Les réminiscences de la douleur et des difficu ltés qui s'en étaient suivis lui ont mis en évidence quelques conséquences fâcheuses de cette pratique.

Des rapports médicaux attestent par exemple que les scarifications courantes dans certaines régions exposent les jeunes filles au VIH. Les kystes et autres cancers ne sont pas le moindre risque pour les sujets qui en ont été victimes. De même le traumatisme qui s'en suit perturbe généralement leur vie sexuelle, comme en a témoigné la secrétaire exécutive du Renata, Bessem Ebanga. L'action qu'elle conduit, avec le soutien de l'ambassade de la République fédérale d'Allemagne et de la GTZ a pour objectif d'éveiller les consciences sur une pratique qui peut sembler banale, mais dont les conséquences sont plus graves que les parents qui y ont recours ne l'imaginent.

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